Lecteur : Verrey Irène

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lundi, 12 octobre 2015

Les Eygletières, tome 2: La fin des lionceaux, d'Henri Troyat.

Les Eygletières, tome 2: La fin des lionceaux

L'ouvrage:
L'été est fini. Les enfants Eygletières rentrent chez eux.

Critique:
Dès le début de ce tome, on comprend que l'auteur prendra une direction plus grave. Jean-Marc a décidé de mettre fin à une situation dérangeante. Françoise a fait le point, et (en tout cas au début) s'enferme dans sa bigoterie. Elle emploie un argument que je déteste: elle explique qu'elle doit se rapprocher des autres au lieu de leur tourner le dos, non pas parce qu'elle doit les accepter, mais parce qu'elle doit les ramener dans le droit chemin. On ne saura jamais si elle était sincère, car la vie se charge de démanteler ses plans. Elle continuera d'être tiraillée entre ses aspirations et ses désirs. Finalement, je l'ai trouvée moins coincée que ce à quoi on pouvait s'attendre. Elle évolue dans ce tome.
Quant à Alexandre (personnage qu'on voit également dans le tome 1, mais de qui je n'ai pas parlé dans ma chronique), je le trouvais sympathique, au départ, mais à force d'être nonchalant et insouciant, je me demande s'il ne joue pas un peu.

Daniel est toujours le boute-en-train de la famille, mais son insouciance et son égoïsme sont un peu agaçants. Il n'imagine pas que d'autres peuvent avoir des problèmes plus graves que les siens, ce qui est pourtant le cas. On me dira que beaucoup de gens sont ainsi. Certes, mais chez Daniel, cela va très loin. Ensuite, lorsqu'un vrai problème lui tombe dessus, je trouve (tout comme son père) qu'il le gère de manière irresponsable.

Dans ce tome, Philippe est un peu plus sympathique. Il paie son inconséquence. Je l'ai plaint tout en pensant que c'était mérité. À ce sujet, je me demandais comment Henri Troyat ferait pour qu'une certaine chose se sache sans que cela semble très gros. Il y est parvenu sans problèmes, car l'événement qui précipite cela est préparé depuis le tome 1.

Quant à Carole, elle aussi mérite ce qui lui arrive... À un moment, Madeleine côtoie Lucie (l'ex-femme de Philippe), et pense qu'elle est si insupportable qu'elle préfère finalement l'intrigante Carole. Pour ma part, je ne sais pas laquelle je préfère... Lucie n'est pas mal dans le genre égoïste et fermé... voire un peu stupide, mais Carole semble manipulatrice.

Dans ce tome, on sent la plupart des personnages englués dans des situations qui les dépassent. Seule Madeleine échappe à la tourmente. C'est d'ailleurs le personnage le plus sympathique.
L'auteur continue de confronter ses personnages à la vie. Il leur assène quelques coups de théâtre bien pensés, et s'applique à les leur faire gérer...

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.
Irène Verrey a une voix souriante. Elle excelle d'ailleurs dans les livres ou les scènes drôles. D'une manière générale, sa lecture est agréable et fluide. Elle met le ton juste. Je trouve dommage qu'elle ait laissé des erreurs de lecture.

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lundi, 1 janvier 2007

Une femme en blanc, de Janine Boissard.

Une femme en blanc L'ouvrage:
Depuis son enfance, Margaux Lespoir, fille de paysans, veut être médecin. Son père, Guillaume, lui a toujours dit qu'elle visait trop haut. Il n'a jamais encouragé sa vocation.
Margaux a réalisé son rêve. Elle est même chirurgien. Elle travaille dans l'hôpital où elle est née: la Chartreuse. Alors que plusieurs hommes auraient pu prétendre au poste d'assistant du docteur Roux, celui-ci a demandé à Margaux de l'accepter.
Elle est amie avec une infirmière de la maternité, Marie des Ilets, ce qui lui attire l'inimitié de certains, qui trouvent qu'un médecin ne devrait pas autant copiner avec une infirmière. D'autant que Marie n'est pas très bien vue, étant donné qu'elle aime bien prendre du bon temps avec les hommes.
Margaux a aussi un fils de dix ans, Eric. A vingt-trois ans, elle est tombée follement amoureuse de Benoît, avec qui elle faisait ses études de médecine. Lorsqu'elle lui a annoncé qu'elle était enceinte, il a pris peur. Là encore, Margaux visait trop haut: Benoît venait d'un autre monde qu'elle.

