Neuf parfaits étrangers

L'ouvrage:
Ils sont neuf à avoir souscrit à une cure de dix jours dans un centre de bien-être. Chacun souhaite aller mieux. Chacun a vécu de mauvaises expériences. Certains sont choqués, traumatisés. Ils souhaitent sortir de leur mal-être.

Critique:
Ce roman m'a plu. Les reproches que je formulerai ne sont en aucun cas adressés à l'autrice, mais à notre société, ou disons plutôt à certains représentants. Par exemple, je déteste le personnage de Masha. Pourquoi? Parce que Liane Moriarty a dépeint un protagoniste terriblement réaliste. Ce qu'est Masha est détestable, certes, mais de telles ignominies, de telles erreurs de la nature existent dans notre société. La romancière n'a fait que nous en montrer une avec brio.
Pour détailler un peu sans trop en dévoiler, Masha s'autorise à faire quelque chose, et ne l'avoue que lorsqu'elle est mise au pied du mur. Ce qui est détestable, ce n'est pas tant qu'elle ait eu l'idée de faire cela, mais le fait qu'elle l'ait fait à l'insu des clients. Chacun est responsable de soi-même, et certains auraient peut-être accepté l'expérience si elle leur avait été proposée. Mais Masha ne proposait pas, elle imposait. Si un jour, je m'offre un séjour dans un centre de bien-être, avant de signer quoi que ce soit, je demanderai à l'administrateur s'il peut me promettre (par écrit) qu'il n'est pas aussi malade que Masha. ;-)

J'ai apprécié tous les personnages venus faire la cure. Certains m'ont moins plu que d'autres, mais je les ai tous compris. Par exemple, je n'ai pas aimé l'engouement de Jessica pour les réseaux sociaux (elle en a l'utilisation la plus superficielle qui soit) ni son besoin de faire refaire chaque partie de son corps. Bien sûr, cela montre qu'elle n'est pas bien dans sa peau, et quand on creuse un peu, on se rend compte qu'elle est sympathique. Seulement, je ne sais pas du tout ce qui pourrait l'aider, puisque être aimée pour elle-même n'a pas fonctionné... Peut-être qu'elle n'a pas mûri... De toute façon, elle aussi représente beaucoup de personnes de notre société actuelle.

Concernant Ben et Jessica, j'ai un peu râlé à cause de clichés qui se mettent en place après l'événement qui a bouleversé leur vie, mais ces clichés ne sont pas imputables à l'autrice. Elle ne fait que dire comment la plupart des gens réagissent et réagiraient dans leur situation. La pauvre ne peut pas savoir que chez moi, elle touche un point particulièrement sensible.

J'ai très bien compris la douleur de la famille Marconi. Il est logique que deux d'entre eux se reprochent de n'avoir pas su empêcher le drame. Lorsqu'une personne se sent coupable d'un événement grave, ses proches assurent que non, elle ne l'est pas. À ce sujet, Heather a soulevé une question intéressante. Lorsque son mari refuse de la blâmer, elle lui dit qu'elle a peut-être envie qu'il le fasse. Je n'avais pas imaginé cela, mais une personne qui se fait des reproches a peut-être besoin d'entendre, juste une fois, qu'elle n'a effectivement pas agi comme il l'aurait fallu, mais qu'on est conscient qu'elle n'a rien fait exprès, qu'elle souffre aussi, et que chacun va devoir vivre avec cela.

Pour moi, l'intrigue est bien menée, et ne souffre d'aucun temps mort: suspense (je n'ai vu venir aucun rebondissement), psychologie des personnages bien pensée, le tout saupoudré de brins d'humour et d'un peu de romance.

J'ai beaucoup apprécié que Liane Moriarty prenne le temps de dire ce qu'il advient de ses personnages après. Il est logique que tout ne se termine pas parfaitement pour chacun, mais l'autrice n'en a pas trop fait, que ce soit dans les éléments heureux ou dans les tristes. J'aime que certains aient gardé des liens, que Carmel s'entende bien avec un personnage qu'elle imaginait ne pouvoir apprécier... J'ai moins aimé qu'un personnage n'ait pas tant souffert que cela...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Colette Sodoyez.

C'est le deuxième livre enregistré par Colette Sodoyez que je lis. Au tout début, il m'a semblé qu'elle avait un peu de mal à ne pas trop en faire, mais c'est peut-être un effet de mes craintes passées (à cause d'une audiodescription qu'elle a dite de manière grandiloquente à mon goût, j'ai un petit mouvement de recul quand je lis son nom sur les livres audio, alors que son interprétation d'«Après l'incendie» m'a plu). Le tout début passé, j'ai apprécié son jeu. Elle ne fait pas d'horribles effets de voix pour les rôles masculins, ne tente pas de faire un accent russe à Masha (certains l'auraient fait sous prétexte que Masha était russe). La comédienne joue les émotions des personnages sans les surjouer. Je regrette seulement qu'elle ait absolument tenu à faire un affreux (parce que pas naturel) «r» anglophone lorsque Frances évoque «Jane Eyre» (heureusement, cela n'arrive que deux fois) et à prononcer Izeur pour Heather. Concernant ce dernier point, si en anglais «ea» se dit «i», ce n'est pas toujours le cas. Dans le prénom «Heather», le «ea» se prononce «è». Il aurait donc été plus naturel et plus proche de l'original (donc plus logique) que Colette Sodoyez prononçât Èzeur. Je trouve assez gros que ni la comédienne ni la personne qui supervisait l'enregistrement n'aient creusé la question. J'écris donc ici ce que je pense depuis que l'erreur de prononciation a été commise sur le nom de famille des personnages principaux dans «Les apparences»: je veux bien être consultante en prononciation anglophone pour les éditeurs audio. Si cela arrivait (je peux toujours espérer), je pourrais dire que je fais un peu partie du milieu, même si ce n'est qu'à 0,001%. ;-)

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