Lecteur : Vanmeenen Yves

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jeudi, 1 février 2018

Les diaboliques, de Vincent Engel.

Les diaboliques

L'ouvrage:
Lucie et Fabian se connaissent depuis leur plus jeune âge. À l'adolescence, ils commencent à éprouver de tendres sentiments l'un pour l'autre. C'est alors que le prêtre du village leur apprend qu'il leur est impossible de se marier.

Critique:
Ce livre (très court) est bien construit, l'intrigue est bien menée. L'enchaînement des situations, des révélations, les pièces qui s'emboîtent petit à petit, le fait que la toute fin est un dernier rebondissement, tout cela rappelle les romans de Boileau-Narcejac. Pour moi, l'auteur a finement joué, car je n'ai pas compris grand-chose avant qu'il ne le dévoile. J'ai deviné quelques éléments, mais je suppose que le romancier souhaitait qu'ils soient trouvés pour que le lecteur ait une petite longueur d'avance sur certains personnages. À un moment, je me suis même demandé si je saurais ce qu'est devenue Lucie. En effet, on passe de l'histoire de Fabian à celle de la personne dont il est l'homme de confiance. C'est un peu déroutant.

Certains passages sont assez choquants. Le langage n'est pas cru, mais les actes décrits le sont. Je ne suis pas prude, mais je trouve que les choses vont très loin.

Le roman s'achève sur un coup de théâtre. C'est voulu, le but est d'impressionner le lecteur. J'aurais préféré une fin plus détaillée, expliquant certains éléments. Le narrateur lui-même dit qu'il lui manque des réponses. Vincent Engel a voulu nous laisser sur une impression de chute: j'aurais préféré qu'il réponde aux questions. Cela a gâché quelque peu ma lecture, mais je recommande quand même ce roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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jeudi, 18 janvier 2018

Le jour où le diable m'a trouvée, d'April Geneviève Tucholke.

Le jour où le diable m'a trouvée

L'ouvrage:
Violet et Luke (seize ans), vivent dans le manoir familial avec leurs parents. Ceux-ci sont artistes, et s'absentent très souvent sur de longues périodes. C'est justement lors de l'une de ces absences que l'argent vient à manquer. Violet décide alors de louer la dépendance du manoir. C'est River, un étrange adolescent, qui se présente. La jeune fille est tout de suite attirée par lui.

Critique:
À cause du titre et du tout début, j'ai eu peur de tomber sur une histoire où tout le monde finirait par se transformer: qui en diable, qui en loup-garou, un peu comme dans un roman de Jennifer McMahon qui, pour moi, a viré au n'importe quoi. Heureusement, certaines chroniques m'ont rassurée à ce sujet.

Ce livre m'a plu, mais j'ai gardé de la distance. J'ai apprécié les personnages que l'auteur veut qu'on aime, mais je les ai trouvés plats. Ils étaient sympathiques, mais peut-être trop prévisibles ou trop caractérisés par une chose... Luke court les filles et feint de mépriser sa soeur, Sunshine semble traîner son ennui... Violet m'a paru un peu plus consistante, parce qu'elle aime lire, que sa grand-mère lui manque, et que comme elle raconte l'histoire, elle est bien obligée de nous en dire un peu plus sur elle.

J'ai lu une chronique dans laquelle la personne trouvait invraisemblable que les parents s'en aillent comme ça, abandonnant leurs enfants mineurs, sachant qu'ils avaient peu de ressources. Certes, c'est pour le moins incongru. J'ai mieux accepté cela que la chroniqueuse, parce que j'ai lu «Le château de verre» qui est une histoire vraie dans laquelle l'héroïne raconte que ses parents étaient à peu près comme ceux du roman.

Le récit est lent, surtout au début. L'auteur prend le temps d'installer une ambiance, de faire intervenir des événements étranges... C'est bien, mais ça a été un peu trop lent pour moi. Ensuite, on découvre des choses. Entre le don surnaturel d'un personnage, et les secrets qui entourent la famille de Violet et Luke, tout n'est pas trop mal ficelé, même si certains éléments sont un peu gros. Lorsque la narratrice raconte ce qui arrive au grenier, j'ai deviné que le responsable n'était pas celui auquel les personnages pensaient. De ce fait, j'ai trouvé que l'auteur mettait du temps à le révéler. Ensuite, la façon dont arrivent certaines choses m'a rappelé le «glamour» des personnages de Marissa Meyer. Bien sûr, vers la fin, on est embarqué dans le suspense, on attend de voir comment tout cela va se terminer, mais ça ne rattrape pas vraiment le reste, pour moi. Je ne pense pas lire la suite, ce roman ayant une fin. On peut donc s'arrêter ici. Je me doute de l'intrigue du tome 2.

