Lecteur : Zurlinden Jacques

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi, 27 mai 2015

Un truc sauvage, de Julien Decoin.

Un truc sauvage

L'ouvrage:
Le narrateur fait partie d'une bande de six adolescents. Ils passent beaucoup de temps à boire, faire la fête, être désagréable au lycée... Un jour, ils décident de créer un groupe de rock.

Critique:
Au départ, j'ai apprécié les aventures de cette bande de garçons qui se cherchent, et n'imaginent pas qu'ils auront, un jour, des responsabilités. Je pensais que c'était facile de jouer les incompris en se rebellant, et de tenter de se donner un genre. Le narrateur ne m'était pas sympathique, mais je comprenais qu'il soit à la recherche d'autre chose.

Ensuite, Julien Decoin développe une idée intéressante car le narrateur tombe sur une agence qui a pour vocation de faire le bonheur de ses clients. Étant assez entier, le narrateur a la prétention de croire que cette agence réglera tous ses problèmes. Pourtant, elle est tenue par des humains, et non des êtres suprêmes. Ils peuvent faire certaines choses (ils les font d'ailleurs), mais ils ne peuvent contrecarrer les imprévus de la vie. Le narrateur se rend donc douloureusement compte que le bonheur ne dépend pas uniquement de ce qui est à la portée de l'homme.

Ces idées et la façon de les exploiter m'ont intéressée, mais par la suite, il m'a semblé que l'auteur s'enlisait dans son histoire, comme s'il ne parvenait pas à en sortir. Je comprends qu'il ne règle pas tout, cela ferait quelque chose de superficiel. Cependant, j'aurais aimé en savoir plus sur cette agence... Quant au narrateur, je ne sais pas s'il évolue vraiment. Il découvre certaines choses, mais il faudra encore du temps avant qu'il mûrisse.

Je ne sais pas trop quoi penser de ce roman. Il y a de bonnes idées, mais j'ai l'impression que trop de choses restent en suspens. C'est sûrement voulu, car il est vrai que le narrateur ne peut pas brusquement évoluer positivement. En outre, il est normal qu'après s'être inventé des souffrances (ses petites pleurnicheries adolescentes du début), il soit déstabilisé par le tour que lui joue la vie. J'attendais quelque chose (sans trop savoir quoi) et cette chose n'est pas venue. C'est peut-être moi qui en attendais trop.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Un truc sauvage » sur Amazon

mercredi, 8 octobre 2014

Emergency 911, de Ryan David Jahn.

Emergency 911

L'ouvrage:
À sept ans, Maggie Hunt a été kidnappée dans sa chambre. on ne l'a jamais retrouvée. Aujourd'hui, elle aurait quatorze ans. Tout le monde la croit morte, sauf son père, Ian.
Ce jour-là, Ian, qui répond aux appels passés au 911, en reçoit un de Maggie. Il la reconnaît tout de suite. Elle n'a que le temps de lui dire que celui qui l'a enlevée est à ses trousses. Elle le décrit, puis Ian entend des bruits de lutte. S'engage alors une course-poursuite effrénée.

Critique:
Si vous vous attendez à un thriller psychologique, ne lisez pas ce roman. En revanche, si vous aimez les longues traques parsemées de cadavres et menées par des personnes instables et prêtes à péter un câble à tout moment, ce livre est pour vous! Malheureusement pour moi, je m'attendais à un thriller psychologique. L'idée de départ me rappelait «Fleur de cimetière» et «Twist». Je m'attendais donc à tout autre chose. Ryan-David Jahn n'hésite pas à accumuler les clichés et les invraisemblances pour servir au mieux sa traque.

Il est par exemple gros que Ian ait reconnu la voix de sa fille sans hésiter. Mais cela n'est pas trop grave. Après tout, pourquoi pas? En revanche, il est invraisemblable que la fillette prenne le temps de décrire ses vêtements, de décrire son kidnappeur, et ne se concentre pas plutôt sur le fait de donner l'identité du fou à son père. Bien sûr, elle est affolée, et répond aux questions d'Ian. Il est donc encore plus gros que celui-ci ne commence pas par demander le nom du ravisseur.
Ensuite, il n'est pas très crédible que Ian parvienne à se lancer à la poursuite d'Henry avec sa blessure à peine soignée...
Le roman fourmille de choses de ce genre.

