Lecteur : Vanderperren Suzanne

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mercredi, 13 août 2014

172 heures sur la Lune, de Johan Harstad.

172h sur la Lune

L'ouvrage:
La Nasa décide de programmer une nouvelle expédition sur la Lune. Cela sera très médiatisé. Afin de toucher toutes les tranches d'âge, il est décidé que trois adolescents, tirés au sort seront du voyage.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. Au début, je l'ai beaucoup aimé. L'auteur présente ses personnages, on s'attache tout de suite à eux. J'ai surtout apprécié Mia qui ne s'en laisse pas conter, et qui ne supporte pas qu'on décide à sa place. En outre, elle est la seule à ne pas trouver que cette expédition est une aubaine. J'aurais réagi comme elle. Chacun y voit une occasion de se faire mousser, d'être vu à la télé, qu'on parle d'eux. Personne (sauf Mia) n'a envie de continuer tranquillement sa vie. Excepté elle, ces gens ne se satisfont pas de ce qu'ils ont.

Ensuite, j'ai mis longtemps à comprendre où l'auteur voulait aller. J'aime être surprise par une intrigue. En outre, celle-ci est exempte de temps morts.

Lorsque l'auteur dévoile ses batteries, j'ai d'abord apprécié l'idée. Outre que l'étau se resserre sur nos héros, et que le suspense est habilement distillé, des questions intéressantes sont soulevées, notamment les raisons qui poussent les humains à frayer avec quelque chose qu'ils savent dangereux. C'est expliqué, mais les humains n'ont que des théories. Donc pourquoi ne pas laisser le danger où il est?

C'est la fin qui m'a déplu. D'abord, je trouve qu'elle ressemble à la fin d'un mauvais film d'épouvante. Je l'avais prévue, à un certain moment, en espérant que l'auteur ne glisserait pas dans cette facilité. D'autre part, j'aurais aimé que l'auteur explique (même après coup) à quel moment la chose s'est faite.
Pour moi, cette fin a gâché le reste. Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de fins possibles, mais j'aurais préféré que l'auteur choisisse l'autre possibilité.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
Je suis toujours contente de retrouver cette lectrice dont la voix et l'interprétation me plaisent. J'ai quand même été un peu déçue qu'elle prononce les noms anglophones avec un accent. Bien sûr, j'ai apprécié qu'elle prononce les phrases entières en anglais avec l'accent approprié. C'est trouver quelques mots dits à l'anglaise dans un texte en français qui ne me semble pas naturel.

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vendredi, 21 septembre 2012

Orages sur Calcutta, d'Éric le Nabour.

Orages sur Calcutta

L'ouvrage:
Calcutta, fin 1939.
Mardukar Pradesh revient dans sa famille, après avoir passé quatre ans à étudier en Angleterre. Il compte bien ouvrir un cabinet d'avocat. Chez lui, il ne retrouve que son frère, Sanjay. Il lui apprend que leurs parents et leur soeur sont morts dans un accident ferroviaire. En outre, Sanjay souhaite se battre pour vaincre les nazis. Pendant qu'il sera au front, il compte sur Mardukar pour superviser l'entreprise paternelle de tabac.

Victoria O'Grady a vingt-six ans. Elle doit prochainement épouser Bob Hopkins. Les deux familles sont ravies d'unir leurs fortunes. L'indifférence de Victoria envers Bob se change peu à peu en aversion. Répulsion renforcée par la vague attirance qu'elle commence à ressentir pour ce jeune indien rencontré à l'hôpital où elle travaille.

Critique:
Ce roman mêle amour et énigme sur fond d'histoire. Bien sûr, certaines choses sont un peu faciles... par exemple, le monde que refuse Victoria paraît odieux, surtout les personnages pleins de fausseté et de convoitise qui y gravitent. Il est vrai que ce monde est vu à travers les yeux de Victoria qui en a tellement assez qu'elle n'en voit que les mauvais côtés. L'auteur corrige quelque peu le tir vers la fin, en montrant des personnages qui ne sont pas exactement pareils, et ne réagissent pas de manière semblable. Ce manichéisme ne m'a pas trop gênée, d'abord parce que certains colons devaient sûrement être ainsi: étalant avec morgue leur luxe, pensant que tout leur était dû, etc. D'autre part, l'auteur décrit très bien ce pays où tout était à deux vitesses, ou le faste côtoyait l'extrême pauvreté.

