Lecteur : Veyrat Sabine

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lundi, 1 août 2016

Nous les menteurs, d'E Lockhart.

Nous les menteurs

L'ouvrage:
Il était une fois un homme (Harris Sinclair) qui avait trois filles: Penny, Bess, et Carrie. Quant à elles, elles avaient des enfants. Cadence était l'aînée des petits-enfants de Harris. En toutes circonstances, la famille gardait la tête haute, et arborait un sourire inaltérable.
La famille allait passer tous les étés sur une île lui appartenant. C'est au cours de l'été 15 (l'été des quinze ans des aînés des petits-enfants), que tout bascula.

Critique:
Voilà un livre très bien pensé. L'auteur prend le temps de nous montrer la famille Sinclair dont l'objectif est de ne jamais montrer ses failles. À partir de ce moment, le lecteur pensera que rien ne peut aller. Si on ne peut pas exprimer ses sentiments négatifs, les choses vont dérailler.

J'ai choisi de faire le résumé comme si c'était un conte parce que Cadence (la narratrice) écrit parfois des contes qu'elle fait partager au lecteur. Souvent, elle détourne le code du conte. C'est un peu ce qui arrive dans ce roman. La famille Sinclair semble idéale, mais ce refus de l'extériorisation d'un quelconque mal être cache, en plus d'une grande difficulté à communiquer, des choses peu reluisantes et peu glorieuses.
Les petits-enfants tentent d'inverser la tendance. Ils se débattent entre ce que veulent leurs mères, ce qu'il voudraient, ce qui leur semble juste...

Emily Lockhart alterne le passé (l'été 15) et le présent (l'été 17). Après avoir subi un choc dont elle ne peut se rappeler la cause, Cadence souffre d'un mal être permanent qui se manifeste par d'intenses migraines. Elle retourne sur l'île l'été de ses dix-sept ans, et avec l'aide parcimonieuse de ses cousins, tente de retrouver la mémoire. Le lecteur suit son parcours semé d'embûches, de découvertes sur elle-même et les membres de sa famille. Tout cela est bien écrit, bien amené. Je n'ai eu aucun mal à me plonger au coeur de cette histoire, de cette quête d'une vérité que Cadence sait néfaste, mais qu'elle traque, car elle comprend confusément que son mal sera pire si elle ne l'affronte pas. Avec brio, Emily Lockhart expose les méfaits de l'hypocrisie, du non-dit.

Quelqu'un de rationnel aura peut-être un peu de mal à accepter une chose, mais cette chose peut s'expliquer autrement. À y bien réfléchir, moi qui suis plutôt rationnelle, je trouve que cette chose va bien à l'ensemble du roman, à ce parfum de conte cruel qui en émane.
Après avoir fini ce récit, on aura peut-être envie de le relire en envisageant certains faits sous un angle qui n'est dévoilé qu'à la fin. Cela a été mon cas.

À lire!

Éditeur: Gallimard jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 30 septembre 2013

Je reviendrai avec la pluie, de Takuji Ichikawa.

Je reviendrai avec la pluie

L'ouvrage:
Depuis un an, depuis le décès de sa femme (Mio), Takumi élève seul son fils Yugi, qui a maintenant six ans. Avant de mourir, Mio avait promis qu'elle reviendrait à la saison des pluies. C'est effectivement ce qui arrive à la grande joie de Takumi et Yugi. Seulement, la jeune femme est amnésique.

Critique:
Voilà un joli roman en forme de conte. Je suis heureuse de l'avoir lu avant d'en entendre trop parler. En effet, étant donné ce que j'ai déjà entendu, j'ai la sensation que ce livre va faire parler de lui, et en général, quand j'entends trop parler d'un livre, je fais un rejet.

Takuji Ichikawa parvient à mélanger quelques éléments merveilleux au quotidien de ces personnages si simples. L'ambiance est comme magique, presque irréelle. La jeune femme revient, et reprend ses hommes en main, malgré son amnésie. Chacun se réjouit de la présence des deux autres. Chacun reprend naturellement son rôle, alors que rien n'est normal dans cette situation.