Si la psychologie d'Henry et Béatrice est quelque peu développée, si les choses s'expliquent les concernant, ce n'est pas la même chose concernant Maggie. Il n'est pas très logique qu'elle ait tenu sept ans sans devenir folle, surtout qu'elle a été enlevée très jeune. Bien sûr, l'auteur explique comment elle parvient à ne pas sombrer, mais ce n'est pas très convaincant. Cela aurait été crédible si elle avait été enlevée alors qu'elle était un peu plus âgée et si sa séquestration avait duré moins longtemps.
Ensuite, le lecteur ne peut que louer et admirer Maggie pour son courage. Certes, mais si elle avait été un peu plus futée, elle aurait agi différemment.

Au départ, la structure du livre ne m'a pas plu, car c'est artificiel. Le premier chapitre montre la scène du coup de téléphone, puis les quelques chapitres suivants sont des retours en arrière ou le récit de la manière dont Maggie s'échappe et Henry la récupère. Tout cela est très lent. L'effet de lenteur est surtout produit parce que le lecteur sait ce qui arrive avant que les détails ne soient racontés.
D'ailleurs, tout au long du roman, Maggie fera des tentatives d'évasion, et à chaque fois, Henry la rattrapera. Ces tentatives sont supposées faire monter angoisse et tension... cette répétition m'a plutôt ennuyée.
Par la suite, la structure est un peu moins brouillonne qu'au début, mais l'auteur traîne beaucoup, d'une manière générale.

Remarque annexe:
Je trouve dommage que le titre français soit en anglais. Soit il fallait garder le titre VO («The dispatcher»), soit donner un titre en français. Je trouve incroyablement snob (et même un peu ridicule) de remplacer un titre VO par un autre titre dans la même langue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie ce lecteur à la voix agréable, sympathique, apaisante. Ici, je trouve dommage qu'il ait prononcé certains noms anglophones (comme Henry) avec un semi-accent.

Acheter « Emergency 911 » sur Amazon

mercredi, 5 mars 2014

Le coeur par effraction, de James Meek.

Le coeur par effraction

L'ouvrage:
Ritchie a trompé sa femme, Karine, avec une mineure.
Bec, la soeur de Ritchie, a refusé la demande en mariage de Val, un rédacteur en chef. Celui-ci imagine une vengeance raffinée.

Critique:
Le livre m'a plu, parce que l'auteur a su créer une espèce de «comédie humaine». J'ai regardé vivre ces personnages en me réjouissant qu'ils ne fassent pas partie de mon entourage. En effet, il n'y en a pas un pour racheter l'autre. La palme revient sûrement à Ritchie qui se persuade qu'il est un homme bien, alors qu'il ne cesse de mal agir. Il en devient ridicule.
Alex n'est pas mal non plus: confit dans son égoïsme, n'hésitant pas à quitter une femme (sans se demander s'il l'aime ou pas), parce qu'il ne peut pas avoir d'enfants avec elle. En outre, si Alex désire des enfants, ce n'est pas pour le bonheur d'en avoir, c'est pour s'intégrer à l'idée qu'il se fait de ce qu'est la vie.
Bec m'a été sympathique, même si elle n'agit pas toujours comme il le faudrait. Il faut dire qu'elle semble presque angélique à côté des deux autres. Et puis, j'ai été fascinée par son histoire de chercheuse.
Quant à Val, il m'a plutôt fait rire. Son idée machiavélique force nos héros à montrer le pire d'eux-mêmes.
Il y a d'autres personnages sur lesquels il y aurait des choses à dire, mais je ne veux pas trop en dévoiler. Ils sont tous plus ou moins détestables, mais ils reflètent une certaine société. Malheureusement, de plus en plus d'humains leur ressemblent. C'est ce qui fait que le roman m'a plu: l'auteur montre des personnages détestables, et nous renvoie leur humanité à la figure, nous force à admettre que nos contemporains sont ainsi. Bien sûr, j'attendais que toutes ces personnes soient châtiées. L'auteur ne leur envoie pas un énorme cataclysme sur la tête, mais il fait certaines choses. Tout arrive à point nommé et tout est vraisemblable.

