Lecteur : Tomé Antoine

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lundi, 23 avril 2018

Les fantômes d'Eden, de Patrick Bauwen.

Les fantômes d'Eden

L'ouvrage:
Paul Becker pense qu'il n'a plus vraiment rien à attendre de la vie. C'est alors qu'un événement le force à se pencher sur son passé, et à examiner de plus près ce qui est arrivé l'été 79, à Eden, le petit village de Floride où il vivait, alors que sa bande d'amis et lui étaient des adolescents insouciants.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Monster», j'ai été ravie que la suite sorte en audio. À noter que même si on retrouve certains personnages, il n'est pas obligatoire d'avoir lu «Monster» pour apprécier «Les fantômes d'Eden».

Patrick Bauwen s'y entend pour faire monter la tension. Plusieurs passages sont propres à effrayer le lecteur, même si celui-ci, moins impliqué que Paul, devine qu'il n'y a pas vraiment de quoi avoir peur. Je pense, par exemple, à l'excursion de Paul dans le tunnel (avec la lumière du portable qui s'éteint juste à ce moment-là), à sa «rencontre» avec Sarah puis Abigail que l'auteur prend bien soin de détailler, et à d'autres scènes dont le décor et la description sont particulièrement réussies. À un moment, Paul fait une sorte de mise au point en se remémorant des phrases dites par l'un ou l'autre. Cette scène est percutante, parce que le narrateur se repasse en accéléré plusieurs aspects de son enquête. Je me suis surprise à «entendre» aussi ces phrases dans ma tête, se succédant à un rythme vertigineux. J'imagine que cela serait très réussi dans un film.

D'autre part, si Patrick Bauwen utilise certaines ficelles un peu faciles, il se rattrape en ne tentant pas (comme par exemple Michel Bussi dans «Nymphéas noirs») de berner le lecteur par des procédés malhonnêtes. Il éparpille même certains indices sans les déguiser. Certains sauront peut-être d'ailleurs qui est coupable de tout avant qu'il ne le dévoile. Je n'ai pas deviné, d'abord parce que je me suis obstinée dans un raisonnement erroné. À un moment, Paul imagine certaines hypothèses, et je pensais: «Mais il ne dit rien quant à la mienne.» Je me trouvais très futée par rapport au personnage... j'avais tort, ce qui m'a beaucoup plu. Ensuite, j'étais trop prise par l'histoire pour chercher efficacement. C'est là que l'auteur fait porter les soupçons sur tout le monde, ce qui peut être agaçant. Je ne lui en ai pas voulu parce qu'intrigue et personnages me plaisaient beaucoup. De plus, il sème de petites énigmes qui dépendent de la grande, et rendent le tout d'autant plus captivant. Enfin, il révèle un certain nom bien avant la fin. J'ai apprécié cette originalité, surtout qu'après, il a réussi à maintenir le suspense concernant autre chose. Et puis, tout se tient, il n'y a pas d'incohérences. Comme je pinaille, je dirai qu'il y a un détail que les auteurs qui utilisent l'une des ficelles employées dans ce roman ratent souvent, ce qui m'agace beaucoup. Ici, Patrick Bauwen néglige complètement ce détail, au début, et fait comme s'il n'existait pas. J'ai donc commencé par râler. Puis il l'évoque, et tente d'expliquer pourquoi les personnages ne le voient pas. C'est plus ou moins réussi, mais au moins, il ne l'a finalement pas laissé de côté.

Paul n'est pas forcément très sympathique. En tout cas, je lui préfère Stan et Jerry qui sont plus sensibles, réagissent souvent de manière plus posée... Stan a suscité mon empathie.
Paul a laissé la vie décider pour lui, n'a pas cherché à être maître de son destin alors qu'il aurait pu. C'est d'autant plus rageant qu'un autre n'a pas pu faire autrement qu'être emporté dans la tourmente...%/%Quant à Sarah, je ne l'appréciais pas spécialement au début, mais par la suite, elle m'a déçue. J'ai eu du mal à accepter que certains la protègent (surtout une personne), et qu'elle paraisse trouver cela normal.
Je n'évoquerai pas tous les protagonistes, mais aucun ne laissera le lecteur indifférent.

Suspense, personnages attachants, intrigue bien menée... un roman qui m'a fait passer un très bon moment!

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé.

