Lecteur : Trouzier Emmanuel

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jeudi, 19 novembre 2015

Jusqu'au dernier, de Nicci French.

Jusqu'au dernier

L'ouvrage:
Ce soir-là, en rentrant de son travail de coursière à vélo, Astrid Bell est renversée par une voisine, Margaret Farrell. L'accident se révèle sans gravité.
Le lendemain, Astrid et ses amis (ils sont sept à vivre dans la même maison) apprennent l'assassinat de Margaret Farrell.

Critique:
J'ai déjà essayé de lire ce roman en VO il y a plusieurs années, et je l'ai abandonné. Je pense qu'à l'époque, j'ai commis l'erreur de le prendre tout de suite après un autre roman des mêmes auteurs. Ensuite, je n'étais pas très fan de la lectrice, qui de surcroît avait également enregistré le roman que j'avais lu juste avant. Ayant découvert qu'un lecteur que j'apprécie beaucoup l'a enregistré (en français), j'ai réessayé. J'ai bien aimé ce roman, d'abord par son atypisme. En effet, ce n'est pas vraiment un polar classique. Il y a bien une enquête, mais les auteurs s'attachent davantage à Astrid et à sa bande d'amis. Pendant assez longtemps, on ne sait pas trop quelle direction prendront les choses. Cela m'a plu, d'autant que je découvrais le caractère et la psychologie de la petite bande. À ce sujet, on éprouve fatalement de l'antipathie à l'égard de quelqu'un, mais elle est teintée de compassion, car les auteurs montrent que ce personnage a quelques circonstances atténuantes.

Ensuite, les auteurs ont manoeuvré bien plus subtilement que dans d'autres romans. Ils parviennent à faire croire certaines choses de manière très convaincante. Lorsque le lecteur apprend les réelles circonstances des événements, rien ne détonne.
Quant au nom du coupable, les auteurs ont été à la fois classiques et surprenants. Cependant, même si vous devinez qui est coupable avant que les auteurs ne le dévoilent, votre lecture ne sera pas gâchée, car le principal n'est pas là. Ce roman est davantage psychologique qu'énigmatique. C'est d'ailleurs pour ça que le coupable se livre au lecteur: le but des auteurs étant de faire froid dans le dos en montrant sa fourberie.

En général, chez Nicci French, les policiers sont assez détestables. Ici, ce n'est pas le cas. J'ai apprécié cette différence, car cette ficelle me plaît de moins en moins, notamment à cause de son utilisation répétée voire abusive.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
Ce lecteur a une voix particulière, de celles qu'on n'oublie pas: claire, grave, parfaite pour être enregistrée. En outre, sa diction est soignée. Je regrette qu'il n'enregistre pas davantage d'ouvrages qui me tentent. Cependant, ici, j'ai été surprise... Peut-être n'a-t-il pas aimé ce roman, en effet, il n'était pas dans le ton. En outre, il a laissé certaines erreurs de lecture.

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mercredi, 13 novembre 2013

L'interprète des maladies, de Jhumpa Lahiri.

L'interprète des maladies

L'ouvrage:
Ce recueil de nouvelles montre des gens dans leur quotidien. Ils sont souvent déchirés entre l'Inde et les États-Unis.

Synopsis des nouvelles:
«Un dérangement provisoire»:
Dans le quartier où vivent Shoba et Shukumar, l'électricité sera coupée tous les soirs pendant une heure pour cause de travaux. Le couple vit une période de marasme. Ce petit désagrément électrique va leur permettre de communiquer.

«Quand monsieur Pirzada venait dîner»:
Lilia raconte une période de sa vie où ses parents accueillaient, certains soirs, un homme. Au départ, ils l'ont invité par solidarité culturelle...

«L'interprète des maladies»:
Monsieur Kapasi est guide touristique. Ce jour-là, il conduit la famille Das. Il les observe...

«Un vrai durwan»:
Boori Ma est concierge dans un immeuble. Elle raconte souvent aux locataires des histoires de sa prétendue splendeur passée.

«Sexy»:
Miranda fréquente un homme marié.

«Madame Sen»:
Le soir, Elliott va chez madame Sen. Elle le garde jusqu'à ce que sa mère puisse venir le chercher. Elle lui parle de son pays.

«Cette maison bénie»:
Sanjiv et Twinkle sont mariés depuis peu. À mesure qu'ils découvrent leur maison, ils trouvent des statues à l'effigie de saints.

«Le traitement de Bibi Haldar»:
Bibi fait des crises. Personne ne trouve ce qu'elle a. De ce fait, personne ne veut l'épouser.

«Le troisième et dernier continent»:
Le héros est indien. Il va vivre aux États-Unis. Il raconte son acclimatation.

