Lecteur : Vanderperren Suzanne

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jeudi, 26 août 2010

Les quarante signes de la pluie, de Kim Stanley Robinson.

Les quarante signes de la pluie

L'ouvrage:
Anna Quibler est scientifique. Elle a deux enfants, Nick et Joe. En ce moment, c'est Charlie, le mari d'Anna, qui est homme au foyer, et s'occupe de Joe.
Anna et Charlie tentent de faire comprendre à leur entourage quels sont les dangers du réchauffement climatique.

Critique:
J'avais peur que ce livre soit une véhémente diatribe, pleine de jargon, à l'intrigue bâclée, manifestant à toutes les pages. Au départ, je l'ai choisi parce que j'aimais bien la lectrice. Mes craintes ont été vite dissipées. Ce livre est intéressant par plusieurs côtés.

D'abord, l'auteur invente des personnages fouillés, intéressants, et attachants. On les suit avec intérêt tant sur le plan personnel que professionnel.
En outre, ce livre est très loin de se résumer à une histoire de réchauffement climatique. L'auteur en parle, bien sûr, et cela prend une place importante. Néanmoins, beaucoup d'autres thèmes sont abordés avec justesse: la famille, les relations entre collègues, entre amis, l'amour...
J'ai trouvé très bien que ce soit Charlie qui joue le rôle de l'homme au foyer. Pour une fois, ce n'est pas la femme qui s'occupe du bébé. Le couple est organisé, Charlie s'en sort très bien, et on a droit, en plus, à certaines scènes savoureuses, comme par exemple celle où Charlie doit aller rencontrer le président d'urgence... avec Joe sur le dos. En outre, lire le récit des journées de Charlie et de Joe est divertissant.

J'ai également été heureuse de lire un roman où il n'y avait aucune attirance ambiguë d'un protagoniste pour un collègue de travail. Enfin une histoire où on sait pourquoi le couple s'est marié: par amour! Étant donnés tous les livres contemporains où l'un des protagonistes est mal marié, et où on a envie de lui botter les fesses en lui demandant pourquoi il l'a fait, ce roman est une bouffée d'air frais. Seule chose un peu embêtante: Charlie et Anna s'abreuvent de mots doux, ce qui rend leur couple un peu moins naturel.

L'histoire d'amour qui surgit au détour d'un ascenseur est peut-être un peu téléphonée. Mais elle n'est pas vraiment réglée, à la fin, ce qui la rend un peu moins clichée.
Globalement, l'intrigue est bien menée, et ce qu'on pourrait prendre pour des longueurs n'en sont pas, à mon avis. L'auteur prend le temps de nous décrire la vie de ses personnages, et c'est très intéressant.
L'auteur a même réussi à m'intéresser aux travaux menés par Franck et Anna. Pourtant, en général, lorsqu'il s'agit de ce genre de choses, ça devient très vite trop compliqué pour moi.
Outre certaines situations vécues par Joe et Charlie, l'auteur introduit des situations cocasses tout au long du roman: Franck escaladant un immeuble, Anna tirant son lait en travaillant, Nick et Anna à l'école, Charlie sortant sans Joe et ne parvenant pas à s'y habituer, etc.
La fin est conforme au reste du livre. Elle ne détonne pas.

Quant au réchauffement climatique, l'auteur se borne à exposer des faits, et à constater. Je sais qu'il y a deux écoles: celle qui pense que les actes humains sont trop minimes pour engendrer les catastrophes prédites par l'autre, et celle qui dit que l'homme est responsable de la déchéance de la planète, mais pourrait encore y remédier en adoptant d'autres façons de faire. Étant absolument ignare à ce sujet, je ne sais pas qui croire, mais je pense qu'on peut toujours essayer d'adopter les méthodes qui amélioreraient la condition de la planète. Cela ne demanderait qu'un peu d'adaptation. Soit, l'adaptation serait peut-être importante, mais pourquoi ne pas essayer?

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
Suzanne Vanderperren a une voix plutôt sobre. Néanmoins, elle sait mettre le ton approprié sans trop en faire. J'apprécie sa façon de lire.

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lundi, 14 juillet 2008

Le bateau du matin, de Lorraine Fouchet.

Le bateau du matin

L'ouvrage:
Alexis Foresta est avocat. Il a élevé seul sa fille, Eva. Ils sont très proches l'un de l'autre. Ce matin-là, ils se disputent. Eva cherche à s'affirmer, à faire valoir son opinion, son amour pour la musique, ses raisons d'avoir rompu avec Florent. Elle s'emporte. Ils ont des mots.

Erlé Legal est un ébéniste breton. Il aime bien inventer le passé des meubles.
Delphine a rompu avec lui. Mais ce jour-là, elle l'appelle au secours, car l'homme avec qui elle vit la frappe. Erlé va la chercher à Paris, malgré le fait qu'il n'a pas le droit de prendre le volant sous peine de se voir retirer son permis de conduire. En effet, il a écopé de cette peine car il a été arrêté pour conduite en état d'ivresse. Il a juré de ne plus toucher une goutte d'alcool.

