jeudi, 26 août 2021

Le passage de la nuit, d'Haruki Murakami.

Le passage de la nuit

L'ouvrage:
Cette nuit-là, Marie ne veut pas la passer chez elle. Alors, elle va dans un bistro où elle lit.
Pendant ce temps, sa soeur, Eri, dort.

Critique:
Ce roman m'a plu. Comme c'est Murakami, il y a des éléments un peu déroutants. Par exemple, que faut-il exactement comprendre concernant ce qui arrive à Eri? A-t-elle rêvé? Ce qu'elle semble vivre s'est-il vraiment passé? Si oui, pourquoi? J'ai préféré suivre Marie qui, en une nuit, apprend des choses sur sa soeur et peut-être sur elle-même. C'est le genre d'éléments que j'affectionne, et en plus, c'est cohérent. D'autre part, Marie vit des choses qui lui font entrevoir un monde détestable, le style dont on sait qu'il existe, mais avec lequel (du moins, quand on est comme Marie ou moi) on n'a pas envie de frayer. J'ai trouvé dommage que personne ne puisse rien faire pour le personnage faible et abusé, mais là encore, c'est typique. J'imagine que Marie a ressenti confusément la même chose que moi, car elle évoque une sorte de complicité qui aurait pu naître entre elle et le personnage.
À propos de ce qui arrive au personnage faible, Murakami parvient à créer un élément à la fois effrayant et drôle. C'est l'espèce de comique de répétition qui se produit avec le téléphone portable. Une dimension incongrue s'ajoute à cela, car l'un des personnages ayant affaire à ce téléphone est justement celui qui a tenté de faire un peu de conversation à Marie en début de soirée.

L'ambiance nocturne et les différents événements qui se succèdent rapprochent le tout de l'onirisme, surtout le parfum de fantastique qui se dégage de certains éléments.

La remarque qui suit est du type pléonasme, mais je ne peux m'empêcher de la faire: «Le passage de la nuit» est un roman murakamien. ;-)

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amélie Ardio pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je connais peu cette lectrice, d'autant qu'elle n'enregistre plus pour la BSR depuis plusieurs années. J'ai apprécié sa lecture de ce roman.

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84 lectures

lundi, 23 août 2021

Mémoire brisée, d'Eugen Ovidiu Chirovici.

Mémoire brisée

L'ouvrage:
James Cobb est psychiatre. Josh Fleichman, riche homme d'affaire, fait appel à lui: ses jours sont comptés, et il souhaite découvrir ce qui s'est réellement passé, une certaine nuit, alors qu'il était jeune homme. Il demande donc à Cobb de l'hypnotiser.

Critique:
Ce roman m'a plu. Il est un peu lent à démarrer, d'autant que la quatrième de couverture en dit un peu pus que moi, ce qui, à mon avis, est un peu trop. Après le démarrage, l'auteur crée certaines complications. Par exemple,Cobb ne parvient pas à faire sortir la vérité de la bouche de Fleichman. Il continue l'enquête, et rencontre des gens qui lui racontent des bribes de la période évoquée par Fleichman, et certains détails ne concordent pas avec ce que disait Fleichman ou avec l'impression de lui-même qu'il donnait. Certaines de ces personnes ont un vécu, un passé parfois douloureux, et certains pans de ce passé sont marqués par la fameuse période. À l'instar de Cobb, le lecteur se demande pourquoi Josh aurait menti sur tel ou tel fait, puisque dire la vérité ne changeait rien au problème de base. À la fin, lorsque l'énigme est élucidée, Cobb ne parle plus de ces mensonges, mais pour moi, ils restent une incohérence. Flesshman en avait peut-être besoin pour se donner une valeur quelconque, mais étant donné qu'il se soupçonnait de meurtre, quel était son intérêt à dissimuler des faits qui ne pouvaient le rendre plus noir que l'aurait fait un meurtre.

Certains trouveront peut-être que l'auteur fait intervenir trop de témoignages. Je n'ai pas eu ce sentiment, mais je ne serais pas étonnée que d'autres l'aient. Outre que cela peut quelque peu embrouiller les choses, cela montre des pans de vies, mais ensuite, les personnages ne sont plus évoqués. Cela peut donner une impression d'inachevé. Je pense surtout au personnage d'Elizabeth en disant cela. . Les événements l'ont beaucoup affectée, et elle ne fait qu'une brève incursion dans le récit. Je sais que ce genre de situations se trouve souvent, surtout dans les thrillers, mais ici, cela m'a davantage interpellée que d'habitude.

En parallèle, nous assistons à la dissection d'un moment crucial de la vie de Cobb. C'est intéressant, car il se remet en question sur plusieurs points.