La structure linéaire de l'intrigue me convient. Il y a bien quelques ellipses, mais elles évitent des lenteurs, donc elles ne sont pas malvenues. Moi qui trouve souvent que les prologues sont inutiles, voire desservent le roman, ici, je pense que l'introduction est pertinente: elle symbolise l'attachement entre les deux frères, et le lecteur y repensera peut-être alors que Sanjay et Mardukar se heurteront parfois, pendant le roman.
La fin me convient. Là encore, on pourrait reprocher un événement un peu facile, mais il ne m'a pas gênée.

Les personnages dits «gentils» ne sont pas sympathiques tout au long du roman. C'est mieux ainsi, car ils ont l'air plus humain.
Victoria peut être agaçante, au début, à retourner ses doutes, à hésiter... Pourtant, elle n'aurait pas été crédible si elle avait tout laissé tomber tout de suite de manière insouciante. Ensuite, j'ai pensé que coupée de son monde luxueux, elle se transformerait en petite fille capricieuse et imbuvable. C'est ici qu'on peut soit l'admirer, soit penser qu'elle n'est pas crédible.

Sanjay m'a également agacée, au début, à faire son caprice pour aller se battre. Cette obsession n'était pas à son honneur, à mon avis, d'abord parce qu'il aurait effectivement pu être un poids pour ses compagnons. Ensuite, il voyait bien que son frère ne tenait pas à diriger l'entreprise, il aurait dû se douter que cela tournerait mal. Cependant, son intention était pure, il était réellement révolté des actes d'Hitler, et plaçait le sort d'un peuple avant le sien. Cette abnégation était louable.

Quant à Mardukar, il se fourvoie souvent (l'une de ses erreurs est d'ailleurs un peu grosse, même pour lui), mais à l'instar de son frère, il évolue, réfléchit, et finit par se remettre en question, même si cela lui est difficile.
Les histoires d'amour sont peut-être un peu faciles, mais elles s'inscrivent bien dans le roman, dans la vie des personnages.

Un livre qui détend, une fresque qui fait passer un bon moment, dans laquelle l'auteur parvient à immerger son lecteur. À lire pour se détendre.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver la voix si particulière (à la fois feutrée et dynamique) de cette lectrice. En outre, elle ne cabotine jamais, restant sobre et naturelle. Je regrette que depuis quelques livres, elle prononce certains noms en tentant de prendre un accent anglophone. Cela gâche un peu sa prestation qui, par ailleurs, est de qualité.

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mardi, 24 juillet 2012

Thérapie, de Sebastian Fitzek.

Thérapie

L'ouvrage:
Joséphine Larenz (Josy) a douze ans. Depuis plusieurs mois, elle souffre de maux inexpliqués. C'est alors qu'elle disparaît.
Quatre ans plus tard, son père, VViktor, ancien psychiatre de renom, est sûr de savoir enfin ce qui lui est arrivé.

Critique:
Le point fort de ce roman, c'est que le lecteur n'a aucune seconde de répit. L'auteur nous plonge tout de suite dans une atmosphère mystérieuse et étouffante qui s'épaissit au fur et à mesure de la lecture. L'ambiance est assez importante: cette petite île perdue, battue par le vent, coupée de tout, est propice aux événements étranges. C'est d'ailleurs pour cela que le lecteur acceptera facilement certaines incongruités qui, pourtant, sont très grosses. Par exemple, je n'ai pas bronché quand il est dit à plusieurs reprises que malgré la pluie, les vêtement et les chaussures d'Anna Spiegel sont immaculés lorsqu'elle arrive chez VViktor. Je me suis demandé comment l'auteur allait résoudre ce genre d'énigmes, mais je ne m'inquiétais pas, Sebastian Fitzek les pointant du doigt plusieurs fois, il voulait que le lecteur se les rappelle bien, et n'oublie pas de chercher leur résolution dans la solution.
En outre, les rebondissements s'enchaînent très rapidement.

Bien sûr, certains aspects de la structure sont quelque peu déloyaux. Par exemple, le prologue est un moment haletant qu'il sera difficile de replacer dans le temps. C'est intéressant, car cela complique un peu la tâche du lecteur, mais je trouve cette ficelle un peu facile.
J'ai bien conscience que ce reproche est du pinaillage. ;-)
D'autre part, il y a quand même des chapitres où il ne se passe rien, comme le chapitre 16, par exemple. Ces chapitres pourraient être inutiles, cependant, ils sont une petite pause pour le lecteur, et ils trouvent leur intérêt à la fin, car ils expliquent de petits détails.

Je ne sais pas à quel point le romancier s'est documenté quant aux maladies mentales qu'il décrit, mais ce qu'il en dit est très intéressant. Je connaissais l'une d'elles, et je ne pensais pas que l'autre pouvait exister de manière si poussée.

