Nymphéas noirs

L'ouvrage:
Petit village de Giverny. Le cadavre de Jérôme Bonneval est retrouvé. On semble s'être acharné sur lui. L'inspecteur Laurence Sérénac, tout juste muté à Giverni enquête, secondé de son adjoint, Silvio.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'ai d'abord été surprise de ne pas m'ennuyer alors que l'enquête était des plus classiques. Cela vient sûrement du fait que l'auteur a su rendre le tout vivant et y a apporté un peu d'originalité. par exemple, les dialogues entre les deux policiers sont savoureux. D'autre part, il est assez intéressant de suivre la femme qui, sur certains chapitres, prend la parole.

Il est beaucoup question de peinture. En effet, Giverny était le village de Claude Monet. Entre les légendes qui courent à son sujet et le désir de peindre de l'une des héroïnes, l'art est mis à l'honneur. Moi qui ne suis pas du tout sensible à cela, je ne me suis pas ennuyée. L'auteur en parle comme un conteur, et rend cela attrayant en y mêlant ses personnages.
Le lecteur imaginera très bien ce petit village, son décor, ses habitants, son atmosphère.

Cependant, les choses se sont gâtées de diverses façons. Je pardonne souvent à Michel Bussi d'introduire certains éléments incongrus, ou de colmater des brèches avec des explications un peu grosses. Ici, son erreur a été d'accumuler les procédés malheureux.
D'abord, sans finesse ni originalité, le romancier a introduit le fameux coup de foudre que je déteste toujours autant.
Ensuite, pourquoi l'un des personnages se sent-il la force de tout quitter du moment qu'il pourra s'enfuir avec quelqu'un? Puisque cette personne se sentait à ce point enfermée, elle aurait dû fuir seule. La personne qui l'aurait accompagnée aurait dû être un bonus.

Ensuite, c'est par plusieurs procédés malhonnêtes que l'écrivain mystifie le lecteur. Vous me direz que le travail de l'auteur de romans policier est justement de piéger le lecteur. Je suis la première à être ravie de me faire damer le pion, mais par des procédés honnêtes. Par exemple, non seulement un renseignement important n'est pas donné, mais l'auteur accentue l'égarement du lecteur par des phrases très équivoques. J'ai surtout repéré cela au moment où Stéphanie, toute excitée, pense qu'elle va aller retrouver son amoureux, mais il y a d'autres moments de ce genre dans le roman. Qu'on mente par omission, cela ne me gêne pas si c'est bien fait. Ici, l'auteur a fait plus que cela.
De plus, il est un peu étrange que de tout temps, on croie que Neptune est le chien du village, le chien de tout le monde... Il n'est pas crédible qu'on ne sache pas à qui il appartient.
Au sujet du chien, l'auteur en rajoute une couche en utilisant une ficelle que j'aurais pu accepter (car elle est assez réaliste) si elle avait été la seule à être très grosse.
En outre, il n'est pas logique que quelqu'un, sachant que celle qu'il aime vit avec un fou dangereux, ne fasse rien d'autre que prendre la poudre d'escampette sous prétexte que lui loin, sa bien-aimée ne sera plus en danger. Il y aurait eu de multiples façons de contrarier le fou dangereux.
Ce que j'appelle le «jeu des prénoms» est également une ficelle malhonnête. Certes, l'auteur en avait besoin, et elle serait sûrement passée si elle n'avait pas été accompagnée de multiples autres.
Par ailleurs, il n'est pas très logique qu'un cadavre disparaisse en si peu de temps sans laisser aucune trace sanglante, alors qu'il y avait du sang partout... c'est encore plus invraisemblable quand on sait ce qui est arrivé.
Et bien sûr, l'auteur ne se prive pas d'utiliser la ficelle éculée qui consiste à faire en sorte que certains personnages connaissent la solution bien avant le lecteur.

Accessoirement, Michel Bussi ne peut s'empêcher de tomber dans un cliché: la femme de Silvio est enceinte, et devient pénible et capricieuse apparemment à cause de cela...

Remarque annexe:
À un moment, la narratrice évoque un roman policier dont le seul témoin est un chat. L'auteur a-t-il inventé l'idée? Ce roman existe-t-il? Si oui, j'aimerais bien savoir comment s'en tire son auteur.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

Acheter « Nymphéas noirs » sur Amazon