La résolution de l'énigme m'a satisfaite, car je n'avais rien deviné. L'auteur n'a rien fait de spectaculaire ni d'invraisemblable. Maintenant que j'ai la solution, je me dis que j'aurais pu la trouver, car d'autres l'ont utilisée avant. En tout cas, le romancier l'a amenée assez habilement pour que je ne la trouve pas. Ce qui m'a déplu (mais cela n'enlève rien à la pertinence du livre) c'est le côté humain de cette résolution.

Éditeur: les Escales.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Maugie pour l'association Valentin Haüy.

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98 lectures

jeudi, 19 août 2021

Si la bête s'éveille, de Frédéric Lepage.

Si la bête s'éveille

L'ouvrage:
Adam et Angélina sont policiers, et travaillent pour le NYPD. Ils vont bientôt se marier. Adam vient de voir les déménageurs emporter ses affaires vers l'appartement qu'Angélina et lui ont acheté, lorsqu'il est agressé, un homme lui tire dessus...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Je n'ai aucun reproche à lui adresser. C'est assez rare pour que je le souligne.

Frédéric Lepage mêle très habilement enquêtes policières et enquête d'Adam sur l'homme d'une manière générale. En effet, à la suite de son agression, Adam, tétraplégique, cohabite avec un singe capucin, qui l'aide dans son quotidien. Leur interaction le mène à se poser des questions sur son comportement, et à devoir le décrypter. Cela lui ouvre l'esprit, car il réfléchit à la part animale de l'homme. En fin d'ouvrage, il y a un entretien entre Frédéric Lepage et le vétérinaire Norin Chaï. Cet entretien est très intéressant, car il démonte certains clichés concernant les animaux. De plus, l'auteur explique pourquoi le personnage d'Adam, mais aussi tous ceux (comme moi) qui réagissent comme Adam, font l'inverse de l'anthropomorphisme tant reproché à ceux qui ne voient pas les animaux comme des mécaniques. Je me dis, après avoir lu cette explication, que j'aurais dû y penser.

Frédéric Lepage n'a pas inventé le fait que des singes capucins aident les patients ne pouvant accomplir certaines tâches du quotidien. Il est expliqué, dans l'entretien, que cela se fait aux États-Unis. À cause du cliché concernant l'anthropomorphisme, ceux qui pratiquent cela ne tiennent pas compte du fait que l'animal et le patient peuvent s'attacher l'un à l'autre. C'est plus que regrettable.

Le roman est assez épais, mais avec ses différentes énigmes, Frédéric Lepage ne traîne jamais. Il n'y a aucun temps mort. Tout est cohérent, rien n'est bâclé. L'histoire d'Adam (en dehors de Clara) soulève certaines questions dérangeantes et intéressantes, et là encore, on se demande comment on aurait agi à sa place.

La version audio de ce roman contient un chapitre (le 25 bis) qui n'est pas dans le livre papier. L'auteur l'a souhaité ainsi. Outre le fait que j'ai apprécié ce chapitre qui montre au lecteur une chose à laquelle j'avais pensé dès le départ concernant Clara, je suis ravie que l'exclusivité d'un chapitre d'un livre soit pour la version audio.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Lemire pour les éditions Lizzie.

C'est le premier livre enregistré par ce comédien que je lis. J'ai beaucoup apprécié son jeu. Il modifie sa voix pour certains rôles, et c'est à bon escient. Il joue les motions et les sentiments des personnages sans affectation ni trop de sobriété. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir.

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210 lectures

lundi, 16 août 2021

Love, lies, and hocus pocus, book 6: Identity, de Lydia Sherrer.

Love, lies, and hocus pocus, book 6: Identity

L'ouvrage:
Lily a été enlevée. Ses proches mettent tout en oeuvre pour la retrouver.

Critique:
Après avoir fini «Betrayal», j'étais frustrée. C'est donc avec frénésie que je me suis plongée dans «Identity». Lydia Sherrer parvient à se renouveler tout en gardant les mêmes «méchants». Comme je le pensais, il est un peu lassant que l'intrigue tourne toujours autour de ces deux dangereux personnages (au départ, il n'y en avait qu'un, et depuis la fin de «Legends», ils sont deux), mais l'autrice fait en sorte que son récit reste palpitant. Les scènes tendues où ces deux personnages se montrent dans toute leur vilenie et celles où l'inquiétude des proches de Lily est à son paroxysme sont contrebalancées par les notes humoristiques que la romancière insère. Elles sont toutes dues à Sir Kippling. Il arrive même à faire rire concernant la gravité de la situation lorsqu'il brandit une menace: Sir Kippling urinera sur tout ce qui appartient à Sebastian pendant le reste de sa vie, si celui-ci ne peut sauver Lily.