Éditeur: Hachette.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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jeudi, 4 janvier 2018

On ne peut pas tout avoir, de Ruth Rendell.

On ne peut pas tout avoir

L'ouvrage:
1990.
Ivor Tesham, politicien ambitieux, décide d'offrir un cadeau d'anniversaire spécial à Hebe, sa maîtresse. Les choses tournent mal, et Hebe meurt dans un accident de voiture, dont les circonstances sont suspectes aux yeux de ceux qui ignorent quel était le cadeau d'Ivor. Par peur d'un scandale qui ruinerait sa carrière, celui-ci tait son implication à la police.

Critique:
Je craignais que ce roman parle beaucoup de politique. Heureusement pour moi, dès le chapitre 1, le narrateur (Rob, le beau-frère d'Ivor) explique qu'il n'y connaît rien, et ne dira que ce qui est nécessaire pour la compréhension de l'histoire.

Je trouve habile de la part de l'auteur d'avoir choisi un narrateur qui n'est pas le principal impliqué. En effet, on se prend de sympathie pour Rob, alors qu'Ivor, même si on peut le comprendre, inspire plutôt de la méfiance, et parfois, de la répugnance. Il est donc confortable d'apprécier le narrateur et sa femme qui expriment des sentiments et des émotions auxquels on s'identifie.

Les personnages sont creusés. Rob parsème son récit de ses considérations quant aux événements, ce qui fait qu'il n'est pas un conteur effacé dont on ne sait rien (comme c'est le cas dans d'autres romans). Son récit alterne avec le journal de Jane (l'amie d'Hebe) dont il a pu avoir une copie.
Jane est très intéressante. À son égard, j'ai oscillé entre compassion et aversion. On la plaint parce qu'on comprend qu'elle a développé des névroses et des obsessions à cause de sa solitude et de sa mésentente avec sa mère. On comprend très vite son but, surtout dû au fait qu'elle enviait Hebe qui avait la chance d'être aimée et piétinait cet amour.

Quant à Ivor, il évolue au cours du roman. Les épreuves et sa façon d'y réagir font qu'il se remet en question. En outre, sa rencontre avec une certaine personne et la manière d'être de celle-ci achèvent sa prise de conscience. Cela fait que le lecteur éprouvera divers sentiments envers lui.

Rien ne traîne. De plus, je n'ai rien prévu. J'étais toujours dans l'expectative. J'ai entrevu certaines choses concernant Jane, mais cela ne m'a pas gênée.

Un bon roman psychologique à suspense!

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur que j'apprécie beaucoup. Comme d'habitude, son interprétation était bonne: vivante, mais pas exagérée. Je regrette que vers la fin, il se soit mis à faire un accent anglophone marqué pour certains noms propres.

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jeudi, 19 octobre 2017

Les 33, d'Héctor Tobar.

Les 33

L'ouvrage:
Ce livre raconte le calvaire des trente-trois hommes enterrés vivants à sept-cents mètres de profondeur, dans la mine chilienne de San José, en 2010.

Critique:
Ce récit étant une histoire vraie, il est plus dur à lire psychologiquement qu'un roman. On se met davantage à la place des personnes qui ont vécu cela.

Héctor Tobar prend le temps de planter le décor. Au début, j'ai pensé que cela serait trop lent, mais je comprenais qu'il fasse ainsi. Sans raconter en détails la vie des trente-trois hommes, il en présente quelques-uns, leur famille... Il évoque ce qui s'est passé juste avant «l'enfermement».

On imagine facilement le genre de choses qui peut arriver dans une situation où un groupe se retrouve enfermé. Des hommes qui ne s'apprécient pas toujours sont obligés de se supporter. Certains ne prennent pas tout de suite la mesure de ce qu'ils vivent (cela occasionnera un «pillage» des réserves de nourriture). Certains ont besoin de soins... Au moins, nous savons (puisque les hommes témoignent) qu'ils s'en sont sortis. C'est un réconfort, même si rien n'est simple.

