Si je reste

L'ouvrage:
Oregon.
Ce matin-là, il neige. Assez fort pour fermer les écoles. Pour Mia (dix-sept ans), et son frère, Teddy (huit ans), c'est une aubaine. Leur père est enseignant, il a donc un jour de congé. Voyant cela, leur mère décide de ne pas se rendre à l'agence de voyage où elle travaille. Quelques instants plus tard, la neige semble lâcher prise. La petite famille décide d'aller voir des amis: Henry et Willow. C'est alors que l'accident se produit.
Mia se réveille, et cherche sa famille... C'est alors qu'elle se voit. Elle comprend que son esprit est indépendant de son corps.

Critique:
Le thème principal du livre est la musique. À travers elle, l'auteur exprime beaucoup de choses. D'abord, elle abolit les différences, et en fait des atouts. En effet, Mia est violoncelliste, et son petit ami (Adam), est guitariste dans un groupe de rock. On pourrait croire ces univers opposés. C'est d'ailleurs ce que pense Mia. Et pourtant, si les deux caractères s'accordent, leurs musiques également. Cela est montré la fois où, malgré ses réticences, Mia joue du violoncelle au milieu de gens qui ne font pas forcément le même type de musique, dont Adam. Il y a d'autres exemples dans le roman.
La musique fait également tomber les barrières dont Mia s'entoure involontairement vis-à-vis d'Adam. C'est grâce à leur amour commun de la musique qu'elle parvient à s'investir dans leur relation. J'ai trouvé original le passage où Adam sait la mettre en confiance en lui demandant quelque chose de très simple, qui, au départ, semble impossible à la jeune fille.

La musique a également réuni ses parents, et a fait leur bonheur. Elle fut source de multiples joies pour Mia et sa famille. Elle est la clé du roman, et Gayle Forman lui rend superbement hommage. Mais c'est aussi elle qui pourra être source de douleur à cause des choix qu'elle entraîne, voire de son implacable refus de quelqu'un qui ne l'honorerait pas comme il le faut. C'est une maîtresse exigeante, mais de laquelle certains ne peuvent se passer, et à qui ils sont prêts à beaucoup sacrifier.

Cette manière de chanter la musique force le lecteur à se rendre compte que sans elle, il serait perdu. En effet, si chacun a ses préférences musicales, qui dirait qu'il n'aime aucun style? Qui n'écoute jamais de musique? Qui n'est jamais mis en joie à l'écoute d'un morceau aimé? Même si on préfère comprendre les paroles d'un morceau chanté, il faut reconnaître qu'on aime tous des morceaux qu'on ne comprend pas. La musique nous parle autrement.

L'auteur décrit bien les émois d'une adolescente un peu timide, mais également passionnée, très attachée à sa famille, qui réfléchit, et est très ouverte, même si elle a ses défauts, comme tout le monde. Par exemple, son obstination à vouloir qu'Adam et Kim s'entendent est pénible. Elle est pourtant compréhensible: on souhaite toujours que la personne qu'on aime et son meilleur ami s'entendent, mais cela ne peut pas toujours être le cas.
D'autre part, Mia doute d'elle-même, de ses choix, et c'est une de ses forces. Elle a dix-sept ans, et ne pense pas qu'elle est le centre du monde. Un portrait comme ça, ça fait plaisir quand on voit certains adolescents d'aujourd'hui...

Les autres personnages méritent également qu'on s'y attarde. Ils susciteront tous les émotions du lecteur. C'est sûrement le grand-père de Mia que je préfère, d'abord pour ce qu'il lui dit alors qu'elle est à l'hôpital. Cela montre qu'il a su se dépasser et penser à elle. Ensuite, lors des flashbacks de la jeune fille, on le découvre sage, pudique, allant à l'essentiel.

J'avoue ne pas trop aimer la structure du livre. Cette manière de mélanger le présent et le passé me déplaît. Principalement parce que les souvenirs de Mia rendent encore plus cruel ce qui arrive au début, mais aussi parce qu'en général, je n'aime pas trop cette structure.

Ce livre, c'est la chanson à la fois tendre et violente, douce et cruelle, de la vie. Je comprends qu'il ait ému tant de coeurs, même si ce succès m'a fait aller vers lui à reculons.
Apparemment, il y a une suite. Je compte la lire, mais je ne vois pas trop comment l'auteur a pu écrire une suite. À la fin, tout est dit.

Éditeur: Oh! éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeanne Vancoppenolle pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix douce et agréable. Elle met bien le ton, et ne lit pas trop lentement. Parfois, sa voix n'est pas assez forte, à mon goût, mais c'est du pinaillage. D'autre part, elle a fait quelque chose que je trouve très fort! À un moment, Mia parle d'une chanson écrite par son père. Elle l'écoute, puis la chante. C'est une chanson inventée pour le livre. Je m'attendais donc à ce que la lectrice lise les paroles. Eh bien, elle a pris la peine d'inventer un air à la chanson. Cela dénote un souci du détail que je trouve louable. En outre, bravo à elle pour être parvenue à chanter sur un air inventé. Même si elle l'a fait au fur et à mesure qu'elle chantait, c'est bien pensé. Ça apporte un petit plus à cette version audio.

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