Lecteur : Strobino Sandrine

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vendredi, 9 août 2013

Sept histoires qui reviennent de loin, de Jean-Christophe Rufin.

Sept histoires qui reviennent de loin

L'ouvrage:
Ces sept nouvelles racontent des faits d'apparence ordinaires, mais chacune prend une direction quelque peu inattendue.

Synopsys des nouvelles:
Passion francophone:
Une jeune femme arrive en France, et s'étonne de n'être pas comprise, alors qu'elle parle le français.

Les naufragés:
Un couple voit sa vie bouleversée: la statue de Shiva a été installée dans la crique où ils vont tous les jours.

Le refuge d'El Pietro:
Un homme raconte son expédition en montagne avec sa famille.

La nuit de garde:
Un interne doit venir constater le décès d'un patient.

Les fiancés de Lourenço Marquès:
Un homme parle de ses fiançailles et de leurs suites.

Garde-robe:
Un homme explique pourquoi il fait de «l'humanitaire».

Train de vie:
Dans un train, une jeune femme s'inquiète: elle doit absolument arriver à l'heure... Pourtant, le train aura du retard.

Critique:
Après avoir été déçue deux fois par Jean-Christophe Rufin, j'avais décidé de ne plus rien lire de lui. Cependant, la lectrice bénévole qui a enregistré ces nouvelles (Sandrine Strobino), me les a conseillées. Je la remercie de m'avoir un peu poussée, car j'ai passé (globalement) un agréable moment.

Le propre des nouvelles, c'est d'avoir une chute. Ici, certaines chutes sont réussies («Train de vie», «Le refuge d'El Pietro»). Dans ces deux nouvelles, la chute est inattendue, et pourtant, quand on la connaît, on se dit qu'elle ne pouvait être autre. Dans «Train de vie», on s'y attend, mais peu avant que l'auteur ne la dévoile.

J'ai trouvé «Garde-robe» plus grave. La fin est très ironique. Elle montre que malgré tout ce qu'auront beau faire les personnes bien intentionnées, le mal peut toujours réapparaître, et parfois, où on ne l'attend pas. Cette nouvelle sonne malheureusement très juste.

J'ai aimé «Les naufragés», même si elle peut paraître extrême. Elle montre l'incapacité qu'ont certains à accepter le changement. Au départ, l'acte de révolte du couple m'a plu et m'a fait rire. Je trouvais bien qu'ils prennent des risques pour sauvegarder leur île telle qu'ils l'aimaient. Ensuite, le lecteur pourrait voir les décisions finales comme radicales... En effet, mais on peut les comprendre.

J'ai apprécié «Passion francophone», parce que pendant un moment, je ne voyais pas trop où allait l'auteur. Cependant, je n'ai pas trop aimé la chute. Je ne sais pas trop quelle chute j'aurais faite, mais je trouve celle de l'auteur trop «facile».

J'ai aimé «Nuit de garde», parce que le narrateur est humble (même si c'est teinté d'agacement), et aussi parce qu'il se montre sensible face à une situation qu'il pourrait considérer en haussant les épaules.

«Les fiancés de Lourenço Marquès» est la nouvelle qui m'a le moins plu. Certains la verront comme très romantique. J'ai trouvé les personnages idiots. Leurs motivations ne sont pas claires... Cette nouvelle ne m'a pas convaincue.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre une voix douce et agréable, Sandrine Strobino n'en fait jamais trop (que ce soit dans l'interprétation ou la sobriété). De plus, elle ne lit pas trop lentement.

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lundi, 21 mai 2007

Même Superwoman a appris à voler, de Saskia Mulder.

Même superwoman a appris a voler L'auteur:
Saskia Mulder a joué dans "La plage". Il paraît que c'est une comédienne très connue. Je ne la connaissais pas avant de lire ce livre.