Naïvement, j'ai cru que dès que les trente-trois ont été localisés, les sauveteurs pouvaient les atteindre très rapidement. Or, cela n'a pas été le cas. L'auteur explique en détails comment, au début, la mine n'a cessé de «cracher» de la boue, des pierres, etc. Ils n'ont pas eu affaire à un petit éboulement. J'aurais donc dû me douter que le sauvetage ne serait pas aisé. Cela provoque d'autres tensions chez les hommes. Il est impossible d'imaginer comment ils ont pu supporter tout cela, même si l'homme a une grande capacité d'adaptation.

Le romancier raconte la solidarité, les actes héroïques des trente-trois, mais aussi la bêtise de ceux qui gèrent cela d'en haut. Certains éléments feront frémir. Par exemple, le premier à parler aux hommes emmurés sera... une personnalité politique. Alors que l'heure est grave, on pense d'abord à soi, à son petit pouvoir, à se faire mousser... Cela m'a vraiment écoeurée. Je donnerai aussi l'exemple du psychologue qui, par la suite, accorde un très petit temps de conversation aux hommes avec les familles.

Lorsqu'on vit un événement traumatisant, on pense à s'en tirer, on ne prévoit pas l'après. Pourtant, cela ne s'arrête pas à la fin du calvaire, d'autant qu'ici, les hommes ont fait le pacte de ne pas en parler. Héctor Tobar prend le temps d'expliquer comment certains font pour oublier, se rendant très vite compte que l'enfouissement en soi n'est pas la solution.

Quelques mois avant de me plonger dans ce témoignage, j'ai tenté de lire une oeuvre de fiction racontant un récit de ce genre: «Les roses noires», d'Antoine B. Daniel. Étrangement, je n'ai pas réussi à le lire... Je me souviens que quelque chose m'a arrêtée dès le début, mais je ne sais plus quoi... Je le réessaierai peut-être.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur. Ici, il n'a pas démérité. Il a su mettre la dose de jeu et de tension nécessaire sans jamais en faire trop. Il n'est absolument pas tombé dans le pathos et la mièvrerie, ce qu'à mon avis, certains (même des professionnels) auraient fait, et qui aurait été un énorme gâchis.

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jeudi, 12 octobre 2017

Maintenant qu'il est trop tard, de Jessica Warman.

Maintenant qu'il est trop tard

L'ouvrage:
Nuit du nouvel an, 1986. Tabitha, quatre ans, est enlevée. Sa soeur (Samantha, sept ans), et Rémi (ami de celle-ci) voient la chose se produire. Ils vont immédiatement prévenir leurs parents qui festoient ensemble. Ils ont reconnu le ravisseur. C'est Steven, le petit ami de Gretchen, la soeur aînée de Samantha et Tabitha.
Dix ans plus tard, les familles impliquées restent marquées par le drame.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Je suis un peu étonnée qu'il soit pour la jeunesse, car je l'ai trouvé assez dur moralement.

L'auteur fait quelque chose qu'en général, je n'aime pas: des louvoiements entre le passé proche (il y a quelques mois), le présent (été 1996), et le passé (dix ans plus tôt). Ici, cela ne m'a pas gênée parce que cela n'engendre pas de lenteurs ou de redondances (ce qui est souvent le cas dans les romans où les auteurs agissent ainsi). D'une manière générale, je n'ai pas trouvé de temps morts. Il n'est pas facile de parler de l'intrigue, parce qu'il faut en dévoiler le moins possible. Jessica Warman parvient à créer une ambiance oppressante. Les personnages se débattent dans leur mal être, dans les non-dits, les malentendus... L'auteur a l'art d'amener les rebondissements. Je pense surtout à la scène que Samantha et Remy surprennent: Gretchen pleurant dans les bras d'Abby et avouant son impuissance, suivie de la découverte que font les adolescents.

Samantha (la narratrice) explique comment sa famille a vécu l'après. Entre dépressions, palliatifs, dérivatifs, chacun s'en sort comme il peut. L'héroïne semble être celle qui gère cela le mieux. À un moment, lors d'une séance avec un groupe de soutien, les parents de l'adolescente expliquent qu'ils seront soulagés lorsque le meurtrier de leur fille sera exécuté. Noah (l'un des participants) leur dit que cela ne changera rien à leur douleur. C'est une question effrayante. En effet, on imagine que le fait que la justice agisse apportera au moins un peu de soulagement. Mais qu'en est-il si cela ne change rien?

J'ai compris la forme de justice que voulaient exercer les personnages, mais je me demande si avant, il n'aurait pas fallu faire parler le coupable.

Un roman aux protagonistes travaillés, à l'ambiance saisissante, à l'intrigue aboutie.

Éditeur: Pocket jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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