Je suis très contente que l'éditeur audio ait été soigneux, et ait fait enregistrer ce roman par le comédien qui a enregistré «Monster». Je le souligne parce que «Monster» n'a pas été lu pour le même éditeur audio. J'aime beaucoup le jeu d'Antoine Tomé. Ici, il n'a pas démérité. Il est parvenu à modifier sa voix pour certains rôles de manière appropriée. Il a fait certains effets de voix bienvenus, afin de plonger davantage l'auditeur dans l'ambiance. Par exemple, lorsqu'Abigail parle. J'ai apprécié la voix qu'il donne à Mike: cela m'a fait imaginer le personnage de manière plus précise. Cela a également été le cas pour Teddy. Enfin, je crois que le comédien a donné à Cameron la même voix que dans «Monster», ce qui signifie sûrement qu'il a pris le soin de réécouter comment il avait interprété ce personnage en 2009. J'ai apprécié cela.

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lundi, 7 juillet 2014

L'écorchée, de Donato Carrisi.

L'écorchée

L'ouvrage:
Une famille est massacrée. La police est prévenue par un enfant que le tueur a laissé en vie à dessein. Il s'avère que le meurtrier avait disparu depuis dix-sept ans. Bientôt, d'autres refont surface.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. L'auteur renoue avec Mila Vasquez, l'enquêtrice de «Le chuchoteur». On la retrouve tourmentée par son absence d'émotion. Son personnage est intéressant. Elle est un peu dans le cliché du policier torturé, mais en sort quand même puisque ses maux ne sont pas uniquement dus à son travail ou à une vie ratée.
D'autres personnages sont tourmentés de différentes façons. Certains se brisent, ne pouvant accepter les horreurs rencontrées dans leur métier.

Quant à l'intrigue, l'auteur a eu une bonne idée. Il l'a mise en scène en créant des événements marquants, propres à impressionner le lecteur. Ce qui en découle se tient, compte tenu de l'esprit retors de certains hommes qui pervertissent tout.
D'autre part, la façon dont travaillent Mila et ceux de son département est assez intéressante.

L'intrigue est bien menée, mais il y a des moments où l'auteur s'enlise un peu. Il commence son livre par des faits qui marqueront le lecteur et feront qu'il voudra aller plus loin. Même les premiers chapitres, qui n'ont rien à voir avec l'enquête principale, sont propres à tenir le lecteur en haleine. C'est à partir du chapitre 22 (il y en a 71) que certains passages sont un peu longs. Bien sûr, cela ne dure pas, et l'ensemble ne traîne pas trop. Des rebondissements relancent assez régulièrement l'action: par exemple, tout ce qui découle du signal émis par le téléphone portable de Diana. À ce moment-là, l'auteur s'y entend pour distiller une ambiance angoissante, renforcée par le fait qu'une partie de cet épisode se déroule dans un immeuble délabré dans le noir. Malheureusement, le tout est un peu terni par une petite invraisemblance: le fait que Mila ne reconnaisse pas la voix de celui qui s'adresse à elle. Il est vrai qu'elle est effrayée, mais cela ne doit pas anéantir sa perception.

Je trouve dommage que certaines ficelles aient été utilisées. Par exemple, au tout début du livre, puis à un autre moment, l'auteur fait allusion à certains éléments qu'on ne peut relier à rien, car ils arrivent bien plus tard dans le roman. Il achève d'embrouiller le lecteur en ne donnant pas l'identité de certaines personnes. Ce procédé est malhonnête, car Donato Carrisi crée un suspense artificiel par ce biais.
De plus, j'avais deviné certaines choses bien avant qu'il ne les révèle.

Je n'ai pas non plus aimé que le romancier en ait trop fait en voulant renforcer le spectaculaire. Je parle du fait que Mila soit confrontée à un personnage, comme s'il fallait absolument qu'il soit partout.
En outre, la toute fin implique quelque chose qui ne me plaît pas, en général, lorsque les auteurs le font. On pourrait dire que c'est logique, et ça l'est d'une certaine manière, mais cela présage un essoufflement de la part de l'auteur qui risque, à terme, de se répéter.