Zaka Djemad a bientôt dix-huit ans. Elle prépare un examen pour entrer dans une école de dessin. Elle a placé tous ses espoirs dans cet examen. Dessiner est sa vocation. Son frère, Kamel, qui est, en l'absence du père, le chef de famille, ne comprend pas bien pourquoi elle tient tant à cela. Il a d'autres projets pour elle.

Nestor Dumont est un professeur de philosophie à la retraite. Il a survécu à la canicule. Pour lui, c'est un miracle. Il a décidé de faire une liste de tout ce qu'il voudrait faire avant de mourir, et de réaliser le plus de voeux qu'il pourra.
Ce jour-là, il va apprendre à se servir du cadeau que lui ont fait ses collègues pour son départ à la retraite: un appareil photo numérique.

Gildas Murat est interne. Il fait souvent des gardes aux urgences pour arrondir ses fins de mois. Ce soir-là, il est justement de garde...

Certains de ces personnages vont se rencontrer pendant une minute fatale. D'autres arriveront après. Ce soir d'août 2003, leur destin se joue, et ils ne le savent pas.

Critique:
Les habitués de ce blog qui auraient lu ce livre diront: "Haha! La Livrophile va le descendre en mettant ses clichés en avant!" Eh bien non. Certes, il y a des clichés qui m'ont agacée, mais mon impression générale est bonne.

Le plus gros cliché est certainement le coup de foudre d'Erlé lorsqu'il rencontre l'un des autres personnages. Je reste intraitable là-dessus: un coup de foudre, c'est trop invraisemblable. Et puis ce qu'il fait pour rattraper le sac de celle qu'il aime alors qu'il ne la connaît même pas... Et le fait qu'il tombe justement follement amoureux de cette personne-là...!!!
La gentillesse maladive d'Erlé est aussi exaspérante. Son comportement vis-à-vis de Delphine, par exemple, fait un peu tiquer le lecteur. On me rétorquera que la gentillesse d'Erlé finit par porter ses fruits. Oui, mais nous sommes dans un roman: cela ne se passe pas souvent comme ça dans la vie, malheureusement.
J'ai pensé pareil lorsque Gildas sacrifie sa moto. Il n'a pas affaire à une ingrate, il sait que c'est très important, mais il a quand même trimé pour se la payer...

Le personnage d'Eva m'a souvent ennuyée pendant ma lecture. Pourtant, si on se met à sa place, on comprend ses raisons. Elle est impulsive, et agit de manière démesurée, mais finalement, on peut comprendre qu'elle veuille tout faire pour venger, en quelque sorte, son père. Elle fait tout ce qu'elle peut, quitte à se montrer injuste, parce qu'elle croit être juste, et que c'est la seule chose qu'elle puisse faire pour son père.

On pourrait aussi m'objecter qu'il est tout de même étrange que tous ces personnages (surtout l'un d'eux) se trouvent là à ce moment précis, et jouent tous un rôle plus ou moins important dans ce qui arrive. Personnellement, je trouve que cela n'a rien d'absurde, sauf peut-être la présence d'un certain objet, et le fait que le propriétaire de cet objet ait justement de manière fortuite fait en sorte que le moment fatal puisse être revécu...

Beaucoup de personnages sont attachants. On les sent battants, on a envie qu'ils s'en sortent: Zaka, Gildas, Erlé.
Kamel peut paraître caricatural, englué dans ses certitudes de ce qui est bien pour sa soeur. En fait, son personnage est plus complexe que cela. C'est une bonne chose. Kamel n'agit pas par conviction, mais par besoin. Il ne se rend pas compte que ce qu'il veut faire à sa soeur est une atteinte à sa liberté d'être.
Seul, le personnage de Florent est un peu caricatural... Il est maladivement obstiné comme un enfant capricieux, ou un fou.

Malgré la gravité du roman, plusieurs passages sont amusants: la rencontre d'Erlé et de Jack, la plongée de Kamel et de Florent (vers la fin), la façon dont Patrick Murat finit par "accepter" Gildas, les particularités d'Erlé, la façon dont Nestor est souvent décrit, la manière dont Jules apprend à Zaka le résultat des examens, la remarque d'un marin lorsqu'Erlé descend à toute vitesse du bateau avant qu'il ne démarre...

Une grande partie du roman a lieu dans l'île de Groix. Là aussi, on me dira que c'est un peu gros: les personnages qui se cherchent finissent par se rencontrer. Oui, c'est un peu gros, mais l'île de Groix est très petite. ;-)

Malgré quelques coïncidences un peu grosses et quelques clichés, ce livre a su me captiver. Je voulais savoir la suite. Par certains côtés, le roman est peut-être un peu léger, mais je suis très vite entrée dedans, et ai tout de suite adhéré à l'histoire de chaque personnage. Beaucoup de thèmes sont abordés: l'amour, le mariage forcé, le hasard... J'ai aimé l'histoire, le décor de l'île de Groix. La fin est peut-être trop convenue, mais j'ai été heureuse que Lorraine Fouchet ait terminé son livre ainsi. C'est un livre de vacances. Cependant, il fait réfléchir un peu... Les leçons que j'en tire? Ne vous précipitez pas sur une conclusion trop simple, et surtout, bannissez la superstition de votre esprit!

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

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