Le tribunal des âmes

L'ouvrage:
Rome.
Marcus est amnésique. Il a un don particulier: son intuition est extrêmement aiguisée lorsqu'il s'agit de débusquer le mal sous toutes ses formes. Il collabore avec la police, et inspecte les scènes de crime, faisant «parler» maisons et objets. Il aide ainsi à découvrir la personnalité des meurtriers.

Sandra travaille dans la police scientifique. Elle aussi se rend sur les scènes de crimes, mais elle collecte les indices matériels.
Son mari, David, est mort, il y a cinq mois, à la suite d'une chute d'un immeuble. Après un étrange appel téléphonique, la jeune femme, à son corps défendant, commence à envisager l'hypothèse d'un meurtre.

Critique:
J'ai beaucoup aimé «Le chuchoteur», même si la solution de l'énigme me paraissait un peu grosse. Cependant, j'espérais trouver tout à fait autre chose en lisant «Le tribunal des âmes». Le livre n'est pas le même, certes, mais il y a quelques ressemblances, et je pense qu'elles ne sont pas en sa faveur. Par exemple, la solution de l'énigme est également abracadabrante. Elle est très vite évoquée dans le roman, et je m'étais dit qu'elle était erronée, ou bien qu'on finirait par découvrir qu'elle n'est pas aussi poussée que ce que dit l'un des personnages. Il n'en est rien. Donato Carrisi va très loin. Tout comme pour «Le chuchoteur», il explique, en fin d'ouvrage, qu'il n'a rien inventé, qu'il y a eu un ou deux cas de ce genre. Si c'est passé pour moi dans «Le chuchoteur» (j'ai une amie pour qui ce n'est pas du tout passé), ici, j'ai tiqué. Il sera impossible au lecteur de vérifier ce qu'avance Donato Carrisi lorsqu'il dit que des cas ont existé. Bien sûr, on pourra rechercher des traces de l'anecdote qu'il évoque, mais on ne saura jamais si elle alla aussi loin que ce qui se passe dans «Le tribunal des âmes».

Dans «Le chuchoteur», les personnages étaient très intéressants et attachants. Ici, j'ai eu beaucoup de mal à les trouver consistants. Il me semble que rien ne les démarque. Je suis, par exemple, restée insensible à la détresse de Sandra lorsqu'elle évoque la terrible faute qu'elle commit. (À ce sujet, j'en veux à l'auteur d'avoir utilisé une ficelle si commune que faire mariner son lecteur pendant que Sandra se lamente sur cette faute, et d'avoir poussé le vice jusqu'à employer un mot qui induira forcément le lecteur en erreur quant à cette faute. C'est du faux suspense.) Je n'ai pas vraiment compati parce que je me suis dit que Sandra était responsable de sa souffrance. Il aurait été très facile pour elle de faire en sorte que les choses tournassent autrement en en parlant avec l'autre personne concernée.
Ensuite, je ne pense pas qu'on puisse vraiment tomber amoureux cinq ou six mois après avoir perdu une personne sincèrement aimée.

Dans «Le chuchoteur», l'auteur avait mélangé les époques sans en avertir le lecteur, ce qui était quelque peu déloyal. Ici, il ne le fait pas. Le lecteur sait tout de suite qu'il suit deux époques différentes en parallèle. J'ai préféré cette structure balisée. D'autant qu'à un moment, j'ai trouvé que tout était très compliqué et assez tordu, donc si en plus, il avait fallu que j'apprenne tardivement que les époques étaient mélangées, mon pauvre petit cerveau aurait souffert de surchauffe.

Donato Carrisi ne peut éviter un effet de lenteur. L'action n'est pas lente à proprement parler, mais étant donné que je me suis doutée de certaines choses, je trouvais que certaines révélations tardaient un peu.
L'auteur n'hésite pas à employer des ficelles éculées: on termine un chapitre sur du suspense, l'autre chapitre évoque un autre personnage, et il se termine également sur du suspense, le chapitre suivant revenant sur le premier personnage. C'est une bonne ficelle, mais elle est plus savoureuse lorsqu'elle est utilisée avec parcimonie.

La fin est un peu abrupte. Une fois que l'énigme finale a été dévoilée, je voulais savoir la suite. J'ai été très frustrée de constater que rien ne se passait. On me dira que les choses continueront ainsi... Peut-être, mais la fin ne nous dit pas si le personnage dont il est question finit par «savoir». Si oui, cela change tout, et on a d'autant plus envie de savoir ce qui va arriver.

Certaines théories m'ont un peu agacée. Par exemple, il faut faire le mal pour qu'en découle le bien, l'un ne va pas sans l'autre... tout cela assorti d'exemples probants. Soit, mais à vouloir ôter tout manichéisme à la chose, on tombe dans l'excès inverse.
En outre, j'en ai assez des auteurs qui s'attachent à décrire l'humanité dans ce qu'elle a de plus pervers, de plus sordide. J'avais été choquée en découvrant des horreurs dans «Le chuchoteur», mais j'étais passée dessus. À force d'en lire, je trouve que les auteurs qui font cela s'attachent à créer du spectaculaire. Ils veulent nous surprendre, nous effrayer... soit, mais c'est trop.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Il y a deux incohérences. À la fin, on ne sait pas qui est le faux Chalbert. On aurait pu se dire que c'était le transformiste, mais si le transformiste est Marcus, que devient le faux Chalbert? Ou bien le transformiste a-t-il, en plus, le don d'ubiquité, voire de dédoublement? (Donato Carrisi n'est plus à une incongruité près. ;-) ) Ou bien y aura-t-il une suite où on retrouvera Sandra enquêtant sur le faux Chalbert?
Quant à l'autre incohérence: il semblerait que Jeremiah Smith ait feint d'être dans le coma après qu'on l'a réanimé... Pourtant, on ne peut pas simuler le coma, si?

Je ne savais pas que les religieux aidaient les forces de l'ordre, et pas seulement pour l'explicitation des crimes satanistes. J'aime bien cette idée d'entraide pour que la justice triomphe.

Il y a un clin d'oeil au précédent livre de Donato Carrisi. L'un des personnages principaux est évoqué, vers la fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Michel Vovk.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le comédien n'en fait pas trop. Sa lecture est fluide. Cependant, j'ai trouvé sa voix trop basse. Souvent, elle devient un peu sourde et éraillée. C'est son style, sa voix, c'est ainsi. J'ai seulement eu un peu de mal à m'y habituer.

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