J'ai un autre petit reproche: il concerne la personne coupable de ce qui arriva à Josy. Certes, cette solution explique très bien et de manière plausible toutes les incongruités qu'on pourrait trouver. Cependant, c'est une solution que je voyais venir depuis un moment tout en la redoutant. L'écrivain n'a donc pas su totalement me surprendre. De plus, je trouve cette ficelle trop facile. C'est une échappatoire que je juge déloyale. Enfin, elle fait partie de ces ficelles qu'on ne peut pas utiliser dans trop de livres, car elle s'use vite. Si elle est renversante, après qu'on l'a rencontrée une ou deux fois, elle perd son attrait.
Cette déception a été un peu rattrapée par la façon dont Sebastian Fitzek l'a «accompagnée». En effet, la manière dont VViktor parvient à savoir ce qui est arrivé est assez impressionnante. Généralement, les auteurs employant cette ficelle ne la poussent pas aussi loin que l'a fait Sebastian Fitzek, et cela la renouvelle, lui donne plus de substance.
Ma déception a également été atténuée par la découverte finale, et surtout le fait que VViktor a pu le savoir.

Les personnages ne sont pas très consistants, excepté VViktor. Ce n'est pas gênant, car l'intrigue est ce sur quoi l'auteur focalise l'attention du lecteur. Par ailleurs, seul VViktor est réellement digne d'intérêt. Les autres ne font que graviter autour de lui. On ne sera donc pas trop déçu de leur banalité.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
La lectrice lit toujours aussi bien. Parfois, sa voix s'enroue, et déraille un peu.
Un morceau de chapitre et les derniers chapitres sont enregistrés par une autre lectrice. Je trouve cela dommage. Je me doute que c'est dû à des raisons techniques, mais il est regrettable qu'on n'ait pas fait relire les parties problématiques à Suzanne Vanderperren.

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jeudi, 17 mai 2012

Urgence ultime, de Katherine Howell.

Urgence ultime

L'ouvrage:
Sophie Phillips est urgentiste. Son mari, Chris, est policier. Ils ont un enfant de dix mois.
Depuis quelques semaines, leurs relations se dégradent. Chris a été agressé dans l'exercice de ses fonctions, et refuse d'en parler. Il se montre toujours irritable lorsque le sujet est abordé, ce qui engendre des disputes entre sa femme et lui.
Le couple ne sait pas qu'il est sur le point de vivre la pire épreuve qui soit.

Critique:
Je vais sûrement paraître sévère, mais beaucoup de choses m'ont dérangées dans ce roman. D'abord, l'auteur utilise des procédés éculés afin de retarder certaines révélations. Par exemple, Chris atermoie, larmoie, se lamente pendant des pages. Il s'accuse, se flagelle, et pendant ce temps, l'intrigue n'avance pas! Plusieurs scènes le montrent voulant à toute force sortir de l'hôpital, afin d'aller dire à on ne sait encore qui qu'il a compris la leçon, qu'il ne le fera plus... Outre que cela retarde l'intrigue, Chris m'a profondément ennuyée. Pourtant, son but était honorable. Je pense que c'est sa façon d'agir envers Sophie, et ensuite de vouloir tout maîtriser alors qu'il tient à peine debout qui m'ont agacée. Du coup, il n'a pas l'air héroïque ou sympathique, mais ridicule.
Et puis, tout cacher à Sophie, refuser de communiquer parce que le pauvre chou continue de se flageller en silence, et donc se punit doublement en épargnant Sophie... ce manque de communication est bien exploité, au début, mais ensuite, il devient pénible parce que ridicule. Chacun s'accuse devant l'autre, puis pense que l'autre le tient pour responsable...!

Quant à Sophie, elle n'est pas mieux, au moment de l'enquête. Elle accumule les inepties. En général, dans un livre, je comprends et partage la douleur d'une mère qui cherche son enfant, et j'excuse ses actes. Mais là... Sophie avait beau être excusable, elle a eu beau prendre la mesure de ce qu'elle faisait, je l'ai trouvée grandiloquente. Je sais que sa situation ferait faire n'importe quoi, mais là, elle ne m'a pas convaincue. Elle s'est jetée sur une idée sans le moindre commencement de preuve (elle pensait en avoir, mais cela ne l'excuse pas), et fait absolument n'importe quoi.
Au début de l'enquête, elle trouve n'importe quel prétexte pour faire le tour des maisons et chercher son enfant... Mais outre que ce n'est pas très crédible, elle aurait dû savoir qu'on ne montre pas un enfant que l'on veut cacher, même si la personne en face parle de méningite foudroyante, surtout parce que quand on est coupable, on sait que tout le monde recherchera l'enfant.

