Out of darkness

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
New London, Texas, septembre 1936. Beto et Cari (sept ans) quittent San Antonio pour vivre avec leur père, Henry Smith. Leur soeur, Naomi (dix-sept ans) n'est pas la fille d'Henry, mais les suit. Elle n'est pas à l'aise, car elle n'aime pas son beau-père. D'autre part, étant mexicaine, elle est rapidement victime de racisme.

Critique:
Ashley Hope Perez a construit une histoire autour de l'explosion de l'école de New London, en mars 1937. Elle a tout inventé (excepté l'explosion), en se basant sur des attitudes et des faits arrivés à cette époque. Son intrigue est bien menée, ses personnages sont creusés. Elle rappelle quelle forme prenait le racisme, à cette époque. Par exemple, Naomi n'a pas le droit d'aller faire ses courses à l'épicerie près de chez Henry, à moins qu'elle passe par une autre porte. Wash l'invite à aller s'approvisionner dans le coin de la ville où il habite. Cela ne pose pas de problème à l'épicier, mais il explique à Naomi qu'elle doit faire attention à ne pas trop se mêler à la communauté noire. Le racisme, profondément ancré dans les moeurs, ajouté au fait que certains ne veulent pas réfléchir et se remettre en question, conduit à des événements semblables à ceux décrits ici. Petit à petit, une spirale se met en place, se resserrant autour des personnages, se nourrissant d'éléments anodins qui prennent une importance démesurée...

La plupart des personnages sont attachants. La romancière montre leur aspiration à la vie, au bonheur, à la tranquillité. Avant la tempête, elle parsème son récit de scènes attendrissantes, parfois amusantes, comme ce qui touche aux tartes de madame Fuller.

L'histoire d'amour ne m'a pas déplu parce qu'elle est préparée, et que les deux personnages sont très sympathiques.

Au début, j'ai eu un peu de mal à cerner Naomi. C'est voulu. On se demande pourquoi elle est si hostile à son beau-père. Celui-ci ne plaît pas particulièrement, mais la dureté de la jeune fille interpelle. Puis, assez rapidement, l'auteur donne certains éléments. Henry est peut-être le seul personnage important que je n'ai pas apprécié. (D'autres sont détestables, mais ils sont secondaires.) Cependant, il n'est pas caricatural. Il y avait, et il y a toujours, des gens comme lui. L'époque tolérait certaines choses d'eux dont on ose espérer qu'elles n'auraient pas lieu aujourd'hui, mais rien n'est moins sûr.

Je ne sais pas trop quoi penser du pasteur Tom. Il est trop exalté, trop fanatique pour paraître sérieux. Dans son monde, les choses sont trop tranchées. Il n'est pas méchant, mais semble penser qu'il n'y a qu'une façon de faire. D'autre part, j'ai été choquée qu'il n'aide pas son prochain (en l'occurrence, sa prochaine) lorsque celle-ci se brûle le bras. Le seul à s'en préoccuper est Beto. Le pasteur voit bien la souffrance de l'adolescente, mais il ne lève pas le petit doigt, et continue de lui parler comme si de rien n'était.

Naomi, Wash, et Beto sont sûrement les personnages qui marqueront le plus le lecteur. Beto passe par plusieurs épreuves, il endure des choses qu'on ne le croirait pas capables de supporter, étant donné son caractère tendre.

Je ne sais pas si Ashley Hope Perez aurait pu inventer une autre fin. Si elle l'avait fait, il aurait fallu qu'elle écrive une suite. Cela aurait été une bonne idée. ;-) Je pense qu'elle a voulu marquer les esprits, et bien montrer que cela avait existé.
Je voudrais en dire plus sur ce roman, mais j'en dévoilerais trop.

Un livre bien pensé, poignant, à lire pour ne pas oublier à quoi peut mener la bêtise de certains hommes, de certaines façons de penser.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Benita Robledo et Lincoln Hoppe pour les éditions Listenning Library.
Benita Robledo a enregistré 90% du roman. Elle est bien entrée dans la peau des personnages, et a modifié sa voix sans exagérer. Elle prononce certains mots avec l'accent espagnol (notamment Beto et Cari). Cela ne m'a pas gênée, car elle le fait sans affectation.
Je connaissais Lincoln Hoppe pour l'avoir entendu dans «Say goodbye». J'avais gardé un bon souvenir de son interprétation. Ici, il n'a que de petites parties. Pour moi, sa lecture est naturelle.