L'intrigue est un peu lente, mais James Meek prend le temps de présenter personnages et décor. Dans un livre où il y a beaucoup de protagonistes, je préfère un début de ce genre. En effet, si je rencontre trop de personnages en peu de temps, je trouve le tout brouillon, et n'ai pas le temps de m'attacher à eux.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été heureuse de retrouver Jacques Zurlinden dont j'apprécie la voix et la façon de lire. J'ai cependant été gênée qu'il prononce les noms à l'anglophone. Par exemple, Ritchie en faisant un «r» anglais, ou Harry en marquant le «h» et en faisant le «r» anglais. Dans un texte en français, je trouve que ce n'est pas du tout naturel. Il me semble qu'avant, Jacques Zurlinden prononçait de manière plus naturelle. Il me semble que ce n'est que le deuxième livre que je lis où il s'attache à mettre des accents aux noms propres.

Acheter « Le coeur par effraction » sur Amazon

mercredi, 4 septembre 2013

6H41, de Jean-Philippe Blondel.

6H41

L'ouvrage:
Ce matin-là, Cécile prend le train de 6h41. La place près d'elle reste libre, puis quelqu'un vient s'y asseoir. Quelqu'un qu'elle connaît: Philippe Leduc, qu'elle n'a pas vu depuis vingt-sept ans.

Critique:
J'aime les romans qui racontent des événements de plusieurs points de vue. Ici, j'ai apprécié de découvrir, au fil des chapitres, la vie des deux protagonistes, la raison pour laquelle ils se connaissent, leur cheminement intérieur.

J'ai apprécié que l'auteur montrent des situations qui semblaient tracées d'avance et se sont révélées autres. Étudiante, Cécile était quelconque, alors que Philippe était beau et semblait avoir un avenir prometteur. Les choses ont bifurqué, non par extraordinaire, mais à cause de l'attitude des personnages. J'ai aimé que l'auteur montre par là qu'on est responsable de ses actes, qu'il ne tient qu'à nous de faire évoluer les choses en bien ou en mal.

J'ai été quelque peu dépitée que Jean-Philippe Blondel, à l'instar de beaucoup de ses congénères, montre des couples qui n'ont pas tenu très longtemps. Soit ils sont divorcés, soit leur mariage ne semble plus vouloir dire grand-chose. On lit cela un peu partout, c'est un peu déprimant. Il existe aussi des couples qui s'aiment sincèrement pendant plusieurs décennies. Et même s'il en existe peu, pourquoi les auteurs ne nous en montrent-ils pas davantage? Bien sûr, ici, il renforce l'idée que si le couple ne tient pas, c'est parce qu'au départ, les personnages ont fait des choix qu'ils savaient être mauvais. Si cela peut être le cas du côté de Philippe, j'en suis moins sûre quant à Cécile.

Par petites touches, le lecteur apprend ce qui arriva vingt-sept ans plus tôt, et surtout comment cela arriva. J'ai aimé la manière dont l'histoire est distillée, entre deux tranches de vie des personnages.
Avec un tel scénario, il était difficile de trouver une fin acceptable. J'ai apprécié celle de l'auteur. D'abord parce qu'elle est ouverte. Dans ce genre d'histoire, il ne peut pas vraiment y avoir une fin fermée. Ensuite, parce qu'elle est préparée au long du roman. Enfin parce que je ne sais pas comment le roman aurait pu avoir une autre fin.

Remarque annexe:
Il y a une petite incohérence: comment Cécile a-t-elle pu reconnaître Philippe puisque, dit-elle, il a énormément changé. L'auteur tente de l'expliquer lorsque Cécile se dit qu'il n'a pas dû tellement changer puisqu'elle l'a reconnu.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il existe également une version audio chez CdL éditions.