Critique:
Jhumpa Lahiri évoque des personnages déchirés entre deux cultures ou bien découvrant une autre culture que la leur, ou se languissant de leur pays, ou enfin, souffrant d'ostracisme. J'ai apprécié sa manière de parler de ces gens ordinaires à travers des thèmes quotidiens.

La première nouvelle m'a beaucoup plu, car l'auteur crée une ambiance étrange. Grâce à cette coupure d'électricité, un couple va parvenir à se parler. En peu de pages, l'auteur décrit leur situation. Si elle est malheureusement banale, elle devient unique ici.

Dans la deuxième nouvelle, j'ai apprécié de voir comment la réalité pouvait être vue de différentes façons. L'héroïne, Lilia, voit bien que ce qu'elle étudie en classe (l'histoire du pays dans lequel elle réside) ne représente qu'une partie de sa culture. Le reste, elle l'apprend à travers l'histoire du mystérieux monsieur Pirzada à qui elle associera toujours les confiseries.

On pourrait rapprocher la quatrième, la sixième, et la huitième nouvelle, car on y trouve des gens mal dans leur peau, qui ne s'adaptent pas, et sont quelque peu rejetés, surtout Bibi et Boori Ma. Ces personnages se débattent dans des problèmes qu'ils n'ont pas la force de résoudre. Madame Sen est victime de son refus de s'adapter. Bibi et Boori Ma sont plutôt victimes de leur entourage. C'est ici que l'auteur s'attache à montrer la bêtise de certains comportements.

J'ai d'abord apprécié le parallèle fait dans «Sexy». Miranda écoute sa collègue raconter les malheurs de sa cousine abandonnée par un mari infidèle, alors qu'elle-même est la maîtresse d'un homme marié. Miranda sait qu'elle est dans une situation délicate qui ne lui apportera que déconvenues, et elle peine à en sortir. Je l'ai parfois trouvée velléitaire.

Je n'ai pas rapproché la septième nouvelle de la première, bien que dans les deux, on voie un couple ayant quelque mal à communiquer. En effet, la ressemblance s'arrête là. Dans «Cette maison bénie», j'ai eu du mal à comprendre Twinkle. Elle représente le personnage déchiré entre deux cultures. Son mari est plus attaché qu'elle à la culture indienne. J'ai quand même eu du mal à comprendre pourquoi ces objets religieux revêtaient une telle importance aux yeux de la jeune femme. Peut-être parce que son mari et elle les découvrent dans leur maison. Peut-être pense-t-elle qu'ils sont comme un cadeau précieux. Elle est d'ailleurs un peu superstitieuse à ce sujet. Mais je n'ai pu m'empêcher de la trouver un peu artificielle.

La dernière nouvelle m'a plu car j'ai aimé cette complicité qui se tisse petit à petit entre le narrateur et sa logeuse. Malgré son caractère pas toujours facile, madame Croft sera la passerelle qui permettra au jeune homme, mais surtout à son épouse, de s'adapter à leur nouveau pays.

Il n'y a que la troisième nouvelle (celle dont le recueil porte le nom) que j'ai moins appréciée. J'ai trouvé que la façon dont elle tournait pouvait faire penser à un mauvais roman à l'eau de rose. Pourquoi l'irascible et inconséquente madame Das intéresse-t-elle tant monsieur Kapasi? Mieux on la connaît, moins on l'apprécie. En effet, je n'aime pas les gens qui s'engluent dans leurs problèmes, deviennent aigris, se plaignent, et ne font rien pour en sortir alors qu'ils le pourraient.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur qui a une voix très agréable: grave et claire. D'autre part, sa façon de lire me plaît beaucoup: il ne tombe ni dans le monotone ni dans le surjeu.

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vendredi, 3 juin 2011

Les morsures de l'ombre, de Karine Giébel.

Les morsures de l'ombre

L'ouvrage:
Ce soir-là, le commandant Benoît Laurent rentre chez lui. Il rencontre une jeune femme en panne de voiture. Il la ramène chez elle.
Le lendemain, il s'éveille au fond d'une cave. Lydia, la jeune femme l'a attiré dans un traquenard parce que, lui dit-elle, il a détruit sa vie, et doit payer. Elle tient à ce qu'il souffre longtemps.

Critique:
Voilà un roman oppressant. L'auteur ne laisse pas de répit à son lecteur: la tension est au rendez-vous à chaque page.
D'autre part, l'analyse psychologique des personnages est bien menée. Karine Giebel sait faire monter l'angoisse, racontant parfaitement harcèlement psychologique, tortures physiques, humiliations... Si certains rivalisent de cruauté, si d'autres agissent stupidement, on ne peut que les comprendre. Je ne les approuve pas, mais leur vécu expliquent facilement leurs actes.

