Le monde selon Garp

L'ouvrage:
À travers la vie de ST Garp, de sa mère, de sa femme, de ses enfants, de ses amis, John Irving décrit un monde, une société.

Critique:
Il n'est pas vraiment facile de chroniquer ce roman. Étant donné son succès, j'ai l'impression que ce que je dirai sera fade.
Pour moi, c'est un roman inclassable. On y trouve des passages loufoques, d'autres graves, d'autres combinant habilement les deux. La façon même dont Garp fut conçu est un épisode rocambolesque. Le voyage presque initiatique que sa mère et lui firent à Vienne est un moment qui aura davantage de portée que ce qu'on pourrait supposer au départ.

Quant aux scènes à la fois cocasses et graves, je pense notamment à celle où Garp tombe sur une enfant qui vient de se faire violer. L'enfant croit d'abord qu'il va lui faire la même chose, puis les policiers pensent pendant un instant que c'est lui... En cherchant à retrouver le satyre, Garp tombe sur un vieillard qu'il entreprend de déculotter afin de le renifler pour déceler l'odeur du sperme, ce qui fait que le vieux le prend pour le satyre... Le contexte et les événements font que le lecteur ne pourra s'empêcher de rire tout en prenant la mesure de l'urgence qui fait agir Garp.
Le livre renferme beaucoup de scènes de cet acabit.

Le roman est parcouru d'écrits du héros. Entre ses pensées et les extraits de ses livres, on découvre un être sympathique, un peu compliqué, un brin fantaisiste, maniaque quant à certaines choses, percevant la société dans laquelle il évolue sans oeillères. Je pense surtout à la manière dont il traite les helen-jamsiennes, ces femmes qui se servent de la douleur d'une enfant pour se faire croire qu'elles sont quelqu'un, ces femmes qui exploitent un réel traumatisme, le brandissent, en font une philosophie de vie... Elles sont ignobles et ridicules à la fois. Comment ne pas se moquer de leur fausse sollicitude?

Jenny Fields, la mère de Garp, est un personnage intéressant. N'ayant jamais connu le désir sexuel, elle s'interroge sur ce qu'on ressent. C'est cristallisé lors d'une scène, à Vienne, où là encore, le lecteur hésitera entre rire et gêne. En outre, elle est persuadée que ce qui détruit le monde, c'est la concupiscence. Elle en est parfois comique. Elle observe, déduit, voit tout à travers ce prisme.

Outre des personnages à la fois hauts en couleur et réalistes, le style de l'auteur ne laissera pas indifférent. Parfois, on dirait qu'il tient un journal de bord sur Garp et sa famille: il énonce des faits. Puis, il se met à raconter, à décrire les sentiments des uns et des autres. Le tout est toujours très bien vu, précis, juste, en un style fluide.

Beaucoup d'autres exemples pourraient être donnés. Tous montreraient un auteur perspicace, avisé, fin. Le but étant d'en dire le moins possible, je m'arrêterai là.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Tourasse pour le GIAA

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