L'ouvrage:
Chloé passe son temps à dépenser l'immense fortune de son père. Entre le masseur, le prof de gym, la coiffeuse, les soirées entre amis à Manger et à boire jusqu'à l'orgie, les après-midis à cancaner ou à vider les boutiques, elle a une vie dorée. Seulement, elle s'ennuie. Et puis, elle se rend compte qu'elle ne fait absolument rien de constructif. Elle décide donc de travailler pour gagner sa vie, et de ne plus accepter l'aide paternelle. Elle trouve un travail de vendeuse dans un magasin de vêtements. Mais des problèmes se profilent. D'abord, son père quitte sa mère pour une femme qui l'aime pour lui et pas pour son compte en banque. Pour une femme qui en a dans la tête, contrairement à la mère de Chloé. La jeune fille vit mal cette situation, et décide d'être imbuvable avec la méchante belle-mère. Mais les choses ne se passent pas comme prévues. Chloé va finir par la prendre comme amie et confidente.

Critique:
Chloé aime sa nouvelle vie, son travail et ses collègues, même si ça lui fait bizarre d'être sur les genoux dès qu'elle rentre chez elle et de se coucher à près de 20h, tellement elle est fatiguée.
A cause de son comportement mi-naïf, mi-égoïste, elle peut être insupportable, même en voulant être aimable, surtout en voulant être aimable. Elle est coincée dans un type de raisonnement et n'arrive pas à en sortir. Elle ne voit pas certaines choses qui crêvent les yeux (que son patron croit qu'elle le drague et est raide dingue d'elle), qu'elle peut dire des choses absolument atroces avec le sourire juste parce que mademoiselle Chloé a dit que ça, c'était bien. Sans bien s'en rendre compte, elle blesse beaucoup de gens. Elle tombe amoureuse de Franck, qu'elle méprisait avant, parce qu'il était le premier de la classe. Mais elle commence par tout gâcher avec Franck. Elle sort ensuite avec Pete et croit que c'est l'homme de sa vie, ce qui, au début, lui vaut des maux de mâchoire carabinés. Sa meilleure amie est une junky ( Malade ) qui passe son temps à casser du sucre sur le dos de tout le monde et Chloé ne s'en aperçoit même pas. Bref, notre héroïne a encore des progrès à faire en ce qui concerne les relations sociales.

Par certains côté, ce livre pourrait avoir un parfum de Bridget Jones. C'est certaines situations cocasses qui me font dire cela. Et c'est aussi le fait qu'un homme riche, beau et intelligent, tombe amoureux d'une fille comme Chloé, qui, si Bridget pouvait paraître un peu superficielle, paraît totalement stupide et nunuche. C'est un livre frais, amusant, et parfois grave. Ce n'est pas vraiment le meilleur du genre, mais il détend bien quand même.

Éditeur: Oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 14 mai 2007

Prochain arrêt le paradis, de Melissa Bank.

Prochain arrêt le paradis L'ouvrage:
La famille Applebaum se rend à la barmitzva de Rebecca. Sophie, douze ans, sait qu'elle va s'ennuyer mortellement. C'est décidé: Sophie, elle, n'aura pas de barmitzva. Et elle ne prendra pas de cours d'hébreu.
Son père lui demande d'essayer tout de même les cours d'hébreu. Si elle n'aime pas, au bout d'un moment, elle n'ira plus. Sophie cède. Elle passe presque tous les cours à discuter dans les toilettes avec une fille qui sèche.

Ensuite, Sophie va à l'université. Elle a une très bonne amie avec qui elle discute, sort, etc. Cette amie a un copain, puis un autre...

Puis Sophie cherche un travail. Elle voudrait être secrétaire dans une maison d'éditions. Malheureusement, elle ne tape pas très vite à la machine. Nous assistons à son combat pour passer de neuf mots à la minute à quarante-cinq mots à la minute. Elle trouve un travail...

Critique:
C'est le deuxième livre de Melissa Bank que je lis. Ce qui m'avait déplu dans "Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles" a été réemployé ici par la romancière. C'est-à-dire qu'à chaque chapitre, on saute dans le temps. Dans le chapitre 1, Sophie a douze ans, dans le 2, elle a dix-huit ans, puis vingt-deux, etc. Pendant tout un chapitre, nous sommes plongés dans un moment de sa vie, puis au chapitre suivant, nous sautons quelques années, et tout a changé. Nous sommes obligés de deviner ce qui s'est passé. Je n'aime pas cette façon d'écrire. Il me semble que c'est superficiel. On ne voit pas vraiment les personnages évoluer. De ce fait, ils ont l'air sans épaisseur, du moins à mes yeux.

