Lecteur : Zeisler Mark

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mercredi, 6 août 2014

A tap on the window, de Linwood Barclay.

A tap on the window

À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ce soir-là, malgré la pluie, Cal Weaver (détective privé) est bien décidé à ne pas s'arrêter pour prendre la jeune fille qui fait du stop. Mais elle frappe à sa fenêtre, et lui dit qu'elle le reconnaît: c'est le père de Scott. Touché par le fait qu'elle connaissait son fils, il la laisse monter. L'adolescente (Claire) lui demande de s'arrêter dans un restaurant: elle doit aller vomir aux toilettes. Lorsqu'elle remonte en voiture, Cal comprend vite que quelque chose ne va pas.

Critique:
Après avoir tant aimé «Mauvais pas» (le premier roman de Linwood Barclay), il m'a été difficile de revenir à ses policiers plus classiques. Bien sûr, l'idée avec laquelle il accroche le lecteur est bonne. D'abord, j'ai trouvé l'ambiance très bien rendue dans les premiers chapitres: il fait nuit, il pleut, l'atmosphère est à la fois inquiétante et feutrée. De plus, l'auteur pose très vite les choses. Entre ce père dévasté et cette histoire d'autostop qui tourne bizarrement, le lecteur a envie d'en savoir plus. N'oublions pas les chapitres où Cal n'est pas le narrateur, et que pendant longtemps, j'ai eu du mal à raccrocher à l'histoire principale. Tous les ingrédients sont réunis pour faire un bon thriller.

Cependant, comme dans plusieurs de ses romans, Linwood Barclay traîne. C'est dommage, car l'histoire est intéressante et ses personnages profondément humains (que ce soit dans le bon ou le mauvais sens). De plus, il a toujours l'art de créer de bons rebondissements. Ils viennent un peu tard, mais ils sont bons. Ici, l'un d'eux m'a tout de même paru un peu gros. Je parle de ce qui fait que Cal peut, finalement, retrouver Claire.

Cal et Donna sont en deuil de leur fils, et chacun le gère comme il le peut. Souvent, dans les romans, le couple en deuil ne parvient pas à se comprendre, à accepter les réactions de l'autre. Ici, s'il y a parfois des reproches, ce n'est jamais acrimonieux ou égoïstes. Cal et Donna ne tentent pas de s'accuser l'un l'autre de tous les maux, ils ne sont pas mesquins l'un envers l'autre. L'auteur brosse un beau portrait de ce couple pour lequel le lecteur éprouvera de la compassion.

Les adolescents du roman échappent aux clichés rencontrés dans trop d'ouvrages. Ils ont leurs failles, mais ne sont pas centrés sur eux-mêmes. Peut-être auraient-ils dû...

Au début, le romancier laisse trop d'indices quant à Scott. J'ai tout de suite su que sa mort n'était pas due à l'extasy. L'auteur a quand même su me surprendre. Je pense qu'il a balisé une piste à dessein. Mais cela fait que j'ai du mal à raccrocher le tout début (ce qu'il y a avant le chapitre 1) au reste.

De bonnes idées, des personnages attachants, mais certaines ficelles un peu grosses et du remplissage.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mark Zeisler pour les éditions Recorded Books.
Dans ce roman, le comédien a pu donner un plus grand aperçu de son talent que dans «Lone wolf», où il ne lisait qu'une partie. Il fait partie de ceux qui parviennent à modifier leur voix pour certains personnages sans trop en faire. En outre, il met toujours le ton approprié.

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lundi, 14 mai 2012

Lone wolf, de Jodi Picoult.

Lone wolf

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Cara Warren, dix-sept ans, vit avec son père, Luke, un biologiste scientifique. Georgie, la mère de Cara, est remariée à Joe Ing, un avocat.

