Meurtre dans un jardin indien

L'ouvrage:
Inde.
Vicky Rai, producteur, et fils du ministre de l'intérieur a été assassiné d'une balle en plein coeur, lors d'une soirée qu'il donnait pour fêter son acquittement pour meurtre. On a arrêté six invités en possession d'une arme à feu. Le rapport balistique dira bientôt qui a tiré le coup mortel.

Vicky Rai était un être détestable. On n'a aucune peine à imaginer que des gens puissent lui en vouloir au point de le tuer. Mais qu'est-ce qui aurait motivé nos six suspects? C'est ce que nous découvrons tout au long du roman.

Critique:
L'auteur réussit un tour de force, en prenant une trame absolument insipide (Quoi de plus éculé qu'un meurtre, six suspects, et la recherche du coupable?), et arrive à passionner le lecteur. Il ne faut pas lire ce roman pour un suspense haletant, ce n'est pas son but. La trame policière est secondaire, même si elle a son importance, et même si, elle est là, en filigrane, et que le lecteur ne la perd jamais de vue.
Il n'y a pas vraiment de temps morts. Le livre dure quatorze heures, et je l'ai dévoré. On se sent très vite entraîné dans les histoires de ces personnages, tous différents les uns des autres. J'avoue que je me suis juste un peu ennuyée pendant les chapitres sur Jagannath Rai, car la corruption dans toute son horreur m'inspire surtout de la répulsion... La facilité avec laquelle cet homme élimine les problèmes est répugnante, et finit par être lassante. Malheureusement, c'est assez réaliste. Pas forcément en Inde, ce genre de choses existe partout... Bien sûr, là, c'est à très grande échelle.

Certaines choses sont un peu grosses. Par exemple, l'envoûtement de Mohan Kumar. Le lecteur sait comment il a eu lieu, et il finit par savoir pourquoi. Cela rend la chose un peu plus crédible, mais c'est un peu gros. J'ai fait passer cela en en riant, en le prenant avec humour.

Autre chose d'énorme: Larry Page, l'un des suspects! C'est la bêtise faite homme! Quel trésor de stupidité! C'est tellement gros que le lecteur est partagé entre agacement et rire. C'est pire que la caricature du texan abruti. Je me refuse à croire qu'un auteur aussi fin que Vikas Swarup ait décidé de créer un personnage qui serait représentatif des Américains à ses yeux. Je ne pense pas que ce soit une critique au vitriol des États-Unis, je pense juste que l'auteur a voulu créer un personnage qui serait une farce à lui tout seul, afin d'amuser franchement son lecteur.
Ce personnage est si bête!!! On lui démontre qu'il a été possédé par une femme, et il trouve une autre raison à ce «concours de circonstances». Ensuite, quand le détective privé le promène à sa guise, il ne marche pas, il court! La défection dudit détective ne lui met même pas la puce à l'oreille! En plus, il a la chance des idiots!
S'il est amusant, il est beaucoup moins digne d'intérêt que d'autres comme Munna ou Eketi, ou même Shabnam Saxena.

À propos de cette dernière, elle est plus complexe. Je l'ai trouvée assez crédule, un peu idiote, mais finalement, attendrissante. Elle tire le meilleur parti qu'elle peut de la vie, même si elle n'a pas encore la tête assez garnie. ;-)
Je lui préfère de très loin des personnages comme Eketi et Champi. Eux aussi pourraient être caricaturaux, car leur sagesse, leur façon d'aller à l'essentiel pourraient ne pas être crédible. Pourtant, je les ai trouvés épais, et ils ont su me toucher.
Je me suis également attachée à Munna. Il est plus vraisemblable que les autres. Lui aussi tente de tirer le meilleur parti possible de la vie tout en gardant une certaine intégrité.

Que dire de la fin? Elle va bien avec le roman: certaines choses sont crédibles, d'autres sont tirées par les cheveux.
La décision finale de Shabnam peut s'expliquer par ce qu'elle a vécu, mais ce n'est pas très vraisemblable.
La façon dont est «réglée» l'affaire Vicky Rai est en accord avec le genre de choses qui arrivent dans le roman. Finalement, il n'aurait pas pu en être autrement. pourtant, j'ai été très déçue par une chose. Ce qui m'a déçue semble montrer qu'il n'y a pas d'espoir, même si, ensuite, les choses semblent bouger. Elles bougeront pour combien de temps? Et cela sera-t-il réellement profitable à la population? Ce sera juste un coup de publicité pour le ministre, puis tout recommencera.
Quant à l'identité du coupable... c'est à la fois vraisemblable et tiré par les cheveux!

Malgré ce qui m'a déplu, j'ai passé un très bon moment avec ce roman qui suscitera plusieurs sentiments chez le lecteur.

Remarque annexe:
J'ai apprécié le clin d'oeil de l'auteur à son précédent roman. D'autant qu'il est fait par une phrase humoristique.

Je tiens à remercier Mélo qui m'a donné l'orthographe des noms propres du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 16 juin.

Emmanuel Dekoninck a déjà enregistré la trilogie «Millénium». Ayant arrêté ma lecture de ce roman assez rapidement, «Meurtre dans un jardin indien» est le premier roman lu par lui que j'entends. J'ai beaucoup aimé sa prestation. Non seulement il met le ton approprié sans surjouer, mais il reste tout à fait naturel lorsqu'il s'agit de prendre une voix légèrement différente pour les femmes. Cela n'est pas facile, et en général, je préfère que les lecteurs ne s'y essaient pas. Mais là, c'est fait tout en finesse, tout en nuances, il n'y a rien à redire!
Il va de soi que le lecteur a été également performant lorsqu'il a légèrement changé sa voix pour d'autres personnages. J'ai souligné les rôles féminins, car il est assez difficile pour un lecteur, qui tient à modifier sa voix, de les interpréter naturellement.

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