Mon vieux

L'ouvrage:
Eté 2003.

Il y a trois ans, Cécile Colmont a eu un accident de scooter. Elle s'en est sortie, mais garde des séquelles: elle a été défigurée, et a perdu le goût et l'odorat. Son père, Alain Colmont, se culpabilise. Il se reproche également la mort de sa femme, Myriam. Pourtant, rien n'est de sa faute. Il fait soigner sa fille dans une clinique de luxe, dont il arrive à payer les frais grâce aux scénarios qu'il écrit pour la télé.
Les choses semblent s'arranger, lorsque Cécile lui annonce que le goût et l'odorat lui sont revenus.
Mais Alain n'est pas au bout de ses surprises.

Daniel Tessandier n'a pas de travail. Grâce au RMI, il loue une petite chambre à une vieille dame. Mais un jour, celle-ci lui annonce que sa petite-fille va venir s'installer chez elle pour ses études. La chambre de Daniel lui servira de bureau. Daniel doit donc s'en aller. Il ne retrouvera jamais une location si peu chère.
Il répugne à aller dans un foyer pour SDF, ou rejoindre la bande à Nanard, une bande de clochards. Pourtant, il devra bien s'y résoudre.

Voilà trois ans que l'on a recueilli un vieil homme, qui avait été victime d'une agression. Ce vieil homme est atteint de la maladie d'Alzheimer, il ne peut donc pas dire qui il est. L'hôpital qui le soigne recherche activement quelqu'un qui pourrait être de sa famille. Grâce à quelques indices extorqués au patient, on retrouve enfin l'un de ses parents.

Critique:
Voilà un livre comme je les aime. Certains passages sont un peu écoeurants, mais cela montre une réalité que nous ne devons pas ignorer. Je parle du monde de la rue. J'ai déjà lu des livres où il est évoqué, mais ici, il l'est de manière plus crue, plus impitoyable, et donc, plus réaliste. Les règles de la bande à Nanard, les trahisons ou les meurtres qui peuvent avoir lieu pour quelques billets; les scènes de beuverie, ou celles où tous les hommes de la bande couchent un par un avec la femme de la bande; la saleté omniprésente... Toutes ces scènes m'ont impressionnée, mais elles ont l'air si vrai. On sent que l'auteur sait de quoi il parle, qu'il évoque le quartier de Belleville dans toute sa nudité, franchement, sans complaisance.

Le personnage de Daniel est assez détestable. Il est raciste, car c'est tellement plus facile d'accuser les étrangers de sa propre misère. Il ne se demande pas si par hasard, il n'y serait pas un peu pour quelque chose. Il n'a pas d'argent, donc, il fait ce qu'il faut pour en gagner... sauf chercher du travail. Il ne peut pas travailler. Il ne supporte pas d'obéir aux ordres de qui que ce soit. Il préfère frapper celui qui l'empêche d'agir à sa guise. On comprend donc qu'il soit marginal. Sa mentalité, son refus des règles, lui interdisent de s'insérer dans la société. Il transgressera aussi les règles de la bande à Nanard, à laquelle il aura été obligé de se greffer.

Le personnage d'Alain est celui pour qui le lecteur compatit le plus volontiers. A un moment, il est confronté à un dilemme assez terrible. Qu'aurions-nous fait à sa place? Il est entre le marteau et l'enclume. Quand il se décide à agir, le lecteur connaît un moment de panique. Sans y être préparé, il se retrouve au coeur d'une situation de roman policier. C'est très astucieux de la part de Thierry Jonquet. En effet, le lecteur n'ayant pas été préparé à cela, sa surprise est d'autant plus forte, et sa panique d'autant plus grande.

Je ne peux pas en dire plus, car j'en dévoilerais trop, mais je vous conseille ce livre. Certaines choses peuvent paraître un peu grosses, mais finalement, la vie nous réserve parfois des surprises de cet acabit.
Bonne lecture!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rémy Wibaut pour Audible.fr

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