Coeur d'encre

L'ouvrage:
Meggie a douze ans. Son père, Mo, est restaurateur de livres. Il lui a légué l'amour et le respect des livres. Cependant, il ne lui a jamais lu aucune histoire. La mère de Meggie est partie quand elle avait trois ans.

Ce soir-là, un curieux individu, nommé Doigts de poussière, accompagné d'une martre à cornes, rend visite à Mo. Il l'informe que Capricorne le recherche toujours. Le lendemain, Mo part avec sa fille. Ils se rendent chez Elinor, une tante de la mère de Meggie. C'est sans compter avec la pugnacité de Capricorne et les motivations de Doigts de poussière.

Critique:
Ce livre est très gros, et il n'y a aucun moment d'ennui. Cornelia Funke n'a pas besoin de se moquer de son lecteur en 'usant de remplissage. Dans ce roman, elle mêle habilement aventure, énigme, conte... Le lecteur va de rebondissement en péripétie en compagnie de personnages attachants. L'auteur ne manquera pas de glisser quelques notes d'humour, même quand la situation est critique.
À la fin, quelques mystères restent. Peut-être seront-ils éclaircis dans le tome 2. De toute façon, le lecteur peut se les expliquer.

Mo, Elinor, et Meggie révérant les livres, il y a des références à des romans, mais aussi de très beaux passages dépeignant l'amour et le respect porté aux livres.

Cornelia Funke a une imagination si prolifique, elle a un tel talent pour donner vie à ce qu'elle raconte, que le lecteur se retrouvera forcément immergé dans «Coeur d'encre». Certains pourraient soupirer d'exaspération parce que Meggie souhaite que tout se termine bien, mais n'est-ce pas ce que nous voulons tous quant à notre vie? En tout cas, je suis d'accord avec l'héroïne.
J'ai été fascinée par l'idée de personnages de livres entrant dans notre monde et vice-versa car je me suis souvent imaginée de telles choses. Quand j'étais enfant, je souhaitais souvent rencontrer des personnages de livres, aller dans leur monde, qu'ils viennent vivre dans le mien, qu'on soit ami... C'est un peu ce qui arrive ici. Outre des personnages nés de l'imagination de l'auteur, j'ai aimé côtoyer quelques personnages célèbres sortis de leurs contextes. On les voit peu, mais c'est sympathique.
Cette idée est exploitée autrement, et également de manière pertinente dans «Virus LIV 3», de Christian Grenier.

Si chaque personnage touchera le lecteur (sauf peut-être Capricorne et Basta), je m'attarderai sur Doigts de poussière. C'est peut-être celui dont la psychologie est la plus creusée. Il ne veut faire de mal à personne, mais son obsession le pousse à commettre des actes qu'il sait répréhensibles. Ensuite, il apprend quelque chose qui devrait modérer son désir, et pourtant, il n'en est rien. Il ne manquera pas d'émouvoir le lecteur, et gardera une part de mystère.

J'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais j'en dirais trop sur l'intrigue.

Cette romancière fait partie des auteurs pour la jeunesse à côté de laquelle il ne faut absolument pas passer. À l'heure où certains sont plébiscités alors qu'ils écrivent des niaiseries insipides, il faut encourager petits et grands à lire Cornelia Funke!

Éditeur: Gallimard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Tytgat pour la Ligue Braille.
La lectrice a su trouver le ton approprié à cette histoire. Mélange de conte de fées et de roman d'aventure, ce roman n'est pas facile à lire à voix haute. Il est impossible d'avoir une lecture trop sobre sous peine de passer à côté des intentions de l'auteur. Mais le surjeu rendrait le tout invraisemblable. La lectrice s'en sort très bien. Elle a adapté sa lecture: parfois sobre, parfois jouée, toujours juste.

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