Si la vie est un jardin de roses, qu'est-ce que je fais dans les patates?

L'ouvrage:
Erma Bombeck nous livre ici de petites chroniques de la vie quotidienne. Elle puise largement dans son expérience pour évoquer divers sujets.

Critique:
La qualité majeure de ce livre est qu'il fait rire. J'ai même eu deux ou trois fous rires. Cela peut paraître étrange lorsqu'on sait que l'humour utilisé est parfois un peu lourd. Soit, mais ce que raconte Cette mère de famille est si réel! Il est très amusant de voir avec quel tonus et quel à propos elle décrit certaines situations. Sa façon de dire les choses est comique, mais c'est renforcé par le fait qu'on est obligé de constater qu'elle voit toujours juste.

D'une plume vive, alerte, et pas si légère, elle évoque des sujets aussi variés que la famille, la mode, les jeux télévisés.
Même quand les situations sont exagérées, on n'en voudra pas à l'auteur, car là encore, on y croit, ou du moins, on croit que ça pourrait un jour en arriver là. Je pense notamment à Bernice dans le jeu télévisé. D'ailleurs, un tel jeu existe peut-être.
J'ai aimé, entre autres, l'idée du sac structuré: avec des compartiments assignés à des objets précis. Voilà un beau casse-tête qui rendrait fou n'importe qui. À l'instar de la narratrice, je n'aimerais pas qu'on me dicte où je dois ranger tel objet dans mon sac... surtout lorsqu'il s'agit d'objets que je n'ai pas.

Comment ne pas s'esclaffer lorsqu'Erma Bombeck explique des choses simples en apparence, mais dont elle découvre que certains n'ont pas intégré le concept. Je retiendrai surtout le «comment fermer une porte» que je risque de recopier et d'offrir à mon mari. Il n'a pas encore bien compris comment fermer celle de la salle de bains, en décembre, alors qu'une personne gelée essaie de se doucher...
Comment ne pas exulter à la lecture de «comprendre les enfants»? J'ai également bien aimé la loi contre l'abandon d'enfants...
J'ai juste trouvé un peu lourde la scène où les parents veulent déménager, et où les rôles sont inversés.

La fin (le chapitre avant l'épilogue) surprend un peu. Ce chapitre est plutôt grave, alors que le reste est drôle. Il est, lui aussi, très réaliste, mais il casse un peu l'ambiance...

Voici quelques extraits qui ne montrent qu'une infime partie de la drôlerie du livre:
« «Hé! Cyrano! lui ai-je hurlé. Réveille-toi, tu recommences!
-À faire quoi?
-À ronfler.
-Et tu me réveilles pour me dire ça? Je te le répète que je ne ronfle pas! Je le saurais, non?
-C'est aussi logique que dire: «si j'étais amnésique, je m'en souviendrais».
(...)
-Pourquoi ne pas me faire rouler sur le côté?
-Je l'ai fait, une fois. Tu m'as frappée.
(...)»
J'en ai vraiment assez de tous les conseils que donnent les médecins, et qui ne fonctionnent jamais (...). Voici plutôt une liste des seules actions thérapeutiques qui méritent d'être envisagées:
1: Changer de lit. Faire en sorte que le ronfleur se retrouve dans un nouveau lit, de préférence dans une ville lointaine.
2: Retarder son sommeil. Ça marche aussi bien que n'importe quoi d'autre. Au moment où vous vous mettez au lit, tous les deux, mettre les nerfs du conjoint ronfleur à vif en lui disant négligemment: «Euh, le fisc a appelé, aujourd'hui. Ils rappelleront demain.»
Certains spécialistes croient qu'il faut remonter jusqu'aux racines du mal.

Extrait 2:
«Aussi loin que je me souvienne, notre foyer a abrité un quatrième enfant: Jean Sérien. Tout le monde le voit, sauf moi. Ce que je sais, par contre, c'est qu'il est une vraie peste.
«Qui n'a pas refermé la porte?
-J'en sais rien.
-Qui a laissé le savon fondre dans le lavabo?
-J'en sais rien.
-Qui a donc mangé la banane que je réservais pour faire un gâteau?
-J'en sais rien.»
Pour tout dire, Jean Sérien me rendra folle: il a égaré deux parapluies, quatre paires de bottes, et un vélo. La bibliothèque lui réclame treize volumes en retard, il n'a pas rapporté un seul livre de l'école depuis trois ans, il lui est arrivé de laisser dans la voiture une bouteille thermos remplie de lait durant trois semaines! Tenez, l'autre jour, le téléphone sonne. (...) et j'arrive à temps pour voir mon fils raccrocher.
«C'était qui? demandai-je, hors d'haleine.
-J'en sais rien, il a raccroché.»
(...)
«Tu aurais dû voir Jean Sérien! L'autre soir, il est sorti en laissant les lumières allumées partout.»
Combien de temps pourrai-je encore le supporter? J'en sais rien. Ce matin, au déjeuner, je disais à mon mari:
«Qui veut manger du foie, ce soir?»
Levant les yeux, il répondit:
«J'en veux pas!»
Une chose est certaine: Jean Sérien a un petit frère.»

Éditeur: Librairie Beauchemin.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marthe Turgeon pour l'INCA

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