On peut comprendre ce retour de Mio de plusieurs façons. Cela peut symboliser le désir qu'a chacun de retrouver, ne serait-ce que pour quelques minutes, un être aimé à jamais disparu. Cela peut également être vu comme le fait qu'un être aimé accompagnera toujours ceux qui l'aiment profondément, malgré sa disparition. De toute façon, le lecteur ressentira les sentiments des personnages, et s'identifiera à eux.
J'aime beaucoup l'explication que donne Takuji à son fils quant aux défunts. L'auteur y mêle humour et gravité. Cela ressemble à un conte dans le conte.
J'ai également apprécié les moments où Takuji et Yugi sont ensemble. Qu'ils évoquent des sujets graves (Mio), le quotidien (les repas, l'école), que Yugi s'inquiète pour son père, la complicité et l'amour qu'ils partagent sont sources de sourire. Le tout est écrit en un style vivant, précis, traversé d'éclairs de poésie, et de répliques drôles ou attendrissantes.

Lorsqu'un auteur s'attache à montrer une histoire d'amour, et en plus, que cette histoire n'est pas banale, il tombe facilement dans le niais. Ici, ce n'est pas le cas. L'auteur n'est jamais grandiloquent, il ne fait jamais de fioritures, n'en rajoute pas dans l'apitoiement. Il raconte ses personnages, leurs sentiments, ce qu'ils vivent. Bien sûr, certains aspects de ce romans peuvent paraître mélodramatiques, mais je pense qu'il faut plutôt les voir comme de jolis moments, décrivant des personnages dont la force des sentiments les poussera toujours vers le positif. En effet, malgré le sujet douloureux et délicat évoqué, ce livre est lumineux.

Si l'idée du retour de Mio évoque fatalement le merveilleux, d'autres petits détails font louvoyer le lecteur entre le merveilleux et le fantastique. Que dire d'un enfant qui accumule un an de cérumen dans ses oreilles et qui n'a aucune complication (sauf une légère surdité)? Que penser de Pou, le chien du professeur Nombre? Le professeur lui-même paraît étrange dans ce décor. Les personnages, à l'instar du lecteur, ne s'étonneront pas vraiment de ces étrangetés. Elles contribueront à la magie de ce roman.

Il y aurait quantité d'autres choses à dire sur ce livre: sur les décisions prises, la façon de voir certains événements, etc. Mais j'en dévoilerais trop.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a su rendre ce qu'a voulu l'auteur en n'adoptant jamais un ton dramatique.

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mercredi, 14 septembre 2011

Skin, de Mo Hayder.

Skin

Note: Ne faites pas mon erreur, et lisez «Skin» avant «Proies». C'est important quant à ce qui arrive aux policiers, surtout à Flea.

L'ouvrage:
Jack Caffery est confronté à plusieurs affaires. D'abord, on retrouve un cadavre auquel il manque une mèche de cheveux. Ensuite, Lucy Mahoney s'est apparemment suicidée. Cependant, certains détails ne collent pas.
En outre, Jack n'est pas sûr que sa dernière affaire soit totalement réglée.

Flea, quant à elle, ne comprend pas pourquoi une odeur nauséabonde envahit le commissariat. Elle s'aperçoit bientôt qu'elle ne cherche pas au bon endroit...

Critique:
J'avais aimé «Proies», j'ai préféré «Skin». Je pense que cela vient d'abord du fait que j'ai pu davantage m'attacher aux personnages. La vie de Flea est inextricablement mêlée à ses enquêtes du moment. Cela permet de mieux découvrir sa psychologie, sa personnalité. Flea se montrera terriblement réaliste, terriblement humaine. En général, les policiers qui plaisent aux lecteurs transgressent quelque peu certaines lois (Harry Bosch, par exemple), mais le dilemme de Flea me semble bien plus vrai, bien plus solide, bien plus complexe que ceux que j'ai pu lire ailleurs. L'auteur tisse savamment une toile dans laquelle, à force de mansuétude, Flea finit par s'emmêler.
Malgré son angoisse, elle agit toujours de la manière la plus réfléchie possible... sauf une fois: lorsqu'elle subtilise la lettre. À mon avis, si elle l'avait laissée, cela aurait été moins sujet à attirer d'éventuels soupçons si on s'en apercevait.