Acheter « 6H41 » sur Amazon

Acheter « 6H41 » en audio sur Amazon

vendredi, 3 mai 2013

Persécution, le feu ami des souvenirs, d'Alessandro Piperno.

Persécution

L'ouvrage:
1986.
Leo Pontecorvo est accusé de tentative de viol sur Camilla, la petite amie de son fils, Samuel. Camilla est âgée de douze ans.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman. Certes, il y a de bonnes choses, mais pour moi, elles sont trop diluées. Par exemple, l'auteur explique comment les faits et certaines photos sont surinterprétés par le magistrat chargé de l'affaire. Par ailleurs, l'avocat de Leo est grotesque, lorsque son client est confronté au magistrat pour la première fois. On se demande s'il veut la perte de Leo (ce qui ne serait pas impossible), ou s'il a eu son diplôme sur un coup de chance.
Enfin, la réaction de l'opinion publique est bien expliquée.

Tout cela est bien exploité, mais c'est noyé dans la masse des retours en arrière. En effet, le livre en foisonne. Ne serait-ce que pour raconter ce qui s'est réellement passé lorsque Camilla a fait un séjour avec la famille Pontecorvo. Ce retour en arrière est d'ailleurs le seul qui soit réellement à propos. Alessandro Piperno commence par dire que Leo est accusé, qu'il a écrit des lettres à l'enfant... Le lecteur s'interroge quant à ces missives. C'est alors que l'écrivain fait le récit de comment Leo en est venu à écrire à Camilla. Si les choses prennent sens, j'ai quand même trouvé que le personnage principal s'était conduit en parfait crétin dans l'histoire. Son attitude n'est absolument pas adulte et encore moins responsable. D'ailleurs il ne l'est pas vraiment tout au long du roman. Il s'en remet à Rachel pour tout ce qui est comptabilité, et ne veut surtout pas en entendre parler. En outre, il agit souvent de manière irréfléchie. Il n'y a que dans son travail qu'il semble être à sa place.

Les autres retours en arrière peuvent être intéressants, car ils le montrent au quotidien avec ses fils, ses parents, ses amis, etc. Cependant, ils m'ont agacées, car ils étaient de trop longues pauses dans le récit. Et puis, le romancier prend beaucoup de temps pour dire certaines choses. Tout cela donne une impression de lent fouillis.
Autre chose m'a gênée: par deux fois (dont une au début du roman), le lecteur dévoile quelque chose d'assez important concernant l'intrigue. C'est dommage. Le lecteur ne sait pas comment cette chose arrive, mais il sait qu'elle va se produire. D'ailleurs, elle est expliquée de manière très sommaire, à la fin. Il ne faut pas s'attendre à quelque chose de très recherché.

D'autre part, je ne me suis attachée qu'aux enfants de Leo et Rachel. Le couple, quant à lui, a commencé par m'amuser un peu pour lentement finir par m'exaspérer. On se demande ce qu'ils font ensemble, ne paraissant être d'accord sur rien, être très différents... Leo n'est pas vraiment fini, il est égoïste, méprisant envers ce qui n'est pas lui... Plus tard, lorsqu'il est en prison, il croit que le pire lui arrive lorsque ses codétenus le bousculent. J'avais envie de lui dire que ce n'est rien comparé à ce qui serait arrivé si on n'avait pas fini par le mettre à l'isolement.
Rachel est pleine de principes dont certains sont un peu lourds. Elle brandit sa prétendue générosité envers les autres, mais agit de manière totalement disproportionnée lorsqu'il s'agit de son mari, à la fin. Outre les retombées que pourraient avoir l'affaire, elle voit là une bonne occasion d'accomplir quelque chose qu'elle souhaitait faire depuis longtemps.

La fin traîne beaucoup L'écrivain y colle un parfum de fantastique qui n'est pas approprié, à mon avis. Par contre, j'ai apprécié le parallèle fait avec «La métamorphose», de Kafka.

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Persécution » sur Amazon

- page 1 de 4