D'une manière générale, les personnages ne sont pas vraiment creusés. Je n'ai rien trouvé qui les démarquerait du lot tout en les faisant ressembler à n'importe qui. Ils ont un métier qu'ils aiment, et qu'ils tentent de faire au mieux, traversent une crise... cela devrait les inscrire dans une sorte de réalité. Pourtant, ils ne m'ont pas convaincue.
Il y a un passage intéressant: quand Chris se dispute avec Gloria. Deux points de vue se confrontent, et le lecteur ne peut décider lequel prévaut. Sûrement celui de Gloria, tout au moins en ce qui concerne le père de Chris. Chris qui aime sa femme, son fils, sa mère, mais n'arrête pas d'agir bêtement avec eux et de les rejeter.

D'autre part, Chris et Sophie émettent tous deux des hypothèses quant aux raisons de ce qui est arrivé. Elles sont crédibles et cohérentes. Cependant, l'auteur fait durer le tout bien trop longtemps.
Et puis, j'ai soupçonné l'un des coupables bien avant les personnages, ce qui fait que l'attente m'a paru plus longue.
J'ai trouvé un peu gros qu'à partir du moment où ils enquêtent sur la disparition d'un enfant, ils tombent presque toujours dans des maisons aux bébés maltraités ou cachés...
Une autre ficelle surexploitée est celle de la personne qui se fait passer pour ce qu'elle n'est pas afin de faire taire un individu gênant.
J'ai donc passé une grande partie du roman à pester après les personnages, et après les énormes ficelles employées par l'auteur.

Lorsque j'ai fini par savoir ce qui s'est passé, j'ai repensé à certaines choses dites par certains personnages, et là, j'ai trouvé que l'auteur avait finement joué. Il y a notamment une chose d'une cruauté et d'une ironie sans bornes dite par l'un des coupables, au détour d'une conversation...
Une autre bonne chose est le début du livre jusqu'au malheur qui frappe les Phillips. La situation est bien posée, les personnages sont crédibles, on les voit dans leur quotidien. Tout cela est intéressant. Par ailleurs, le roman commence sur un moment de tension, ce qui ne pourra qu'attirer et immerger tout de suite le lecteur.
Malgré ces points positifs (qui me semblent moindres par rapport au reste), je ne recommande pas ce livre.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
En général, j'apprécie cette lectrice qui a une voix douce et énergique. Elle sait mêler un peu de jeu à un ton sobre, et c'est très bien. Pour ce livre, j'ai juste un petit reproche à lui faire: vers le chapitre 10, elle s'est mise à prononcer «Chris», «Sawyer» et d'autres en tentant un accent anglophone. Je ne sais pas pourquoi... je me souviens d'elle prononçant normalement les noms, notamment dans «Les quarante signes de la pluie», et là, elle change... Outre que je trouve cela affreux, cela fait qu'elle prononce «Sawyer» de deux manières totalement différentes. Bien sûr, la première n'était pas forcément la meilleure, mais elle aurait pu le prononcer sans affecter un accent... tout comme «Chris». Quel besoin avait-elle de faire un «r» à la simili-anglaise?! Si les lecteurs qui prononçaient les noms anglophones de manière naturelle se mettent à singer les accents, rien ne va plus... :-(

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mercredi, 12 janvier 2011

La caravelle liberté, de Marie-Reine de Jaham.

La caravelle liberté

L'ouvrage:
Martinique, 1793. Ruth de Fronsac tente de maintenir la plantation qu'elle héritera de son grand-père. Elle dirige tout d'une main de fer, mais doit compter avec les caprices du vieil homme (qui perd peu à peu la raison), et les fantômes d'Iris et Mardoché qui planent au-dessus de la plantation.

C'est alors qu'on apprend aux colons que les Anglais seraient intéressés par la Martinique.

Critique:
Voilà un livre bien écrit, et dont l'intrigue mêle habilement l'histoire d'une famille à l'Histoire. Si le livre évoque un pan de l'Histoire assez connu, les faits rapportés ici le sont peut-être moins. Je ne savais pas, pour ma part, que la Martinique avait intéressé les Anglais.
L'intrigue ne souffre pas de longueurs. Il n'y a pas, à proprement parler, de rebondissements. L'auteur est très centrée sur ses personnages, et met quelque peu les événements à leur service. Ils lui servent à décrire savamment la psychologie des protagonistes du roman.