Margaux admire beaucoup le docteur Roux. Il est son professeur. Pour elle, il est irréprochable. Un jour, pendant une opération, il commet une erreur. Erreur qui aurait pu être fatale à l'opérée, si Margaux n'était intervenue le lendemain. Le père de la petite fille opérée porte plainte. Et c'est là que Margaux va perdre certains de ses idéaux: le docteur Roux l'accusera, elle, d'avoir commis l'erreur lors de la première intervention.

Critique:
J'ai aimé ce livre autant que "Marie-Tempête". Margaux est une battante, mais elle est humaine. Elle a ses faiblesses. Ce n'est pas une femme parfaite, et c'est ce qui nous la rend sympathique. Par exemple, lorsque la Chartreuse risque de perdre ses urgences, elle se bat aux côtés d'autres médecins de l'hôpital, pour pouvoir les garder. A un moment, cela lui monte un peu à la tête,et elle commet certaines erreurs.

Le père de Margaux est très attendrissant. Il me fait un peu penser à Grégoire dans les "Belle grand-mère". Il n'a jamais encouragé sa fille dans sa voie, il désapprouve ce qu'elle fait, par humilité. Mais on voit bien qu'au fond, il est fier d'elle. Cela nous est prouvé lorsqu'il demande à être opéré par elle.

Marie est un personnage par lequel Janine Boissard fait passer beaucoup de choses. Elle a certaines idées, certaines opinions assez tranchées, et la vie va lui montrer, assez cruellement d'ailleurs, que pour chaque décision que l'on prend, pour chaque événement, il y a des circonstances à prendre en compte.
Le fait que Marie soit mal vue est profondément injuste et stupide. Cela illustre certains préjugés: Marie a pas mal d'aventures, et on la désapprouve. Mais elle aurait été un homme, on en aurait souri.
Ce qui lui arrive par la suite est terrible, mais la façon dont cela lui arrive détruit également certains préjugés.

L'histoire d'amour est un peu attendue. Elle n'est pas assez subtile, mais elle arrive quand même à surprendre un peu.

Certains malades que soigne Margaux sont autant d'illustrations de tout ce qui arrive dans un hôpital, et peut arriver dans la vie. Il y a Violaine, qui essaie de se suicider, parce qu'elle a été trop gâtée; Sandra, que ses parents n'ont pas su écouter; mademoiselle Jeanne et son fiancé, dont on ne respecte pas le souhait; Olivier, le petit garçon qu'une chute stupide va emporter... Et il y a Nicolas. Encore une fois, son histoire montre que tout n'est pas si simple. On est tenté de vilipender la personne qui fait du mal à Nicolas, à l'instar de Margaux. Mais au dernier moment, celle-ci trouve les mots qu'il faut, et comprend que la personne souffre, elle aussi.

C'est un livre juste, qui soulève des questions importantes, et qui nous fait venir très facilement les larmes aux yeux. C'est l'histoire d'une femme qui concilie sa famille, son amour, et un travail très prenant. Et ce n'est pas toujours facile! On retrouve avec bonheur l'écriture de Janine Boissard, qui sait être drôle et grave.
Le seul bémol, c'est quelque chose qui arrive à la fin. Je trouve que c'est un peu gros. C'est ce qui fait que Maxime accepte. (Je ne dirai pas ce qu'il accepte pour en dévoiler le moins possible.) Je ne comprends pas trop pourquoi ce qu'a fait Margaux le fait accepter. Bien sûr, ce qu'elle a fait est très important, mais elle l'aurait fait de toute façon, étant donné qu'elle soigne tout le monde sans distinction. C'était peut-être un peu simple. Ou alors, Maxime avait besoin de ce petit coup de pouce pour accepter...