J'ai trouvé le roman un peu lent au début. En effet, à partir du moment où on a compris que Lydia avait enlevé Benoît pour se venger, on sait qu'elle va le harceler. On attend donc de savoir ce qu'elle lui reproche. Ensuite, dès que Lydia donne de petits éléments quant au passé, il est facile au lecteur de savoir ce qui est arrivé. Il y a d'ailleurs une chose qu'à mon avis, Benoît a mis très longtemps à deviner.
Cependant, lorsque Karine Giebel commence à dévoiler certains éléments, elle ne cessera d'étonner le lecteur, tout en le plongeant dans une horreur grandissante. En effet, chaque rebondissement fait monter la tension d'un cran.
Quant aux explications des différentes intrigues, il n'y a aucune incohérence. L'auteur manipule ses personnages et son lecteur jusqu'au bout. J'avais deviné qui tirait les ficelles avant qu'elle ne le dévoile. D'autre part, la façon dont la police finit par avoir la piste de la personne à rechercher est peut-être un peu grosse, mais après tout, pourquoi pas? Ces petits détails ne gâchent pas la lecture. Le roman est bien pensé, rien n'est laissé au hasard.

Les personnages sont assez écoeurants. Benoît passe son temps à faire des conquêtes sans se soucier des souffrances que cela peut engendrer. Lydia est aveuglée par la haine. Gaëlle agit par désespoir... Quant à la personne qui tire les ficelles, malgré ses raisons, je n'ai pas réussi à la plaindre. Cependant, tous ces personnages sont fascinants. D'abord par leur forte personnalité. Ensuite parce qu'ils sont tour à tour victimes et bourreaux.
Je suis contente que l'auteur n'ait pas utilisé le cliché éculé du syndrome de Stockholm. On peut dire qu'elle l'a même «retourné».

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Outre sa voix particulièrement charismatique, le lecteur a su rendre le livre vivant sans cabotiner.

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mardi, 3 mai 2011

Pig Island, de Mo Hayder.

Pig Island

L'ouvrage:
Joe Oakes est journaliste. Il y a vingt ans, il a démasqué Malachy Dove, qui se faisait passer pour un guérisseur. Aujourd'hui, il est invité sur une île, au large de l'Écosse. Malachy Dove a élu domicile sur cette île. Il y a attiré une bande d'illuminés dont il est devenu le gourou. Seulement, il a fini par se retrancher dans un endroit de l'île, et par y vivre en ermite. Les habitants, après avoir observé d'étranges phénomènes (dont une créature a l'air humain pourvue d'une queue), commencent à croire que Malachy invoque le diable.
Joe doit écrire un papier là-dessus.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce livre.
Au long de ma lecture, je l'ai trouvé très bon. D'abord, le lecteur ne peut pas prévoir ce qui se passe. On n'attend pas pendant des pages et des pages que le mystère de l'île soit résolu. Les événements sont autant de rebondissements, entraînant le lecteur dans une course échevelée.

L'angoisse est renforcée par le fait que Malachy semble suivre nos héros pas à pas sans qu'on puisse déterminer d'où viendra le coup. Il semble être partout, guetter et anticiper leurs moindres mouvements.

L'intérêt du lecteur est également éveillé par Angeline et le mystère qu'elle représente. Sa particularité la montre tour à tour comme une créature surnaturelle, une personne née avec une malformation, un symbole de désir et de rejet à la fois. Tout cela est assez intéressant, étant donné ce que représente son «anomalie» pour l'esprit humain.

Les trois personnages principaux (Joe, Lexy, et Angeline), sont intéressants. On ne s'attache pas forcément à eux, car on sent qu'ils ne font pas toujours ce qu'il faudrait, et qu'ils en font trop, la plupart du temps. Cependant, ils ont un certain charisme.

Tout ce bel édifice s'effondre complètement à la fin!Pour moi, elle n'est absolument pas bonne! L'auteur a utilisé une ficelle des plus éculées et des plus simplistes. Outre cela, les écrivains qui ont recours à ce procédé s'arrangent, en général, pour qu'on ne puisse pas les prendre en défaut. Or, ici, il est très facile de trouver les nombreuses failles engendrées par cette façon de faire.
Après, il se peut que j'aie mal compris, et qu'en fait, une autre solution soit à envisager. Si c'est ainsi, c'est bien mieux et bien plus crédible. Mais je ne trouve pas d'indices, à la fin, prouvant que cette seconde solution serait la bonne. En outre, ce que j'ai compris semble être corroboré par quelques phrases de Joe.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du la lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Ce lecteur a une très belle voix. En outre, il a réussi à interpréter ce livre de manière sobre, avec la dose de jeu appropriée pour faire monter l'angoisse chez l'auditeur.

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