Le personnage le plus complexe est sûrement celui de Ruth. Tiraillée entre plusieurs forces contraires et idéaux, elle a bien du mal à concilier aspirations,devoir, orgueil... Sa relation avec son grand-père est très réaliste. Ils s'aiment, mais se déchirent au gré des caprices de celui-ci, et également lorsqu'il n'hésite pas à lui rappeler qu'elle n'arrive pas à la cheville d'Iris. Iris qu'il magnifie, dans le souvenir de laquelle il vit, dans l'ombre de laquelle il force Ruth à vivre.

Ruth est atypique: elle vit avec son temps, mais a également des idées avant-gardistes, tant au niveau de la façon de gérer la plantation qu'au niveau de ses relations avec les esclaves. Elle les respecte, même si, parfois, des crises de rage et d'autorité font qu'elle rabaisse sa fidèle servante et son amant. Elle se débat entre le monde libre qu'elle souhaite, et les contraintes oppressantes de la colonisation, et les castes qu'elle a engendrées.
Cela est également illustré par la relation compliquée qu'elle a avec Raphaël. Elle l'aime, a besoin de lui, mais ne parvient pas toujours à le traiter en égal.

Si le lecteur comprend ce qui torture Ruth, il blâmera sa sottise dans l'affaire Lou et Thomas. Comment Ruth si clairvoyante, si avisée, a-t-elle pu se comporter aussi légèrement? Pourquoi s'entiche-t-elle de Thomas au premier regard? Cela fait qu'elle perd beaucoup de sa superbe. Par cet attachement irraisonné, elle illustre le cliché de la femme en mal d'enfants. Elle se banalise en montrant qu'elle a besoin d'un enfant pour être totalement épanouie, et en jetant son dévolu sur le premier venu.
Je n'ai pas vraiment apprécié Thomas parce que je n'ai pas pu le cerner. Il est jeune, certes, et ballotté entre Lou et Ruth. Mais je n'ai pas trouvé ce que j'ai vu digne d'intérêt. Il ne sait que réclamer, et quand Ruth tombe en disgrâce, il lui tourne le dos aussi promptement qu'il l'aurait fait à un insecte. Ruth a l'air ridicule: elle se laisse attendrir par un câlin, sans remarquer que le fils est aussi intéressé que la mère.
J'ai également trouvé exaspérant que Ruth se mette à croire en Dieu parce que Thomas a guéri après une prière. En gros, Thomas la rend stupide...

Concernant Lou, Ruth est également très légère. Au départ, elle apprend à quoi s'en tenir, et le lecteur pense qu'elle en a tiré une leçon. Cependant, elle finit par faire confiance à Lou, et lui confie beaucoup de choses. Croit-elle qu'une personne change parce que la personne en face le souhaite?
Lou est peut-être un peu caricaturale, mais cela ne m'a pas vraiment dérangée. Il est vrai que je l'ai plus méprisée que détestée.

Le personnage de Lucas est intéressant. Je ne partage pas certaines de ses idées. Il pense que Dieu existe, et que s'il s'auto-flagelle assez longtemps, Dieu lui pardonnera sa lâcheté. Je trouve que c'est juste une excuse pour ne pas admettre qu'à un moment de sa vie, on a été faible. C'est humain. J'aurais trouvé plus franc que Lucas dise qu'il vivra toujours avec ce souvenir peu glorieux plutôt qu'il se cache derrière Dieu.
J'ai pensé que ce qu'il faisait à la fin l'enferrait. Je ne trouve pas que ce soit un acte de courage ou de bravoure, mais quelque chose d'idiot: il tente de racheter sa lâcheté en s'infligeant un autre supplice. Pour moi, c'est une lâcheté supplémentaire, car il ne peut pas tout simplement vivre avec, et admettre qu'il a mal agi. Non, il faut qu'il se flagelle de plus en plus, avec, telle une obsession, cette ambition d'être pardonné par Dieu.
À côté de cela, Lucas est appréciable: il fait bien son travail, et ose tenir tête à Ruth quand il pense qu'elle se fourvoie.

Je suis restée sur ma faim. En effet, à la fin, on sait ce qui s'est passé du point de vue politique. Quant au reste, la vie privée de Ruth, on ne peut que le supposer. On ne sait pas, par exemple, comment tourne Thomas, ni ce qu'il en sera exactement de la relation entre Ruth et Raphaël, même si, pour ce dernier point, on imagine certaines choses.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
Avec sa sobriété coutumière, la lectrice a très bien interprété ce roman, sachant mettre les intonations voulues, sachant nuancer, sans jamais être ni mièvre ni monotone. Elle a su trouver le ton juste pour exprimer les sentiments et les émotions de la narratrice.

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