Ici, au début, nous nous attachons à la famille de Sophie. Son petit frère, Robert, nous fait rire, à essayer de convaincre ses parents d'arrêter de fumer. Sa mère évoque un peu celle de Bridget Jones. Son grand frère, Jack, nous est sympathique. Ensuite, il me semble que les personnages sont moins forts, On les voit, figés, à certaines périodes de leurs vies, et ils ne me convainquent pas vraiment. Pourtant, Melissa Bank décrit ici les aléas de la vie: la jeune fille cherchant un travail, ayant un petit ami, puis se séparant de son petit ami, tombant amoureuse d'un autre homme, se disputant avec une amie... Les situations décrites sont très réalistes. Par exemple, Robert a une petite amie fanatique, donc détestable. Jack n'arrive pas à se fixer avec une fille, et certaines de ses histoires d'amour sont orageuses.
Malgré cette vraisemblance, malgré des personnages ressemblant à monsieur et madame tout le monde, qui, de ce fait, devraient inciter le lecteur à s'identifier à eux, je n'ai pas tellement aimé ce livre. Je pense que c'est à cause du fait qu'on voit des périodes de vie, avec plusieurs années entre ces périodes. Il est également pénible que Sophie ait un petit ami différent à chaque chapitre. On comprend qu'elle ne trouve pas l'âme soeur en un claquement de doigts, mais on dirait qu'elle change de copains comme de chaussettes. Cette impression est due à cette succession de moments éloignés dans le temps, mais on dirait qu'elle a pas mal de chéris quand même...

La fin est sympathique... C'est une note d'espoir. Sophie nous a montré quelques tranches de sa vie, et à la fin, elle fait le point. Sa constatation fait plaisir.

Je ne sais pas si je donnerai une autre chance à Melissa Bank, car apparemment, elle construit tous ses romans de la même façon. Mais si vous n'êtes pas gênés par cela, vous ne trouverez pas que cette façon de faire a un côté superficiel, et le livre vous plaira.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 20 octobre 2005

Vous descendez? de Nick Hornby.

Vous descendez ? L'ouvrage:
Un soir de nouvel an, ils ont tous les quatre le même désir: en finir avec la vie. C'est ainsi qu'ils se rencontrent.
Il y a Martin, le présentateur télé qui a tout fait pour ruiner sa vie. Il a trompé sa femme, ce que je trouve déjà assez immonde, mais en plus, avec une mineure. Cela lui a valu de faire de la prison, de perdre son emploi (il travaille maintenant pour une chaîne qui n'a presque pas de spectateurs), et de perdre sa femme, bien sûr.
Il y a ensuite Maureen. Cela fait 19 ans qu'elle vit avec un poids quotidien sur les épaules. Son fils est handicapé. Si j'ai bien compris, il a des difficultés respiratoires, il est handicapé moteur, il ne peut pas parler, et il ne donne aucun signe qui montrerait qu'il comprend ce qui se passe autour de lui.
Il y a aussi Jess, une adolescente inculte et un peu déséquilibrée. Sa soeur, Jennifer, est partie de la maison à sa majorité, et on la soupçonne de s'être suicidée. Jess et ses parents ne se comprennent pas. Celle-ci se retranche dans le sarcasme, les répliques impertinentes voire méchantes. La raison principale de son envie de se suicider serait un chagrin d'amour...
Enfin, il y a JJ. Il avait un groupe de musique, une petite amie, il était heureux... Et soudain, tout lui a été retiré. Son groupe s'est disloqué, et Lizzy l'a quitté. Il est devenu livreur de pizzas... Il ne se remet pas de ces coups durs...

Ces gens se rencontrent sur le toit d'un immeuble de vingt étages, au moment où ils sont décidés à sauter. Ils discutent, ils se racontent les uns aux autres. Finalement, ils ne sautent pas.
Ils décident de se retrouver au même endroit, le 14 février, et de voir s'ils ont toujours envie d'en finir. Mais ils se recroiseront bien plus tôt.

