Ne lâche pas ma main

L'ouvrage:
Saint-Gilles, île de la réunion, fin mars 2013.
Martial Bellion est en vacances avec sa femme, Liane, et leur fille, Sofa.
Cet après-midi-là, alors que certains touristes paressent à la piscine, Liane remonte dans la chambre d'hôtel. Une heure après, Martial s'inquiète de ne pas la voir redescendre. La jeune femme a disparu. Très vite, certaines preuves accusent Martial. Celui-ci commence par coopérer, puis s'enfuit, emmenant Sofa.

Critique:
J'ai autant apprécié cette lecture que celle de «Un avion sans elle». Et j'ai trouvé à peu près les mêmes défauts.

L'auteur parvient à créer du suspense tout au long du roman. Il y a bien des moments où la tension se fait moins forte, mais il n'y a pas de temps morts.
Dès le départ, j'ai pensé que Martial était innocent. De ce fait, j'ai trouvé un peu gros les moments où l'auteur tentait de fourvoyer son lecteur en écrivant des choses équivoques qui pourraient laisser penser qu'il a tué sa femme. Le procédé est quelque peu déloyal, car énorme, à mon avis. Cependant, il m'a plu de lire des situations où le comportement de Martial (davantage que ses pensées) pouvait être vu comme ambigu. Outre la scène de Liane à la gendarmerie, je pense à tout ce qui arrive à partir du moment où Sofa entend du bruit dans le garage. Je me demandais comment Michel Bussi justifierait tout cela. Il a réussi.
D'autre part, la psychologie des personnages est bien pensée.

Il y a bien des ficelles un peu grosses. Par exemple, lorsque le cadavre est retrouvé, pendant quelques minutes, l'auteur laisse planer le doute, afin que le lecteur croie qu'il s'agit de celui de Liane. Or, je savais tout de suite qui c'était, et j'ai trouvé dommage que le romancier use d'un procédé si grossier. Mais on peut le lui pardonner, car cela dure peu.

On s'attache rapidement aux personnages. Outre Martial et Sofa, j'ai apprécié Christos et Imelda. Le policier semble blasé, mais qui le blâmerait lorsqu'on voit les conditions de vie de chacun.
Quant à Imelda, elle tente de faire de son mieux. Son appétit de vivre, sa droiture, sa finesse (d'esprit, bien sûr), son dynamisme, en font un des personnages forts du roman.
J'ai eu du mal à supporter Aja. D'abord, elle rudoie presque tout le monde. Elle est souvent acariâtre, et fait passer son travail avant sa vie privée. En outre, lorsqu'elle s'accroche à l'affaire, on a l'impression que c'est davantage pour son avancement que pour le bien-être de Sofa. Enfin, elle n'a pas l'air très futé: outre qu'elle reste engluée dans un faux raisonnement pendant longtemps, elle ne trouve quasiment rien. Elle s'arrange un peu à la fin, car elle semble évoluer, mais c'est un personnage peu plaisant, d'une manière générale.

Sofa est peut-être un peu invraisemblable: elle a six ans, semble savoir et comprendre beaucoup de choses, a beaucoup d'endurance... Certes, il est expliqué qu'elle est en avance pour son âge, mais j'avais souvent l'impression qu'elle avait douze ans...

La résolution de l'énigme est banale, mais je ne l'avais pas devinée. L'auteur a su m'emporter dans son histoire au point que je ne parvenais pas à trouver comment tout cela pouvait se résoudre.

J'ai apprécié la polyphonie, même si elle est passagère. J'ai surtout aimé les scènes narrées par Sofa. Outre que l'auteur a su (la plupart du temps) adopter un style enfantin, j'ai aimé me retrouver dans les pensées de l'enfant.
J'ai également aimé que le coeur du problème soit raconté en alternance par deux personnages.

Il y a quelques petites incohérences.

Afficher Attention, je dévoile certaines choses.Masquer Attention, je dévoile certaines choses.

Lorsque Martial vient au rendez-vous fixé par Graziella, portant une simili-Sofa endormie, il est étrange que Graziella, qui pense à tout, ne s'étonne pas de ne pas voir la tête de l'enfant dépassant du drap.
D'autre part, il est un peu gros qu'Eve-Marie ne souhaite pas qu'on parle d'Aloé, expliquant qu'elle veut encore la préserver. En effet, la jeune fille n'a rien à voir avec la noyade d'Alex. J'ai trouvé déloyal de la part de l'auteur de faire comme si quelque chose de grave s'était passé à ce moment-là la concernant. Comme si elle était le coeur d'un terrible secret.
Il est également un peu étrange que le message effacé par Martial sur la portière de la voiture de location réapparaisse au moment où Christos regarde... Je n'ai pas compris à l'aide de quoi Graziella l'avait écrit, mais j'ai trouvé cela léger.

J'ai aimé voir, en arrière-plan, la vie à la Réunion. Je ne savais pas que certaines choses étaient à ce point codifiées, comme par exemple, les noms qu'on donne à chaque catégorie d'habitants. Je serais curieuse de connaître la raison du mot Zoreille pour parler d'un français vivant à la Réunion.

Comme dans «Un avion sans elle», certains prénoms sont trop répétés, à mon avis. Cela alourdit le style. Les comédiens sont parvenus à bien faire passer cela, mais c'est quand même dérangeant.

Remarque annexe:
J'aimerais savoir si «l'inversion thermique» existe vraiment ou si l'auteur a inventé ce phénomène pour son roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé. et Elsa Romano pour les éditions VDB.
J'ai été heureuse de retrouver ces comédiens que j'aime beaucoup. Ils ont su colorer quelque peu les personnages créoles sans leur faire un horrible accent caricatural. José Heuzé a davantage marqué l'accent pour les berceuses, par exemple. Je pense qu'il a eu raison, car il me semble qu'il y a une manière de les dire qui tient à cet accent.
Elsa Romano n'avait pas la partie facile. Elle est parvenue à donner des personnalités différentes à Imelda, Aja, et Sofa. Sa façon d'interpréter l'enfant est bonne, car elle n'exagère pas, tout en prenant une voix enfantine.
J'ai aimé la manière dont les indications (titres de chapitres, lieux, dates, heures) ont été réparties entre les deux comédiens.

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