Concernant l'un des «méchants», je regrette que les autres aient empêché Mallaury d'accomplir son dessein. Certes, ils ont raison, ne serait-ce que pour préserver la santé mentale de Mallaury, mais outre que le personnage méritait cela, cet élément aurait forcé Lydia Sherrer à créer d'autres événements que la traque de ce personnage.

Lorsque Lily se rend compte qu'on tente de la piéger, j'ai trouvé dommage que l'autrice dise que, sachant que ce qu'on lui montre est faux, elle se laisse quand même duper. Je pense surtout au moment où le démon se «déguise» en madame Berington. Certes, il est expliqué pourquoi Lily ne peut s'empêcher de s'y laisser prendre, mais cela n'est pas très crédible.

La romancière soulève certaines questions délicates. Par exemple, que penser de quelqu'un qui a mal agi, sachant qu'il agissait mal, mais étant poussé par un motif compréhensible? De plus, ce personnage se rachète...
Ensuite, à travers Sebastian, l'autrice évoque les démons intérieurs. Pour moi, cette façon de faire est très importante. En effet, cela m'a bien plus parlé que les affirmations d'auteurs comme Mélissa da Costa selon lesquelles il ne faut pas se gâcher la vie à penser aux maux qu'elle nous a infligés, ou à ressasser sa culpabilité concernant ces maux, car on perd tout ce qui est positif. Elle a tout à fait raison, mais la manière de faire de Lydia Sherrer est beaucoup plus percutante.

Je suis présentement en train d'agoniser, car je ne sais pas quand sort le tome 7. En plus, il ne sortira peut-être pas en papier et en audio en même temps. Et quand il sortira en audio, il ne sera pas forcément tout de suite sur Audible! Et imaginons que quand il apparaîtra sur Audible, il ne soit que sur le .com parce que le .fr n'en a pas les droits! Pourvu que je puisse le lire bientôt!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Chenoweth Press.

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105 lectures

jeudi, 12 août 2021

La mémoire des anges, de Martine Delomme.

La mémoire des anges

L'ouvrage:
Voilà douze ans que Mauve a quitté le domaine familial de Bassan, dans le Sud-Ouest de la France, pour s'établir en Belgique. Elle est partie après que son fiancé lui a préféré sa soeur, Véronique. Or, à présent, Véronique s'est suicidée en avalant des médicaments. Mauve retourne au domaine pour assister à l'enterrement. Elle y retrouve ses parents, Georges et Édith (seul son père a gardé contact avec elle), son beau-frère (David), sa tante (Paule, qui semble ne l'avoir jamais aimée), et rencontre les enfants de sa soeur (Guillaume et Laurie).

Critique:
Ce roman m'a plu. L'autrice mélange terroir, secrets de famille, et amour sans tomber dans le niais. Bien sûr, il y a quand même quelques topoi. Par exemple, Paule est une méchante femme aigrie, son seul but est d'évincer Mauve, et de rabrouer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Mauve est l'attachante héroïne au caractère bien trempé. Georges et Édith sont faibles... Georges n'est pas absolument un faible qui dit amen à tout, et bien sûr, à sa place, on ne peut savoir comment on agirait. Mais je me suis dit qu'il aurait peut-être pu tenter davantage de résister à ceux qui imposaient leur suprématie.
Donc, même si certains personnages sont un peu convenus, je ne me suis pas ennuyée. En effet, Mauve, par exemple, doit faire face à de nouveaux paramètres, et au moment où elle commence à rassembler ses esprits, et à avoir une idée de ce qu'elle veut faire et comment, des éléments la font changer de cap. De toute façon, j'aurais été déçue qu'elle laissât Paule faire la loi.

La romancière aborde la question de la place de chacun dans une famille. Ses protagonistes ont un vécu qui est différent du nôtre, mais peut-être certains lecteurs trouveront-ils des échos de morceaux de leur histoire. De toute façon, Martine Delomme fait en sorte que la plupart d'entre eux déclenchent l'empathie du lecteur.
Quant aux secrets, j'avais deviné les grandes lignes de l'un d'eux. Cela n'a pas du tout gâché ma lecture. Je n'aime pas le niais, mais je préfère toujours quand les histoires se terminent bien. Évidemment, tout ne peut pas bien finir. L'autrice a su doser le bon et le moins bon. Je comprends qu'elle ait apporté quelques déconvenues aux personnages principaux, car j'aurais été la première à tiquer si tout s'était achevé de manière parfaite.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Perreau pour l'association Valentin Haüy.

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