Critique:
Un début comme ça promettait des écueils, des clichés. L'auteur les évite très bien. Par exemple, il aurait été tiré par les cheveux que tout s'arrangeât pour tout le monde à la fin. Le lecteur voudrait que cela aille mieux, mais il sait bien qu'on ne règle pas ses problèmes sur un claquement de doigts. Il y a des discussions, des affrontements, certaines choses s'arrangent, mais cela ne se termine pas par "chacun va bien dans le meilleur des mondes". Heureusement! Cela aurait fait un roman raté.
Autre cliché évité: certains personnages auraient pu tomber amoureux les uns des autres. Martin y fait d'ailleurs allusion. Etant donné les milieux et le vécu de chacun, cela aurait été fort improbable. Il y a pourtant des moments de complicité entre certains personnages, ce qui fait sourire, et attendrit le lecteur.

Nick Hornby nous montre des personnages complexes qui peuvent être attachants par certains côtés, et exaspérants par d'autres. Il n'y a que JJ que je trouve assez sympathique de bout en bout. Martin a passé sa vie à mal se conduire, il continue allègrement. Lorsque le groupe part en vacances, il change d'hôtel et les snobe. Il affirme même qu'il n'en n'apprécie aucun d'entre eux. Pourtant, JJ et Maureen sont sympathiques. Ils ne sont pas du même milieu, alors Martin n'essaie pas de les comprendre.
Il pleure parce qu'il n'a pas le droit de voir ses filles, mais son ex-femme, Cindy, précise bien qu'elle ne veut pas qu'il les voit chez elle, seulement.
A la fin, il croit se racheter, mais je le trouve pathétique. Il sait qu'il a été détestable toute sa vie, et il cherche un moyen de rattraper cela à ses propres yeux. Ce qu'il fait est honorable, mais il ne le fait pas par altruisme. Donc, je ne peux pas dire qu'il évolue beaucoup.

La vie de Maureen est un lent supplice. Lorsqu'elle parle, on voit à quel point elle est retranchée du monde. Ses raisonnements font parfois sourire, et ils donnent parfois envie de la secouer, tant ils sont naïfs. Elle a des côtés très touchants. A la fin, ce qui lui arrive n'est pas grand-chose, mais c'est tout de même une petite note d'espoir. Et puis, pendant le roman, elle a eu droit à des vacances!

Jess est une peste inculte, qui parle à tort et à travers, boit, se drogue, provoque, pique des crises d'hystérie, a des réactions puériles. La plupart du temps, on la déteste. Et bien sûr, on découvre que tout n'est pas si simple. Ses parents ne semblent pas l'aimer, ou du moins, ils le lui montrent mal, surtout depuis le départ de sa soeur. Son père la laisse faire tout ce qu'elle veut, cède à tous ses caprices, juste parce qu'il ne sait pas comment la prendre, et parce qu'il ne veut pas qu'elle fasse comme Jennifer. Bien entendu, Jess en joue. Sa mère vit dans le souvenir de Jennifer, et ressasse une histoire de boucles d'oreilles qu'elle accuse Jess d'avoir volées. On comprend que Jess essaie de se faire remarquer par n'importe quel moyen. Cela n'excuse pas certains de ses actes, mais cela les explique.
A la fin, on ne sait pas trop si ça va s'arranger pour elle. Il se passe des choses qui tendraient à prouver que oui, mais n'est-ce pas trop tard?...

Quant à JJ, je n'ai pas grand-chose à dire. Il a perdu ce qui était sa raison de vivre, et ne pense pas pouvoir continuer sans. Ses motifs sont peut-être plus sérieux que ceux des autres. Ceux de Maureen sont sérieux, mais on ne peut pas s'empêcher de penser qu'elle pourrait s'octroyer des vacances, de temps en temps. Elle pourrait engager une aide, par exemple, au lieu de jouer les martyres.

Je trouve ce livre très intéressant. Dès qu'un épisode se termine, on pense avec curiosité: "Et après? Qu'est-ce qui va se passer???". On veut toujours savoir la suite, tout en ne s'y attendant pas. Les péripéties se succèdent, le livre ne traîne pas, et on ne prévoit pas ce qu'on va lire.