Quant à Jack, il m'a également semblé que l'auteur prenait davantage le temps de le dépeindre que dans «Proies». Je l'ai trouvé moins ressemblant à ses pairs. Je pense que j'ai eu ce sentiment de personnages vite brossés en lisant «Proies» parce qu'il fallait en lire d'autres avant. Ce que Jack finit par faire est admirable, compte tenu du fait qu'il n'a pas toutes les données en main. Qui aurait décidé d'agir ainsi, ne connaissant, comme lui, qu'un morceau de la vérité?
À un moment, Jack s'obstine à renvoyer le mari de Lucy vers son Officier de Liaison avec les Familles. Cela peut sembler insensible de sa part, mais le connaissant, ce serait plutôt une protection: il ne peut pas s'occuper de toutes les affaire, sous peine d'être complètement vampirisé... surtout qu'il finira quand même par prendre celle-ci en main.

L'intrigue est aussi palpitante que celle de «Proies». C'est renforcé par le fait que plusieurs enquêtes se croisent ou sont menées en parallèle. Cela rend l'histoire plus crédible. La police ne travaille jamais sur une seule affaire à la fois. En outre, il n'y a aucun temps mort.
À un moment, les policiers évoquent une affaire dont l'auteur reparlera, puisque c'est ce qui arrive dans «Proies». J'ai trouvé cela bien pensé, parce qu'étant donné ce qu'on découvre dans «Proies», tout est logique... cela voudrait dire que l'auteur savait déjà, en écrivant «Skin», qui serait le coupable dans «Proies», ce qui dénote un travail approfondi.

J'aime bien la façon dont le personnage de Ruth est présenté. On n'arrive pas à savoir si on la plaint, si on la méprise, si on a pitié, si elle exaspère... je pense que c'est tout cela à la fois... Sa bêtise et sa vénalité la rendent méprisable, mais on voit bien qu'elle comble sa solitude comme elle peut.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

Bibliographie de Mo hayder:
Série Jack Caffery:
1: Birdman, 2000.
2: The treatment (L'homme du soir), 2001.
3: Ritual (Rituel), 2008.
4: Skin, 2009.
5: Gone (Proies), 2010.

Livres seuls:
Tokyo/The devil of Nanking, 2004.
Pig Island, 2006.
Hanging hill (Les lames), 2011.

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vendredi, 11 février 2011

La bulle cauchemar, de Sylvie Weil.

La bulle cauchemar

L'ouvrage:
Julien va épouser Linda. Cela fait que deux familles totalement différentes vont se rencontrer.
Elsa, la mère de Julien, ne voit pas ce mariage d'un très bon oeil.

Critique:
Ce livre force à réfléchir sur la liberté d'esprit. En effet, l'auteur place habilement chacun dans des catégories, puis tente de démontrer la bêtise d'une telle généralisation. La famille de Linda est composée de gros mangeurs, de fêtards exubérants, dont certains sont de fervents croyants. Quant à celle de Julien, on y trouve des gens mesurés, pragmatiques, parfois un peu coincés. Et puis, au fur et à mesure, chacun affirme sa personnalité.
Les personnages les mieux étudiés, ceux qui représentent un certain style de vie, et diverses façons de faire sont surtout Elsa et Linda.