Ce soir-là, Luke va chercher Cara à une fête. En rentrant à la maison, ils ont un accident. Luke doit être opéré. Plus tard, il s'avère qu'il est dans un état végétatif, avec très peu de chances de se réveiller. C'est alors qu'Edward, le frère de Cara, vingt-quatre ans, parti six ans plus tôt après une dispute avec Luke, revient. Il souhaite débrancher les machines qui font encore respirer Luke. Cara s'y oppose.

Critique:
Encore une fois, Jodi Picoult s'attaque avec brio à un sujet délicat, et explore pertinemment émotions, sentiments, et motivations. Outre la question délicate de débrancher ou non les machines, elle crée des personnages épais, une histoire de famille complexe, ce qui fait que rien ne peut se résumer à cette question, même si elle est le noeud du problème.

Ce qui m'intrigue et me fascine, c'est que sous une autre plume, cette histoire de famille aurait été mièvre, voire risible. Mais Jodi Picoult, à l'instar de Douglas Kennedy, sait faire en sorte que tout soit crédible, que chaque point de vue soit recevable.
À un moment, un malentendu s'installe entre Edward et Cara. C'est surtout ici qu'il aurait été facile de faire n'importe quoi, d'en rajouter, etc. L'auteur ne l'a pas fait. Elle a exposé les raisons pour lesquelles Edward avait compris que sa soeur donnait son assentiment. Même si le lecteur connaît assez l'adolescente pour savoir que son frère surinterprète, il comprendra pourquoi le jeune homme s'est fourvoyé. Et bien sûr, ce que pense Cara de son frère est compréhensible. Chacun voit les actes de l'autre et les interprète de manière crédible. Je suis toujours fascinée lorsqu'un auteur fait cela. Ici, c'est très bien fait. Extérieurement, Edward passe pour un sans coeur avide de vengeance, alors qu'il tente de se conformer à ce que voudrait son père, selon les données qu'il a.

Quelque chose m'a un peu gênée: la récurrence de certaines ficelles. On sait très vite que le frère et la soeur ont chacun un secret, et on se doute qu'on ne les découvrira qu'à la fin. La romancière utilise ce genre de ficelles dans beaucoup de ses romans. Ça devient lassant. J'ai un peu eu l'impression d'être prise pour une idiote, car je n'aime pas qu'on me serve trop fréquemment les mêmes ficelles. En outre, même s'il n'y a pas de temps morts, j'ai trouvé que le fait de devoir attendre pour connaître les secrets engendrait un sentiment de lenteur, à certains moments, surtout quand lesdits secrets sont évoqués.
D'autre part, il y a, comme dans presque tous les romans de cet auteur, un procès. Les raisons de ce procès ne sont pas tirées par les cheveux, mais là encore, c'est un peu lassant... Outre qu'on a envie de dire à Edward et Cara de cesser de laver leur linge sale en public, il est fatigant de trouver obligatoirement un procès dans les romans de Jodi Picoult. À force de vouloir créer suspense et retournements de situations, elle devient prévisible.

J'ai eu du mal à cerner Luke. Je devrais l'apprécier puisqu'il tente de se mettre à la place des animaux, puisqu'il les étudie avec passion, puisqu'il les aime sincèrement. Pourtant, je n'ai pas pu. D'abord, à trop vouloir être accepté des loups, à trop vouloir les étudier et les comprendre, il passe à côté d'une partie de sa vie. Puisqu'il est si mauvais mari, pourquoi s'est-il marié? Il a l'air si pris par sa passion des loups que j'ai mal compris comment il avait pu tomber amoureux de Georgie. Connaissant Luke, il est logique que le mariage ait échoué, et que ce soit majoritairement à cause de lui, mais j'ai trouvé incongru qu'au départ, il y ait eu mariage. Luke préfère la compagnie des loups à celle des humains. Il accepte Cara parce qu'elle partage sa passion. Edward était très différent de lui, il n'a jamais pu l'accepter. Je n'arrive pas trop à dire si l'amour de Luke pour ses enfants était réellement paternel. Bien sûr, on se rapprochera plus volontiers de celui avec lequel on a le plus d'affinités, mais un parent aimera ses enfants, qu'importe qu'il soit différent. Pour moi, Luke n'aimait que ce qui se conformait à ce qu'il était. Il savait se mettre à la place des loups, mais pas à celle des humains. C'est pour cela qu'il me semble que son amour des loups était, quelque part, frelaté. S'il arrivait réellement à être empathique, il pourrait comprendre les sentiments d'Edward et de Georgie. Or, il préfère les loups parce qu'en se conformant à leur mode de vie, en jouant son rôle comme une leçon bien apprise, il sera accepté de la meute. Le mode de vi des loups étant plus «simple» à assimiler que celui des humains, Luke a pu apprendre la ligne de conduite à adopter. Je pense qu'Edward a vu cela, mais pas Cara. Elle pensait que son père l'aimait comme un père aime sa fille.
L'adolescente a sa part d'égoïsme, préférant croire qu'elle n'avait pas sa place chez sa mère, et s'insérant dans la vie de son père en prenant toute la place possible.
L'ambiguïté de Luke est cristallisée et mise en avant dans le rapport que fait Hellen puis dans la décision du juge.