La théorie comme quoi le bien et le mal sont liés, et que parfois un mal est nécessaire pour un bien, paraît très simpliste, énoncée dans ce roman. On la comprend, mais ici, Mila semble la découvrir, puis la récite comme une leçon bien apprise.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé pour les éditions Audiolib.
Étant très sensible à la voix et à la diction soignée de Pierre Forest (qui a enregistré «Le chuchoteur») j'ai été très déçue qu'il n'ait pas enregistré «L'écorchée». Cependant, je dois reconnaître qu'Antoine Tomé a fait du bon travail. Il a même modifié quelque peu sa voix pour certains personnages sans tomber dans le surjeu.

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lundi, 22 février 2010

Shutter island, de Dennis Lehane.

Shutter island

L'ouvrage:
Sur Shutter Island, une île au large de Boston, se trouve l'hôpital psychiatrique d'Asheclife où sont internés des patients dangereux: des gens qui ont commis des atrocités.
C'est ici qu'en septembre 1954, Teddy Daniels et Chuck Aule, doivent mener l'enquête: une patiente, Rachel Solando (dont le crime est d'avoir noyé ses trois enfants), a disparu.

Critique:
Ce que je n'aime pas, c'est les livres prévisibles. Eh bien, celui-là ne l'est absolument pas. Dès le départ, le lecteur est complètement perdu. Il ne sait pas où va l'auteur, où il veut en venir... C'est une très bonne chose. On n'est pas du tout dans un polar classique où on prévoit presque chaque coup.
Au début, l'auteur nous présente une histoire cousue de fil blanc: une patiente a disparu d'un endroit plus sécurisé qu'Alcatraz, personne ne l'a vue passer... Mais le lecteur ne peut pas pester après cette intrigue simpliste et invraisemblable parce que les personnages eux-mêmes remarquent cette mise en scène, et pensent, à l'instar du lecteur, que tout cela est orchestré pour cacher autre chose.
Ensuite, le lecteur avance dans le noir. L'auteur le manipule à sa guise. L'ambiance oppressante, l'atmosphère pesante, ces secrets que l'on devine, tout cela contribue à plonger le lecteur dans le flou.
L'auteur nous rappelle que malheureusement, le genre d'expérience dont il est question dans le roman a été fort pratiqué dans les années 50, et était très prisé... ce réalisme contribue à faire frissonner le lecteur.
En filigrane, on retrouve le thème des horreurs que les américains firent subir aux japonais. Ce petit rappel historique n'est pas inintéressant.

Que dire de la fin? Elle est déroutante, et on ne la comprend pas forcément au premier abord. Deux hypothèses contradictoires se superposent. la plus vraisemblable me déçoit, car elle est trop conventionnelle. Et si c'est bien cette hypothèse la bonne, cela signifie qu'il y a quelques incohérences, dont une au début. En outre, à quel moment exactement commence le chapitre 25? Il commence à la fin de la tempête, d'accord, mais certaines choses ne sont pas claires. Que fait-on de certains événements arrivés pendant ladite tempête?
J'aimerais dire d'autres choses sur la fin: montrer les forces et les faiblesses des deux théories, voire de certaines variantes, car en fait, certaines choses prennent sens selon l'une ou l'autre théorie, et d'autres deviennent incohérentes. On ne peut pas dire que tout va dans le même sens, chaque théorie a ses failles, et c'est ce qui est, à mon avis, l'une des faiblesses du roman. L'auteur parvient à tisser autour de son lecteur, une toile inextricable... mais elle est si inextricable qu'il y met des indices qu'il ne peut expliquer de manière satisfaisante selon qu'on choisisse l'une ou l'autre des théories. Je m'arrêterai là, car j'en dévoilerais trop.

Les personnages sont attachants, surtout Teddy qui ne peut oublier sa femme, malgré le temps. Les rêves de Teddy sont fascinants. Là encore, l'auteur a su transcrire ce qui se passe quand on rêve: événements décousus, invraisemblables, ou au contraire, cohérents, et à la trame narrative bien organisée, mais «racontant» parfois des histoires rocambolesques.

N'hésitez pas à me faire part de vos théories quant à la fin: il suffira que les personnes n'ayant pas lu le roman ne lisent pas les commentaires.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'avais beaucoup aimé la prestation d'Antoine Tomé dans «Monster». J'ai été ravie de le retrouver sur «Shutter island». Il me semble que la qualité de son interprétation s'est améliorée. Par exemple, lorsqu'il fait des voix féminines, son jeu est moins affecté. D'une manière générale, sa narration, sa façon de jouer les personnages portent le livre, et contribuent à l'engouement du lecteur. En plus, il ne force pas les accents, et prononce les noms anglophones de manière naturelle.
J'espère qu'il continuera d'enregistrer des livres.