Ce livre a été adapté en une série télévisée. J'en ai vu cinq minutes, et cela m'a ôté l'envie de continuer de regarder. On dirait un soap opera. Dans la série, Eric est le fils du docteur Roux. Je ne vous conseille donc pas cette série, préférez-lui le roman. Il est tout de même vrai que je n'en n'ai pas vu assez pour que mon opinion puisse être impartiale. Le peu que j'ai vu m'a donné un mauvais a priori.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 13 février 2006

Marie-tempête, de Janine Boissard.

Marie-Tempête L'ouvrage:
Pierre et Marie Delaunay sont mariés depuis vingt ans. Ils ont deux enfants adolescents: Anaïs et Quentin. Pierre est marin pêcheur. Une nuit, lui et d'autres marins vont secourir un bateau. Cela fait partie du métier, il l'a déjà fait maintes fois. Mais cette nuit-là, Pierre ne rentre pas. La mer l'emporte. On ne retrouvera jamais son corps.
Marie est désespérée, car son mariage était heureux et solide. D'autre part, le bateau de Pierre, la Sonate, n'est pas totalement payé. La famille n'a plus de ressources.

Alors, Marie décide de prendre les choses en main. Elle fera le travail de Pierre. Elle ira pêcher, elle ira secourir les bateaux. Elle sera marin. D'autre part, elle se résout à louer l'une de ses chambres.

Bien sûr, ses décisions seront accueillies assez froidement par ses enfants, ses parents, et les camarades de Pierre. Si les marins sont plutôt contre la venue de Marie parmi eux, l'un s'acharne sur elle avec plus de véhémence, et contrairement aux autres, avec une réelle envie de faire mal. C'est Loïc Labbé...

Critique:
C'est un Boissard comme je les aime: du rire, des larmes, beaucoup d'émotion...
Au début, on imagine que ça va se traîner, que ça va être les hommes misogynes contre la gentille et douce Marie. Heureusement, cet écueil est évité. Bien sûr, au début, les marins rechignent à accepter Marie, et les femmes des marins lui en veulent de ne pas rester à sa place. Mais tout cela finit par se tasser, et Marie connaît d'autres joies, et d'autres peines.

Il y a des moments très forts en émotion, comme lorsqu'Abel a un accident, ou que Jean-Yves fait une déclaration si touchante à l'un des personnages, ou encore quand Marie découvre ce qu'il est advenu de son piano.

Les enfants de Marie se rebellent, et l'affrontent. Mais au fond, ils réclament une place, et de l'amour, surtout Quentin. Bien sûr, on lui en veut pour ce qu'il fait, mais on comprend aussi que c'est un appel à l'aide. Et Marie le comprend un peu tard...
Certains personnages ont l'air dur et insensibles, comme Mamina et Anaïs au début, mais ils faut gratter le vernis.
Quant au père de Marie, je pense qu'il est mon personnage préféré.
Et Loïc est un personnage complexe. Bien sûr, on réprouve ses actes, mais il se débat avec sa conscience, et son mal être. Ce n'est pas juste un "méchant".

Je trouve un peu grosse l'histoire d'amour entre Marie et l'un des personnages. Disons que je trouve qu'elle arrive un peu vite... C'est une critique récurrente, chez moi: dans les livres, les coups de foudre, les histoires d'amour qui arrivent vite me font tiquer. Ici, même si c'est un peu agaçant, ça ne passe pas trop mal dans le livre.

Personnellement, je pense que c'est un bon Boissard, meilleur que "La chaloupe", et presque aussi bien que les "Belle grand-mère". C'est surtout une note d'espoir, car presque tous les personnages ont leurs bons côtés.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 3 novembre 2005

L'ombre au tableau, de Jean-Jacques Fiechter.

L'ombre au tableau L'ouvrage:
Charles Vermeille est un spécialiste du peintre Claude Gellé dit le Lorrain.
D'autre part, il a un fils, Jean-Louis, qu'il adore, et qu'il a eu avec Sophie, qui lui a laissé ce cadeau avant de mourir d'un cancert.