Elsa est un personnage admirable. Elle n'est pas simplement la mère qui ne veut pas que son bébé épouse une étrangère. Ses inquiétudes sont fondées. On pourrait penser qu'elle surprotège son fils, mais il n'en est rien.
Ensuite, tout est une question de point de vue. Elsa exagère-t-elle? On peut imaginer que sur certains points, elle n'en fait pas trop, mais sur d'autres, peut-être. Par exemple, les faits et les dires du médecin montrent qu'elle a raison quant à la fatigue de Julien. Mais qu'en est-il de la nourriture, par exemple? Elle porte un jugement sur la famille de Linda qui, selon elle, s'empifre de nourriture trop riche, et déplore que Julien suive le mouvement. Il est vrai que toujours manger trop riche n'est pas bon, mais il semble qu'Elsa mange de manière assez austère. Un juste milieu serait souhaitable.
Si l'espèce d'extrémisme de chacun quant à la nourriture est regrettable, cela montre qu'Elsa n'est pas parfaite. Elle peut méjuger.
Parfois, Elsa se force à être enjouée, et à accepter ce qu'elle ne peut changer. Parfois, elle se renfrogne, et parfois, elle décide de prendre les choses comme elles viennent. Toutes ces espèces de sautes d'humeur dues à son désir de concilier le bonheur de son fils et ce qu'elle sent être bon pour lui, sont logiques. L'auteur décrit très bien, et analyse superbement cette mère aimante, terriblement réaliste auquel on s'identifie sans problèmes.

Si l'opposition entre les deux familles est flagrante, elle permet au lecteur de naviguer entre plusieurs points de vue, et souvent, de se forger une opinion intermédiaire sur ce qu'il faudrait faire: un juste milieu entre les désirs et besoins des uns et des autres. J'ai quand même le sentiment que c'est la famille d'Elsa qui s'est pliée à tout ce que voulait Linda. On me dira que c'est normal, puisque Linda est la mariée. Soit, mais outre que certaines de ses exigences soient des caprices, et donc, parfaitement inutiles, il semble vraiment qu'elle soit persuadée que les autres sont à son service.
Personnellement, je préfère le pragmatisme d'un mariage en petit comité plutôt que le tape-à-l'oeil réclamé par la bouillonnante Linda. En outre, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire de la façon qu'a la soeur de celle-ci de mettre Jésus à toutes les sauces. Outre que je suis athée, j'ai trouvé que cette manière de faire galvaudait la chose, et lui faisait perdre toute crédibilité.

Julien est assez détestable. Il est évident qu'il est avec Linda parce qu'elle se contente de lui balancer des miettes de gentillesse du moment qu'il cède à tous ses caprices. Il a tellement peur d'un rejet dû à son handicap qu'il devient le plus sûr pantin de sa future femme. On me dira que son manque d'assurance vient de la surprotection d'Elsa. Je ne le pense pas, surtout parce que malgré la difficulté, il me semble qu'Elsa a toujours bien agi sans tomber dans les travers de la surprotection. En outre, on ne la lui reprocherait pas, étant donnée sa situation.

Il va de soi que je n'aime pas Linda. Si elle est joyeuse et semble généreuse, ce n'est qu'une façade. Outre son égoïsme naturel, il est clair qu'elle n'aime pas réellement Julien, principalement à cause du grand sujet d'antagonisme entre elle et Elsa: Linda refuse d'atténuer la pénibilité et la longueur des journées de Julien. C'est par pur égoïsme puisqu'apparemment, il ne serait pas pénible physiquement pour elle de vivre chez lui.

L'auteur aborde avec finesse le thème du regard extérieur, notamment sur une personne handicapée, mais aussi sur d'autres points. Cela est fait d'une plume vive et tranchée. Sylvie Weil énonce les faits sans complaisance,sans les masquer sous des mots aceptisés. C'est d'autant plus réaliste et percutant.
Ce roman regorge de thèmes intéressants brillamment abordés. Je m'arrêterai là, mais c'est le genre de livre extrêmement riche dont je pourrais parler pendant des heures.

Remarque annexe:
J'adore Orlando. ;-)

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.
C'est le deuxième livre enregistré par cette lectrice que je lis. Je l'apprécie beaucoup. Sa voix est douce et agréable, son ton est posé et toujours approprié. Je la réentendrai avec plaisir.

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jeudi, 14 octobre 2010

La maison des soeurs, de Charlotte Link.

La maison des soeurs

L'ouvrage:
C'est bientôt Noël. L'anniversaire de Ralph approche également. Sa femme, Barbara, veut lui faire un cadeau: ils vont tous les deux en vacances dans un petit village. La propriétaire de la maison où ils vont passer leurs vacances ira chez sa soeur pendant ces quelques jours.