Georgie est quelque peu en retrait, ses enfants et son ex-mari prenant beaucoup de place. Cependant, c'est un personnage sympathique. On retrouve en elle cet amour inconditionnel qu'ont beaucoup de mères créées par Jodi Picoult. Elle est forte, courageuse, et lorsque ses enfants s'affrontent, tente d'agir au mieux pour «aider» les deux. Cela donne lieu à des accrochages avec l'entière et fougueuse Cara, qui, au départ, ne comprend pas que tout n'est pas blanc ou noir. Cela donne lieu à des situations délicates, puisque Joe finit par être pris entre Edward et Cara, et est obligé de «poignarder» l'un d'eux en plein tribunal.
À ce sujet, je pensais qu'il y aurait eu des objections à ce qu'un avocat représente le fils de sa femme contre sa belle-fille.

J'aime beaucoup Joe. Personnage solaire, fragile, attendrissant, il incarne quelque peu le rêve américain. J'ai aimé ce qu'il a fait afin de tisser des liens avec Cara. J'ai apprécié l'amour simple et indéfectible qu'il voue à sa femme. C'est un personnage apaisant.

J'ai également apprécié Helen. J'aurais aimé qu'elle soit davantage développée, même si l'histoire ne la concerne pas vraiment. En peu de pages, l'auteur nous montre une femme soucieuse de bien faire son travail, qui se sert d'une enfance pas toujours rose pour évoluer, et non pour se plaindre et se victimiser.

Tout au long du roman, Luke nous apprend le mode de vie des loups. J'ai trouvé cela très intéressant, mais également un peu ennuyeux. En effet, j'aurais préféré que ces informations soient davantage dans le corps du roman. On ne les trouve presque que lorsque Luke s'exprime, et c'est en dehors de l'action. Bien sûr, certains personnages (surtout Cara) parlent des loups et de leur mode de vie, et là, j'ai trouvé que cela passait mieux, car c'était davantage imbriqué dans le roman. Lorsque Luke raconte, j'ai eu l'impression de lire un documentaire, et cela m'a semblé un peu indigeste. Peut-être que ce sentiment a été renforcé par le fait que je n'aime pas Luke, et que donc, je n'étais pas vraiment heureuse de le retrouver.