Un jour, Charles reçoit une photo de son fils en train de surfer. L'enveloppe ne contient aucune indication sur l'expéditeur. La semaine suivante, il reçoit une autre photo, et ainsi de suite, quatre fois. Les photos viennent toujours de coins différents du globe. Bien sûr, Charles s'inquiète: il voit déjà son fils mort, et ne comprend pas pourquoi on voudrait l'atteindre à travers son fils.
La dernière photo lui donne un indice capital, indice qui fait que tout s'éclaire. Charles comprend enfin la raison de ces étranges envois...

Jane Caldwell est une jeune chimiste. Dans son enfance, son père et elle n'ont pas su se comprendre. Son père ne lui a jamais montré son amour, elle s'est toujours sentie rejetée. Elle se passionne aussi pour la peinture, et plus spécialement pour Claude Gellé, dit le Lorrain...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu.

Au début, on est un peu perdu, mais tout s'imbrique, tout s'explique. La construction du livre est très astucieuse: il y a d'abord une "première touche" où le narrateur raconte un épisode vu par Jane. Ensuite, nous avons une "première partie" où c'est Charles qui prend la parole. Puis, une "seconde partie" où Jane s'exprime. Enfin, une "touche finale" où le narrateur raconte le dernier épisode vu par les yeux de Charles. Grâce à cette construction, nous naviguons d'un personnage à l'autre, nous entrons dans leur psychologie, et nous comprenons leurs motivations.

C'est un livre où on n'a pas de mal à entrer, et où on prend fait et cause pour l'un des personnages. Même si on finit par prendre le parti de l'un plutôt que celui de l'autre, on voit bien que ce n'est pas manichéen. D'ailleurs, peut-être que d'autres lecteurs prendront parti pour l'autre personnage, ce qui se défendrait.

Ce roman est presque un roman policier... C'est une rivalité entre deux intelligences aiguisées. C'est un duel que l'on se régale à lire, un duel dont on ne pourra pas manquer d'apprécier la "touche finale".

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 23 juin 2005

Le sourire de Lisa, d'Anne Cunéo.

Le sourire de Lisa L'auteur:
Le livre étant sous-titré "Une enquête de Marie Machiavelli", je suppose que cette détective est une héroïne récurrente d'Anne Cunéo. C'est le premier livre d'elle que je lis.

L'ouvrage:
A neuf ans, Yves Boisselier a été accusé du meurtre de sa cousine, Lisa May. Il a toujours nié les faits. On a fini par le libérer, arguant qu'il l'avait sûrement tuée alors qu'il était en état de choc, et que de ce fait, il avait tout oublié du meurtre.

Vingt ans plus tard, Yves tombe amoureux de Jacqueline, sa cousine. Leur bonheur pourrait être parfait, mais il refuse de l'épouser tant que leur famille le croira coupable du meurtre de Lisa.
Marie Machiavelli réouvre le dossier.

Critique:
A mon avis, l'enquête policière passe un peu au second plan. Elle est un peu lente à démarrer. Qui plus est. Les habitués des ficelles policières trouveront qui est l'assassin bien avant Marie Machiavelli. Quant à l'autre coupable, (le vrai coupable), ils s'en douteront également bien avant la détective.

Cependant, Anne Cunéo veut faire passer un message bien plus important que cette enquête, message sur lequel il faut s'attarder: la violence familiale, les gens autour qui voient mais refusent de voir, ou qui ne voient carrément pas que la personne crie au secours. En outre, même si tout est élucidé, la fin laisse un goût amer, car le vrai coupable ne sera jamais vraiment châtié. Le lecteur est tout à fait d'accord avec Marie Machiavelli lorsqu'elle pique une crise de rage, crise qui lui vaudra de se faire traiter d'hystérique à demi-mots...

Dans la postface, Anne Cunéo nous apprend que cette histoire est tirée de faits réels, ce qui la rend encore plus actuelle...

Éditeur: Bernard Campiche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.

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