En outre, ce roman touche à tous les registres: sentiments extrêmes, désespoir, humour, milieux sociaux différents... Bref, je le conseille. On passe un bon moment, et on réfléchit à pas mal de choses.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 8 septembre 2005

La salamandre, de Jean-Christophe Rufin.

La salamandre L'ouvrage:
Catherine est une jeune femme comme les autres. Un jour, elle décide de partir en vacances au Brésil, chez son amie Aude.
Pendant ces vacances, sur la plage, elle rencontre Gilberto. C'est là que sa vie va basculer. Elle va tomber très amoureuse de lui. Depuis le début, elle est consciente que c'est un gigolo. Elle se prête volontiers à cela: elle le couvre de cadeaux, se laisse voler par lui et ses amis, se laisse frapper et humilier. Elle ira jusqu'à dire à cet homme de prendre sa vie, puisqu'il ne veut plus d'elle... Elle ira même plus loin...

Critique:
Je n'ai pas du tout aimé ce roman. D'abord, lorsque j'ai entendu l'auteur en parler à la radio, j'ai pensé: "Une femme qui aime, qui se rend compte qu'elle est mise plus bas que terre, et qui en redemande, ça va m'énerver." Mais j'ai eu l'occasion de lire ce livre, et je me suis dit qu'il fallait essayer, avant de le condamner.

Alors, effectivement, Catherine aime éperdument, absolument, sans restrictions. Gilberto se sert d'elle: elle est sa vache à lait, son punching ball, et elle en est parfaitement consciente. On excuse une femme qui aime, et qui ne s'aperçoit pas qu'elle n'est pas aimée. On la blâme un peu, mais surtout, on la plaint, on la prend en pitié. Mais Catherine n'entre pas dans cette catégorie. Comment plaindre et prendre en pitié une femme qui sait parfaitement qu'elle est traitée comme la dernière des dernières, qui est consciente qu'elle n'est ni aimée ni estimée, et qui s'aplatit encore, et encore? Surtout que l'homme qu'elle aime est un truand, et que ce qu'il lui fait subir n'est rien à côté de ce qu'il inflige à d'autres gens. Mais comment considérer une femme qui, lorsque lui vient la possibilité de se venger de toutes les maltraitances qu'elle a subies, refuse, et fait tout pour que l'homme échappe à la justice? Elle n'est même pas révoltée d'apprendre que ce qu'il lui a fait, ce n'est rien, comparé à tout ce qu'il a pu faire. Elle ne souhaite même pas qu'il soit puni pour ce qu'il a fait à d'autres. On ne la plaint pas, on pense même qu'elle mérite ce qui lui arrive, et si on réclame justice contre Gilberto, c'est surtout pour les atrocités qu'il commet (pillages, meurtres, etc), mais pas tellement pour rendre justice à Catherine.

Je trouve que ce livre est très très négatif. C'est comme s'il encourageait les femmes battues à ne pas se révolter. Bien sûr, les circonstances ne sont jamais les mêmes pour personne. Et puis, peut-être que le livre veut nous montrer toute l'absurdité d'un comportement comme celui de Catherine, et veut nous forcer à agir autrement en la prenant comme contrexemple. Le livre dit peut-être: "Si vous agissez comme elle, si vous vous savez déconsidérée et méprisée, et que vous continuez de protéger et d'aider la personne, il vous arrivera malheur." En effet, le destin de Catherine n'est pas enviable. Donc, si on pense que le livre veut dissuader d'agir comme Catherine, alors, on y trouve un côté positif.
Malgré cela, je ne recommande pas ce livre. Je pense qu'il ne vaut pas la peine.

Au début, Jean-Christophe Rufin précise que c'est une histoire vraie. C'est peut-être vrai, mais le doute est permis. En effet, plusieurs auteurs ont déjà utilisé ce principe éculé de l'histoire vraie qu'on leur a racontée, et qu'ils veulent retranscrire. C'est un peu le même principe que celui de l'auteur qui trouve le manuscrit de quelqu'un, et qui décide de le retranscrire. Donc, c'est peut-être une histoire vraie, mais peut-être pas.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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