Autre chose m'a dérangée. Luke explique que les loups n'ont aucune émotion, qu'ils agissent toujours de manière pragmatique pour le bien de la meute, qu'ils ne s'attachent pas. Je connais cette théorie qui interdit aux humains de faire de l'anthropomorphisme. Je la partage, mais jusqu'à un certain point. Je pense que les animaux ont des émotions. Elles ne s'expriment pas comme les nôtres, ne sont pas forcément de la même sorte, mais pour moi, un animal peut s'attacher, éprouver de la «tristesse», de la «joie», etc. Un animal sera empathique, contrairement à la plupart des humains. En lisant «Quand les éléphants pleurent» et «Ces animaux intelligents», j'ai été renforcée dans cette opinion.
Les animaux sont considérés comme sans émotions parce qu'ils ne tentent pas de changer un mode de vie qu'ils savent bon d'instinct. Ils n'essaient pas différents types de façons de faire. Ils sont, en cela, supérieurs à l'homme qui ne parvient pas à vivre en harmonie avec ses semblables. Le paramètre émotif agit différemment sur eux, mais je suis convaincue qu'il est bien là! Ils sont plus «pragmatiques» que les hommes, ce qui fait dire aux scientifiques qu'ils n'éprouvent pas d'émotions.
L'auteur évoque l'extraordinaire abilité à s'adapter des espèces. Les loups finissent par accepter un humain qui se conforme à leur mode de vie. Quant à Luke, sa vie parmi les loups aiguise ses sens, entre autres. La romancière s'est documentée, je sais donc qu'elle n'exagère pas.

L'avocate de Cara est assez loufoque. On se la représente cocasse, sympathique... Elle aussi est une passerelle, un moyen de communication entre l'homme et l'animal. Cependant, je n'ai pas réussi à la prendre au sérieux.

Je suis perplexe quant à l'épilogue. Je connais la théorie qu'il met en avant, et je ne sais toujours pas si je la partage. Je la trouve intéressante, voire romantique, mais elle me laisse dubitative...

Sur le site de l'auteur, j'ai trouvé un lien vers le forum qui lui est consacré. J'ai pu y lire des messages négatifs au sujet de «Lone wolf» et «Sing you home» (et qui en écorchaient le titre, en plus). Les personnes reprochaient à Picoult ce que je reproche à certains auteurs: d'écrire au kilomètre, sans se soucier de faire un roman réussi. J'ai été surprise de trouver cette critique à propos de ses derniers romans, car pour moi, ce sont les meilleurs. Si certains s'essoufflent avec le temps, je trouve que ce n'est pas le cas de Picoult. Je n'ai pas encore lu tous ses romans, mais ceux que j'aime le moins sont parmi ses premiers. J'ai également été frustrée par la critique, car elle n'était pas argumentée.

Remarques annexes:
Il est amusant (si j'ose dire) que le titre du roman, qui est aussi celui de la biographie de Luke soit composé de deux mots dont les initiales sont celles de Luke.
La scène où Edward fait passer le loup pour un chien d'aveugle à l'hôpital m'a fait rire. Elle émeut également, car Edward n'est pas vraiment enclin à faire cela, n'y croyant pas, mais il le fait, essayant par là de comprendre son père et sa soeur.
Il y a une allusion (consciente ou non) à «Keeping Faith». Au moment où Cara appelle son amie, Mariah, pour que celle-ci vienne la chercher, Mariah est en cours de français. Or, dans «Keeping Faith», Mariah fait réviser des leçons de français à Colin au moment où il commence à flirter avec elle.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. La distribution est:
Mark Zeisler: Luke Warren
Angela Goethals: Cara Warren
Celeste Ciulla: Georgie Ing
Nick Cordero: Edward Warren
Louis Changchien: Joe Ing
Natalia Payne: Helen Bedd
Andy Paris: Barney

La plupart des comédiens ont, comme d'habitude, fait un excellent travail. En outre, j'ai apprécié que l'éditeur choisisse des voix très différentes qu'il est impossible de confondre.

Au départ, j'ai été ravie de retrouver Celeste Ciulla que j'avais beaucoup aimée dans le rôle de Charlotte O'Keefe. Cependant, j'ai été déçue par son jeu. Elle prend une voix forte, dure, un peu snobe. Elle nous fait une Georgie coincée... Ce n'est pas du tout comme ça que j'imagine Georgie. Je ne comprends pas pourquoi la comédienne a ainsi modifié sa voix... Elle qui avait interprété Charlotte avec tant de sensibilité, elle dont le jeu était si juste...!

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