La femme du pasteur

L'ouvrage:
Peter est pasteur dans un petit village anglais. Alors qu'il pense obtenir une promotion, il se la voit refuser. D'un autre côté, Anna (sa femme) souhaite que leur fille (Flora) puisse aller à l'école privée Saint Sauveur, car elle est brutalisée à l'école du village, et n'est pas assez forte moralement pour le supporter. Les finances de la famille ne le permettant pas, Anna décide de travailler dans le supermarché voisin.

Critique:
Avec subtilité, Joanna Trollope décrit le comportement d'une société. Anna est la femme du pasteur. Elle a une place, un rôle, des obligations. Les paroissiens n'acceptent pas qu'elle fasse autre chose en plus. Peter non plus, car il le prend pour un affront, une dénonciation de son incapacité à faire vivre sa famille. Le couple, déjà éprouvé, s'éloigne de plus en plus.

Anna est complexe. Elle a besoin de sortir du carcan que lui assigne son mariage. Elle tente de se conformer à ce qu'on attend d'elle, mais finit par avoir le courage de demander un peu d'indépendance. Elle s'en explique à plusieurs reprises. Étant donné que les choses sont plus complexes, si ses motifs sont compréhensibles, entre tout de même une part de défi, ce qui peut paraître moins sympathique. C'est pourtant terriblement humain. Il est logique de vouloir défier ceux qui, de manière injuste et arbitraire, veulent vous enfermer dans des conventions qui n'ont pas vraiment de raisons d'être. D'autant que ce que fait notre héroïne ne nuit à personne. La réaction de Luc, le fils d'Anna et Peter, est assez surprenante. L'adolescent se débat dans ses contradictions. Sa mère se permet de lui en faire remarquer certaines...
J'ai apprécié que l'auteur explore méthodiquement les réactions et les motifs de chacun. En même temps, il est assez amusant qu'une chose si minime fasse tant de bruit!

De ce changement découlent certaines choses qu'Anna n'avait pas prévues. L'une d'elles est l'aide que veulent lui apporter certaines femmes de la paroisse. Là encore, il est intéressant de voir les réactions de chacun. Faut-il voir en cette proposition une main tendue de manière désintéressée, ou bien une manière de dire à Anna que ses obligations pâtissent de son indépendance?

Flora est assez déroutante. Elle a des réactions d'enfant gâtée, capricieuse, précieuse, fragile psychologiquement... Elle m'a à la fois amusée et agacée. En effet, comment ne pas être effrayé par la dévotion dont elle fait preuve parce qu'elle est heureuse d'aller à Saint Sauveur? Et comment ne pas rire lors des manifestations de cette ferveur? Flora est jeune, elle a le temps d'apprendre de la vie, mais je ne suis pas parvenue à la trouver sympathique. Chez moi, l'agacement l'a emporté. Elle est égoïste, tyrannique, et ce qui fait rire chez elle la montre plutôt comme quelqu'un de qui on rit et non avec qui on rit.

J'ai bien aimé Laura et Kitty, les mères d'Anna et Peter. Elles sont très différentes, mais chacune se démarque par du bon sens, un peu d'excentricité...

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Wust pour la Bibliothèque Braille Romande.

Acheter « La femme du pasteur » sur Amazon