La vérité sur Marie

L'ouvrage:
Marie, c'est celle qu'aime le narrateur, celle avec qui il n'est plus depuis plusieurs mois, celle de qui il se languit.
Une nuit, elle l'appelle. Sans explications, elle lui dit, d'une voix affolée, qu'il doit venir tout de suite. Il s'exécute. Marie est sous le choc, car l'homme avec qui elle passait la nuit vient d'avoir une attaque, et a été transporté à l'hôpital. Dans ce moment de détresse, c'est vers son ancien amant qu'elle se tourne.

Critique:
Voilà un livre descriptif, précis, à l'action lente. Je connaissais surtout les romans drôles et absurdes de Jean-Philippe Toussaint, donc cela m'a un peu déroutée. On m'avait pourtant prévenue que ce livre n'avait rien à voir avec des romans comme «Monsieur» et «La salle de bains». J'ai apprécié le style clair, précis et poétique du roman. J'ai moins aimé cette lenteur dans les actions et les événements. Cela peut paraître paradoxal.

Le narrateur réagit de manière inattendue: il aime une femme qui ne l'aime plus, alors, il imagine ce qu'elle fait, sa soirée avant qu'elle ne l'appelle, et même les derniers mois de celui avec qui elle était. C'est assez original et déconcertant à la fois. J'avoue avoir eu du mal à comprendre pourquoi il faisait cela, au début.
J'ai bien aimé le passage dans lequel il explique que finalement, il est content d'avoir donné un prénom erroné à celui avec qui était Marie, et qu'il continue à dessein. On sent une certaine jubilation tout à fait compréhensible. Et puis, ce passage est amusant.

Cette histoire simple montre que rien n'est acquis, rien n'est figé. Ici, Marie et le narrateur sont ballottés par les événements, ils en dépendent totalement. Ils n'auraient pas agi comme ils le font, surtout Marie, s'il n'y avait pas eu cette soirée, puis plus tard, d'autres événements. On a l'impression qu'ils ne sont pas vraiment maîtres de ce qui leur arrive à cause de la soudaineté et de la violence des événements.

Le lecteur sensible, comme moi, sera surtout ému par l'histoire du cheval. Des personnages souffrent, mais c'est le sort du cheval qui m'a le plus touchée. J'ai plaint cet animal à qui on fait vivre un calvaire sans se donner la peine de soigner sa blessure. Quant au Japonais qu'il a blessé en tentant de fuir, je n'ai pas réussi à éprouver de la pitié... Je suis comme ça parce que les hommes sont responsables de leurs actes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort le 17 mars en audio.

Dans l'entretien qui suit le roman, Jean-Philippe Toussaint explique qu'il a tenté d'avoir une lecture sobre, de ne pas jouer le texte. Je comprends ce point de vue, car je déteste qu'on surjoue. Seulement, je pense que l'interprétation aurait mérité un peu plus de tonus. Je l'ai trouvée un peu poussive. À vouloir trop s'effacer, l'auteur a rendu son récit monotone. Cela a contribué au fait que ma lecture a été laborieuse. Je sais qu'il est très difficile de trouver le juste milieu: il faut jouer sans surjouer, mais ne pas être monotone. J'ai conscience de la difficulté du défi.

L'entretien est très intéressant, car l'auteur explique sa démarche de lecteur et d'écrivain.

J'ai bien aimé l'habillage sonore. Il n'y a pas de musique, ce qui m'a ravie. En revanche, les parties sons séparées par des bruits ayant à voir avec les événements racontés. Par exemple, lorsque Marie et le narrateur sont sur l'île d'Elbe, on entend la mer et les mouettes. Cela ne gênera pas ceux qui n'aiment pas l'habillage sonore, car c'est discret, et cela n'intervient pas pendant que l'auteur parle.

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