Moi qui croyais te connaître

L'ouvrage:
Holly et Julia sont amies depuis plus de vingt ans. Elles sont proches, complices, se comprennent, s'entraident... Holly est professeur à l'université, elle participe à un atelier sur le consentement. Elle s'attache à bien faire comprendre qu'à partir du moment où une personne ne dit pas explicitement qu'elle est d'accord,avoir une relation sexuelle avec cette personne est un viol.
Un jour, Saffie (la fille de Julia) accuse Saul (le fils d'Holly) de l'avoir violée...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Une histoire contant un cataclysme qui tombe sur une amitié est toujours un point de départ intéressant. L'autrice maîtrise son intrigue, car elle explore les conséquences de ce cataclysme. La psychologie des protagonistes est analysée, leurs actes et leurs paroles prennent une grande importance pour les autres... Certains agissent, au départ, sur une impulsion. Par exemple, Holly reproche le premier mouvement de Pete après que celui-ci a été informé de l'accusation. Le lecteur comprendra tout aussi bien Holly que Pete. Je penchais un peu plus vers l'un des deux, car j'avais décidé de prendre tout de suite parti concernant l'accusation, mais je pouvais comprendre l'autre. J'ai compris que Julia et Holly s'enferrent dans une situation qu'elles ne peuvent plus contrôler, que des paroles blessantes soient échangées, que chacune regrette l'autre... De plus, il m'était facile, n'étant pas impliquée, de décider de croire tel ou tel personnage. Je ne peux pas prévoir ma réaction si quelque chose de ce genre m'arrivait. J'espère, en tout cas, que si cela arrivait à quelqu'un que je connais, je ne cancanerais pas, comme le font certaines femmes qui, au départ, avaient des relations amicales avec Holly et Julia.

À cause de cette secousse, les deux héroïnes remettent beaucoup de choses en question, et sont parfois amenées à entendre des vérités qui leur font mal. Par exemple, Holly est confrontée au fait qu'elle rejette toute personne qui ne va pas dans son sens. Bien sûr, lorsqu'on sait pourquoi elle est fâchée avec sa soeur, on peut comprendre qu'elle n'ait pas accepté ce qu'elle voyait comme une calomnie.

Le thème du viol et des formes qu'il peut prendre est finement évoqué. D'abord, Holly se retrouve confrontée à une situation qui la met en face de ce qu'elle combat dans son métier. Ensuite, ce qui est arrivé à Saffie est un exemple assez délicat de non consentement. J'imaginais que la limite entre le consentement et le non consentement était facile à déterminer, mais ce que vit Saffie montre que cela ne l'est pas toujours. Certes, celui qui s'en est pris à elle savait très bien de quoi il retournait, mais l'adolescente, elle, ne l'a pas compris jusqu'à un certain moment de l'histoire.

Outre la psychologie des personnages, Penny Hancock crée des rebondissements à propos. Il y a juste une chose qui peut être une incohérence. Il n'est pas très logique que la fille de Pete n'ait pas toujours son journal intime avec elle chez le parent chez lequel elle se trouve.

L'autrice jette bien quelques faux indices en pâture au lecteur, mais je les lui pardonne, car tout est plausible et bien amené.

À la fin, certaines choses restent en suspens, mais cela n'est pas gênant, car pour que le cours de ces éléments aille franchement d'un côté ou de l'autre, il faut du temps. De plus, la romancière donne de petits indices quant au côté vers lequel iront les personnages.

Dans certains romans, il est très casse-pieds de lire que la police met des bâtons dans les roues des personnages. Ici, ce n'est pas le cas. J'apprécie que Penny Hancock nous montre des policiers soucieux de bien faire leur travail, ressentant de la compassion pour les victimes...

Service presse de la plateforme d'écoute Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Manon Jomain pour les éditions Hardigan.

Comme je l'ai dit dans d'autres chroniques, le jeu de Manon Jomain est naturel. Elle modifie un peu (mais pas à outrance) sa voix pour les rôles masculins, joue (sans cabotiner) les émotions des personnages, et ne prend pas un horrible accent pour les noms propres étrangers. Je sais que j'aurais eu des envies de meurtre si elle avait prononcé Rowan autrement que la manière dont elle l'a fait. Petit bémol: étant une maniaque extrémiste (hahaha) je n'ai pu m'empêcher de noter que la comédienne fait partie de ceux qui prononcent mal le mot «dégingandé».

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