N'oublier jamais

L'ouvrage:
Février 2014, Normandie.
En courant sur la plage, Jamal Salaoui trouve une écharpe rouge. Peu après, il tombe sur une jeune fille prête à sauter de la falaise. Il l'adjure de n'en rien faire, et lui tend l'écharpe pour la tirer vers un endroit moins dangereux. Elle la lui arrache des mains, et saute. L'écharpe est retrouvée autour de son cou, elle aurait été étranglée avec, d'après les constatations. Jamal sait que c'est impossible. Cette incohérence est loin d'être la dernière à laquelle notre héros va se heurter.

Critique:
Depuis «Nymphéas noirs», Michel Bussi aime jouer avec le feu, créant des incohérences, des situations improbables. Si les explications m'ont déplu dans «Nymphéas noirs», et que je les ai trouvées correctes dans «Un avion sans elle» et «Ne lâche pas ma main», il me semble qu'ici, il a perfectionné la technique. À l'instar de Jamal, le lecteur est perdu les trois quarts du temps. En outre, connaissant Michel Bussi, j'ai eu peur qu'il aille bien trop loin, et que ses explications soient poussives, bâclées, et inappropriées. Or, pour moi, il a réussi son pari.
À un moment, j'ai eu peur que la solution soit la même que dans certains romans. L'auteur le suggère, d'ailleurs. Cette solution me déplaisant, je me préparais à pester. Heureusement, Michel Bussi a choisi une porte de sortie qui, me semble-t-il, est bien meilleure. Les différentes solutions sont à la hauteur du reste.

Créant des situations qu'il est ardu d'assembler, l'auteur ne se contente pas de laisser planer un mystère, puis de traîner le lecteur jusqu'à la fin. À chaque page, le mystère s'épaissit, le suspense s'intensifie, l'étau se resserre...
La plupart du temps, c'est Jamal qui raconte. Cela permet au lecteur de vivre les choses de son point de vue, d'imaginer ses doutes, de comprendre pourquoi sa raison vacille. Jamal demande au lecteur de lui faire confiance jusqu'au bout. J'ai pris le parti de le suivre, me disant que normalement, il ne cacherait rien. Ferez-vous de même? N'y aura-t-il pas des moments où vous douterez de lui?
Dans un entretien accordé aux éditions Audiolib, Michel Bussi explique qu'il souhaitait que son personnage ne soit pas déterminé, que ses actes ne soient pas «décidés» par sa naissance, son handicap, ses origines. Pour moi, il y a réussi. Son héros est un personnage comme un autre. Il ne fait pas partie de ces gens qui se plaignent et jouent de leur handicap (certains le font), et rien que pour cela, j'ai voulu lui faire confiance.
Je n'adresserai qu'un reproche au narrateur: c'est un coeur d'artichaut. Cela s'explique en partie par son envie de vivre à 200 à l'heure, mais cela m'a agacée. Bien sûr, l'auteur avait besoin que son personnage soit ainsi...

Certaines choses m'ont déçue, mais pas dans la construction de l'intrigue. J'aurais aimé que certains événements tournent autrement. Ce n'est donc pas un véritable reproche.

Afficher Pour expliquer les minuscules détails quelque peu discutables, je dévoile des pans clés de l'intrigue.
Masquer Pour expliquer les minuscules détails quelque peu discutables, je dévoile des pans clés de l'intrigue.

Est-ce qu'une séance échevelée, endiablée et passionnée de sexe laisserait des traces qu'on pourrait prendre pour un viol?
Les policiers ont retrouvé la culotte de Myrtille après coup. Logique, puisqu'elle a été déposée après. Il y a une faille, car ils pouvaient très bien avoir déjà fouillé l'endroit.
Lorsqu'elle est appréhendée et interrogée, Océane semble craquer et se dévoiler assez facilement. Or, à la voir évoluer, on a plutôt l'impression qu'elle peut se maîtriser envers et contre tout. Il aurait été judicieux de développer les raisons qui l'ont fait se livrer et se montrer si facilement sous son vrai jour.
Pourquoi Océane a-t-elle gardé un échantillon du sperme d'Alexandre? Elle ne savait pas que cela lui servirait. On peut penser qu'elle l'a fait au cas où...

L'entretien avec l'auteur en fin d'ouvrage est, comme d'habitude, très intéressant. Je suis friande de ces entretiens qui permettent de découvrir la voix de l'auteur, de savoir comment il appréhende l'écriture, la lecture audio, etc.

Remarques annexes:
Chaque titre de chapitre commence par une phrase du chapitre précédent. Je ne sais pas trop pourquoi l'auteur a fait cela, mais pourquoi pas?
Michel Bussi fait partie des rares auteurs à savoir compter les mots. (Il dit, à un moment que «N'oublier jamais», cela fait trois mots.) En général, quand il y a un mot avec une apostrophe, les auteurs omettent de le prendre en compte. Or, l'apostrophe est là pour éviter une prononciation qu'on a jugée inappropriée, mais un «n'» par exemple, équivaut à «ne».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Tavarès.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib. J'ai apprécié la lecture de François Tavarès qui a pris le parti de modifier à peine sa voix pour certains personnages. C'est un comédien que je retrouve avec plaisir lorsqu'il enregistre pour Audiolib. Je trouve un peu dommage qu'il n'ait pas chanté les passages de «Jusqu'à la ceinture», de Graeme Allwright, qu'évoque Jamal à un moment. Cependant, étant donné les circonstances de l'évocation, cela n'aurait peut-être pas paru naturel.

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