Meyer et la catastrophe

L'ouvrage:
Meyer est angoissé. Il a deux ex-femmes, un enfant avec chacune, une petite amie, il est informaticien pour une grande entreprise... Sa vie est banale. Cependant, selon les statistiques, tout peut basculer n'importe quand. Ceux qu'il aime peuvent être touchés par n'importe quelle catastrophe.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. D'abord parce que sans être aussi angoissée que Meyer, je suis un peu comme lui, à redouter les aléas de la vie. Je sais que les ennuis n'arrivent pas qu'aux autres, et qu'une catastrophe est très vite arrivée. Cet état d'esprit fait que je me suis identifiée au héros. Ensuite, Meyer exprime ses inquiétudes auprès de ses amis: Van et Farzad. La façon dont Meyer tourne les choses et les réponses de ses amis (Farzad est un psy atypique) sont assez alertes et spirituelles. Cela m'a donc fait rire.

Le roman met un peu de temps à démarrer, mais cela ne m'a pas du tout gênée parce que l'auteur a su m'intéresser avec le récit du quotidien du narrateur. En outre, le style est à la fois fluide et enlevé. Cette banalité entourée de cocasserie est sûrement ce qui fait qu'on a du mal à croire que les choses pourraient mal tourner. C'est sûrement voulu par l'auteur. En effet, même si certains d'entre nous ont peur d'une catastrophe, à l'instar de Meyer, rien ne nous y prépare vraiment. À partir du moment où certaines choses se corsent, le style devient plus grave. Là encore, c'est logique. Une personne foncièrement primesautière perdra sa bonne humeur si les choses vont mal. Bien sûr, tout ne devient pas absolument noir: ça n'aurait pas été crédible. D'autre part, si Meyer est éprouvé, il trouve la force d'agir de manière totalement puérile, mais jubilatoire. Je parle de ce qu'il fait dans le bureau de son patron. Là encore, c'est comme ça que va la vie: même lorsque certaines choses vont mal, on trouve la force d'accomplir des actes aussi stupidement drôles.
J'ai souri lorsque la situation de Meyer est comparée à celle de Job. Heureusement, l'auteur n'est pas allé dans les extrêmes. En effet, à la fin du roman, certaines choses ne sont pas réglées. Au début, j'en ai été frustrée, puis j'ai pensé que si tout avait été sûr, cela aurait été invraisemblable. En outre, on peut facilement imaginer ce qui se passerait si le livre se poursuivait.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Fruchard pour l'association Valentin Haüy.
J'ai apprécié le jeu du lecteur. Il a très bien su entrer dans le style de Steven Boykey Sidley. Je pense qu'il est facile de trop en faire en disant certaines répliques. Lorsque des situations deviennent graves (je pense notamment au récit que Meyer fait à Innocent d'un moment où il était accro à la drogue), le lecteur a su adopter un ton grave sans trop en faire. Là encore, je pense qu'il aurait été facile de trop en faire en voulant bien montrer le contraste avec la première partie du roman.
La plupart du temps, le lecteur prononce les noms anglophones comme je préfère. Il n'y a que Grace (et un autre, me semble-t-il) dont la prononciation ne m'a pas trop plu. Au départ, il le prononce totalement à la française, puis (Lui fit-on une remarque?) il le prononce totalement à l'anglophone, ce qui ne m'a pas plu. Il est vrai qu'il n'est pas facile de décider comment prononcer ce prénom en français... Certains prennent le parti de dire Greïce sans faire le «r» anglophone. Cela me va, mais on pourrait dire que ça fait bancal, que c'est un étrange entre-deux. À tout prendre, je préfère ça ou la prononciation totalement à la française.

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