Edit: Des amoureuses de la lecture et moi avons une discussion très intéressante sur la fin du livre ici.

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lundi, 30 mars 2009

Monster, de Patrick Bauwen.

Monster

Note: les noms propres ne sont pas épelés. Veuillez donc excuser, voire me signaler les éventuelles fautes d'orthographe les concernant.

L'ouvrage:
Paul Becker est médecin. Il a ouvert, il y a peu, sa clinique. En ce moment, il fait beaucoup de gardes, afin de pouvoir rembourser ses crédits.

Un soir, son ami, Cameron Cole, policier, arrive à la clinique avec un suspect blessé: Alan Smith. Paul le soigne. C'est alors que le patient tente de s'échapper. Il est rapidement maîtrisé, et Cameron l'emmène.
C'est après leur départ que Paul trouve le téléphone portable oublié par Alan Smith.

Critique:
Tout au long du roman, j'ai pensé: «Ah, mais ça ne va pas du tout! Telle chose est une incohérence! Telle autre aussi!» L'auteur n'étant pas aussi stupide que je voulais le croire, il a expliqué toutes les incohérences que j'avais notées, et je ne peux qu'admirer son talent.
J'étais également prête à lui reprocher une chose que je trouvais tirée par les cheveux, chose à propos de laquelle les futurs lecteurs ne manqueront pas de se récrier, avant de découvrir, à la fin du roman, qu'elle est expliquée de la manière la plus logique qui soit.

L'intrigue est bien menée, les personnages sont attachants. Bien sûr, il y a des personnages qui sont uniquement méchants, et donc qui paraissent un peu caricaturaux. Mais l'auteur a su leur donner une épaisseur, et finalement, ils ne font pas tellement cliché. Ils font plutôt peur, ce qui était le but.
De tous les personnages, le plus admirable est sûrement Sean.

L'auteur utilise des ficelles auxquelles j'aurais dû penser: il nous fait passer certains personnages pour ceci ou cela, puis nous révèle qu'il nous a bien eus, que ces personnages ne sont pas du tout ceux que l'on croit. C'est une ficelle que, d'habitude, on voit venir à des kilomètres. Ici, elle est finement employée, et les éléments dévoilés n'arrivent pas comme des cheveux sur la soupe. Au contraire, ils expliquent certains faits, en rendent d'autres plus réalistes.

Le coeur du roman (ce que font les «méchants»), est quelque chose d'effrayant. D'abord parce qu'on ne s'habitue jamais à une telle horreur, ensuite parce que Cosh a trouvé une manière d'intensifier l'horreur. La façon dont il s'y emploie, malgré l'étonnement de ceux qui la découvrent, est malheureusement simplissime.

La fin n'est pas toute rose. Cette fin me convient. Elle contient l'espoir et l'attente. Tout n'est pas réglé, c'est justement ce qui donne une impression de réalisme.
L'auteur nous laisse avec la question épineuse de l'amitié, du pardon. Personnellement, je comprends George et Cam, mais c'est facile de dire cela lorsqu'on n'est pas impliqué.

J'ai tout de même quelques petits reproches à faire.
Comme dans de nombreux romans policiers, la police a l'air d'être le dindon de la farce, et c'est encore le héros, qui est plus intelligent et plus ouvert d'esprit que tout le monde, qui résout l'affaire. Cette ficelle est un peu agaçante.
Je déplore que le récit soit écrit au présent de l'indicatif.
Il y a tout de même un passage un peu gros, dont le déroulement n'est pas absolument clair: l'arrestation de George... Où vivait-il exactement?... On dirait qu'il vivait aux deux endroits au même moment...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé pour les éditions Audiolib.
Antoine Tomé, par ailleurs comédien de doublage, a très bien lu ce roman, sachant mettre le ton qu'il fallait, faire monter l'angoisse, et transformant sa voix à bon escient pour la majorité des personnages. Cependant, il a dû affronter le revers de la médaille de la fameuse transformation de sa voix. S'il a habilement fait des voix d'hommes, il a moins réussi à faire celles des femmes. Ça lui donne une voix affectée et précieuse. Pourtant, il est évident qu'il ne cherche pas à prendre une voix précieuse: il veut seulement marquer la féminité de la personne qui parle. J'espère qu'il enregistrera à nouveau des romans.

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