Après l'installation dans la maison, une tempête de neige éclate. Bloqués dans la maison sans nourriture et sans électricité, Barbara et Ralph tentent de s'en sortir, tout en essayant de comprendre pourquoi leur mariage bat de l'aile.
En cherchant de quoi faire du feu, Barbara trouve le manuscrit de la précédente occupante des lieux, Frances Grey. Frances raconte sa vie. Barbara lit le manuscrit.

Critique:
Je ne sais pas si c'est moi qui aime moins Charlotte Link ou si ce livre est moins dans le goût des amateurs de cette romancière, mais je n'ai pas vraiment adhéré. C'est peut-être moi qui deviens difficile, car j'ai lu des avis élogieux émanant de personnes aimant Charlotte Link.

D'abord, j'en ai assez, de ces auteurs qui nous mettent les deux guerres mondiales (surtout la seconde) à toutes les sauces! Bien sûr, ici, Charlotte Link articule la vie de ses personnages autour de l'histoire, et il peut être intéressant de voir comment chacun prend tout ce qui arrive, mais c'est agaçant parce que beaucoup font cela, et c'est remâché. En outre, on dirait qu'il ne se passe pas grand-chose entre les deux guerres... Frances raconte ce qui se passe un peu avant la première, un peu après, puis ne dit rien jusqu'à la guerre suivante. C'est un peu artificiel.

Charlotte Link ne renouvelle pas vraiment le genre. Ce roman n'apporte rien d'original ou de transcendant. J'ai trouvé l'intrigue assez prévisible et trop lente. Accessoirement, j'ai trouvé très gros que Laura ait passé seize ans à chercher le manuscrit, et que Barbara le trouve en un claquement de doigts, sans même savoir qu'il y avait quelque chose à chercher.
Quelqu'un m'a dit que la fin l'avait surpris, je ne vois pas trop ce qui est étonnant... Bien sûr, il y a certaines révélations, mais je n'ai pas sauté au plafond en les entendant.

Les personnages ne m'ont pas convaincue. Je les ai regardés s'agiter, ne pas parvenir à communiquer, se lancer haine et rancoeurs au visage, vivoter parce qu'ils ne savaient pas vivre... Je ne me suis attachée à aucun, sauf peut-être un peu à Ralph.

Frances serait pourtant intéressante: elle tente de faire avancer la cause féminine, mais ne sait pas construire sa vie, ne sait pas aimer ni être aimée... Justement, son insensibilité m'a rendue distante à l'égard de ce personnage. Elle n'a pas su me toucher parce que je n'ai pas vraiment vu ses faiblesses. Elle a agi bêtement, parfois, mais elle ne semble pas vraiment vouloir faire ce qu'il faut pour avoir une vie meilleure.

Victoria est détestable, mais trop caricaturale. Donc j'ai été plutôt indifférente vis-à-vis de ce personnage. À force de mettre en évidence sa bêtise et sa méchanceté, l'auteur n'a su faire ressortir que sa fadeur, et je n'ai même pas pris la peine de me fatiguer à la détester.
Charles n'évolue pas: il reproduit le schéma paternel, ne l'admet pas, s'enferre. Je l'ai trouvé très négatif.
Alice laisse passer sa vie, et il faut qu'il arrive quelque chose de grave pour qu'elle ouvre les yeux. Elle m'a agacée.
J'ai eu pitié des personnages broyés par la vie, mais qui, eux, auraient pu s'en sortir: George, John, Laura...
À part cela, les personnages ne sont pas vraiment positifs.

Barbara est peut-être celle qui m'a le plus énervée: qu'elle soit carriériste, d'accord, mais qu'elle ne se remette pas en question, qu'elle n'écoute personne, ça tape sur les nerfs. Et puis sa pulsion vis-à-vis de l'un des personnages, c'est totalement invraisemblable.

Je relirai des livres de Charlotte Link parce que j'en ai apprécié deux, et que je veux savoir si c'est moi qui ai changé.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

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