La première chose qu'on regarde

L'ouvrage:
Arthur Dreyfuss, âgé de vingt ans, est garagiste. Un soir, on sonne à sa porte: c'est Scarlett Johansson.

Critique:
Je pense que malheureusement, Grégoire Delacourt est victime d'une demande de rentabilité. En effet, il a écrit un roman très juste («La liste de mes envies»), et ce roman a connu un vif succès, qui, pour moi, était amplement mérité. (Je ne dirai rien sur «L'écrivain de la famille», ne l'ayant pas lu.)

Avec une telle entrée en matière, vous comprendrez que j'ai été déçue par «La première chose qu'on regarde».
Et pourtant, l'auteur exprime, là aussi, toute une palette de forts sentiments, et il tourne bien les choses. Cependant, j'ai trouvé qu'il en faisait trop. J'ai senti qu'il se forçait à trouver la formule qui ferait mouche, celle qui ferait rire à tous les coups, ou qui serait si émouvante qu'elle irait droit au coeur du lecteur. Il y a bien certaines situations amusantes (Arthur sachant exactement quelles marches grincent, par exemple), mais j'ai trouvé beaucoup de choses très lourdes. La plupart du temps, je trouvais son style emprunté, quelque peu ampoulé. Si j'ai senti qu'il avait écrit «La liste de mes envies» avec son coeur, je n'ai pas ressenti cela ici.
De plus, lorsqu'il parle de Jeanine, il s'obstine à l'appeler par son prénom et son nom. Je pense que c'est pour bien la démarquer, bien montrer qu'elle a l'identité banale, d'une madame tout le monde, mais au bout d'un moment, c'est très agaçant. Le comédien a beau lire de manière fluide et naturelle, il ne parvient pas à faire oublier totalement cette lourdeur de style. L'auteur fait également cela pour Arthur Dreyfuss, mais il me semble que parfois, on échappe à quelques «Dreyfuss».

L'histoire d'amour m'a semblé mièvre. Elle commence par ce satané coup de foudre qui me déplaît toujours autant. Ensuite, les deux amoureux échangent des propos plus niais les uns que les autres. On me dira que c'est fréquent chez des amoureux. Certes, mais en général, dans les romans, il y a quelque chose de sympathique, même si on se moque un peu de la mièvrerie du tout. Ici, j'ai plutôt été exaspérée.

D'autre part, seule Jeanine est un personnage intéressant. Hypersensible, malmenée par la vie, la jeune fille veut encore croire qu'elle a une chance. Elle s'y jette à corps perdu. On pourrait voir certains de ses actes comme extrêmes, mais je l'ai comprise. À travers son histoire, l'auteur tente de montrer que s'attacher aux apparences (à ce que l'on voit, mais aussi au paraître) est souvent mauvais, mais que c'est très fréquent dans notre société.
Les autres personnages ne me semblent pas très épais. Arthur passe son temps à courir après des chimères, et par la suite, est assez benêt pour ne pas s'apercevoir qu'il commet l'irréparable. À la fin, le pauvre délire complètement! On me dira que dans sa situation, cette démesure finale peut se comprendre. Peut-être, mais il n'évolue pas positivement.

Bref, je n'y ai pas cru.

Remarque annexe:
À un moment, est évoquée la comédienne française qui double Katherine Heigl dans le rôle d'Izzie Stevens dans «Grey's anatomy». L'auteur l'appelle Charlotte Martin alors que c'est Charlotte Marin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Weiss.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Heureusement, le comédien a lu ce roman de manière sobre, sans être monotone. Sa lecture pertinente m'a aidée à supporter la niaiserie des dialogues amoureux, par exemple. Il aurait été très facile de trop en faire, de surjouer. Le comédien a eu le bon sens de ne pas tomber dans ce travers.

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