Un homme, ça ne pleure pas

L'ouvrage:
La vie d'une famille algérienne habitant à Nice, racontée par Mourad, l'un de ses membres.

Critique:
La romancière reprend un thème déjà abordé: le devenir d'une famille arabe en France. Là encore, elle exploite très bien le thème, montrant que rien n'est simple, et qu'il est très facile de tomber dans le cliché.

J'ai retrouvé avec plaisir les remarques et réflexions si justes de Faïza Guène. Il y en a beaucoup lorsque les parents du narrateur ont de vives discussions et confrontent leurs points de vue. Par exemple, la mère soupire qu'elle aurait dû rester en Algérie, que son fils aurait été un professeur respecté, etc. Le père rétorque qu'avec des moyens archaïques, ou répressifs, cela n'aurait pas été une bonne chose. Bien sûr, sous la plume de Faïza Guène, tout cela est dit de manière percutante, fine, et juste.

Ensuite, elle expose la situation difficile de cette famille, due à l'affrontement entre Dounia (la soeur du narrateur) et les parents (surtout la mère). Dans l'histoire, pour moi, personne n'a vraiment raison. Les parents souhaitent que leur fille vive d'une certaine manière: celle-ci, refusant le joug familial, s'émancipe. On pourrait penser que c'est une bonne chose, mais de part et d'autre, il n'y a que rejet et incompréhension (surtout de la part des femmes). De plus, il n'est pas certain que Dounia soit si heureuse que cela par la suite. Et puis, elle agit de manière ostentatoire. Bien sûr, elle devait suivre sa voie, mais peut-être y aurait-il eu une autre manière.

La mère éveille à la fois l'agacement et l'amusement du lecteur. C'est ainsi que Mourad la perçoit et la décrit. Cependant, je crois avoir été davantage agacée qu'amusée. Elle est si pénible qu'elle en devient presque caricaturale, parfois. Dans ce contexte, on comprends l'émancipation de Dounia.
J'ai mieux compris le père qui sait aimer ses enfants. Il est sûr que s'il avait mené la discussion à la place de sa femme, les choses auraient été différentes concernant Dounia. Faïza Guène décrit un homme foncièrement bon et sage.

Le narrateur débute sa carrière d'enseignant de français. Cela permet à l'auteur de montrer un aperçu du petit monde de l'enseignement. Je suis globalement d'accord avec elle, mais je pense que certaines choses auraient dû être approfondies... Certaines idées me paraissent un peu simplistes... Par exemple, le fait que le narrateur soit «humain» parce que c'est sa première année. Tous les enseignants ne deviennent pas d'horribles machines blasées. Bien sûr, avec l'habitude, on finit par savoir l'issue de telle ou telle situation.

Le roman étant écrit par Faïza Guène, il est agrémenté de passages humoristiques. J'ai souvent souri, voire éclaté de rire.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par René Sterckx pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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