Lecteur : Spinhayer Martin

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jeudi, 13 août 2020

1793, de Niklas Natt och Dag.

L'ouvrage:
Suède, 1793. Cardell, vétéran de la guerre russo-suédoise (il y a perdu un bras) travaillant en tant que boudin (c'est-à-dire qu'il aide la police), découvre, dans le lac Fatburen de Stockholm, un cadavre atrocement mutilé. Le chef de la police confie l'affaire à Cecil Winge, un ancien magistrat. Cardell, choqué par la découverte de ce corps sans bras ni jambes, décide d'aider Cecil à mener l'enquête.

Critique:
J'ai commencé par me méfier de ce roman, ayant peur que la révolution française (et donc la politique) y joue une trop grande part. Heureusement, j'ai quand même essayé ce livre. La révolution est, bien sûr, évoquée, et ce contexte 'est pas étranger aux événements, mais tout s'imbrique très bien, et l'auteur n'en fait pas trop.

J'ai d'abord apprécié Cardell et Cecil. Leur psychologie et leurs motivations sont bien exposées par l'écrivain. À cause de ce qu'il a vécu, Cardell semble en quelque sorte «désespéré», au départ. J'ai eu peur qu'il ne soit pas de taille à supporter les retombées de l'enquête. Je suis contente d'avoir eu tort.

L'intrigue est bien menée. J'ai beaucoup apprécié de m'être trompée sur quelque chose, et que l'auteur n'ait absolument rien fait pour me fourvoyer. ;-) En effet, quand on lit des thrillers, on échafaude (parfois trop tôt) un tas de théories... Au début de la deuxième partie, j'ai immédiatement pensé savoir qui était le narrateur. Mon impression était renforcée par le fait que l'auteur ne donnait aucun indice qui allait dans le sens de ce que je pensais... Hé oui... normal, puisque ce que je pensais était erroné. ;-) D'ailleurs, Niklas Natt och Dag ne met jamais de faux indices, ne propose jamais de faux coupables. Son roman contient suspense et rebondissements sans besoin de cet artifice des fausses pistes.

Je me suis longtemps demandé quel serait le rapport entre le personnage que nous découvrons dans la troisième partie et les événements du début. Là encore, l'auteur a finement joué. Sans grandiloquence, sans ennuyer le lecteur (il était impossible de trouver le temps long en compagnie d'Anastina) il a assemblé toutes les pièces au moment adéquat. Ce qui arrive à Anastina était, apparemment, habituel à l'époque. Il est assez effrayant de voir la vitesse avec laquelle la jeune fille a été condamnée, alors qu'aucune preuve ne l'incriminait. Elle fait partie des personnages qu'il me plairait de retrouver. Cependant, je ne pense pas que Niklas Natt och Dag pourrait écrire une suite, car un événement du roman rend cela impossible... ou presque.

Je me suis demandé ce que j'aurais fait à la place de Cecil à la fin. On ne peut que comprendre ses motivations, mais je ne peux m'empêcher de désapprouver son acte. Pourtant, n'importe quelle personne normale l'approuvera. En fait, je l'approuve et le désapprouve à la fois. Je suis tordue... ;-)

J'ai hâte de lire un autre roman de cet auteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer pour les éditions Lizzie.

Martin Spinhayer fait partie des comédien dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, il n'a pas démérité. Il a joué sans être trop sobre ni surjouer, et n'a pas fait d'horribles effets de voix pour les rôles féminins. J'espère qu'il enregistrera davantage de livres.

vendredi, 29 novembre 2019

Ce que savait la nuit, d'Arnaldur Indridason.

Ce que savait la nuit

L'ouvrage:
Le cadavre d'un homme, disparu depuis trente ans, émerge d'un glacier islandais. Konrad, policier à la retraite, reprend l'enquête, poussé par le principal suspect qui nie être coupable aussi farouchement que trente ans auparavant.

Critique:
J'avais abandonné l'idée de lire des romans d'Arnaldur Indridason, après avoir tenté «L'homme du lac» sans parvenir à le finir. Cependant, le résumé de celui-ci m'a tentée, et j'ai décidé (comme d'habitude) d'écouter mon instinct. Bien m'en a pris, car ce livre m'a plu? et je compte tenter (dans l'ordre, cette fois) la série dont «L'homme du lac» est le tome 5.

Le roman part sur quelque chose de classique: une affaire non élucidée qui remonte à la surface, un policier marqué par cette affaire, un suspect qui nie Être le coupable... Ces éléments sont bien exploités, car ils ne m'ont pas du tout ennuyée. À cause du chapitre 2, le lecteur se doute très vite que le principal suspect est innocent. D'autres choses viennent rapidement renforcer cette impression. Cela non plus ne m'a pas agacée, parce qu'il restait quand même la possibilité que le suspect soit coupable (cela pouvait se faire sans rendre le reste incohérent).

Le roman démarre lentement, mais ce n'est pas une lenteur pénible. L'auteur présente l'affaire, son personnage principal, etc. Ensuite, rien ne traîne. Au milieu de l'enquête, par petites touches, Arnaldur Indridason en révèle davantage sur Konrad. Celui-ci a eu le temps de s'attirer la sympathie du lecteur, et le fait qu'il ne soit pas parfait la renforce, car on s'identifie à lui, même si on lui reproche certains détails.
S'il est quelque peu classique (certains pans de son passé sont douloureux), cet aspect ne m'a pas dérangée, car Konrad ne joue pas les pauvres malheureux, et assume ses méfaits, même si c'est un peu tard pour l'un d'eux. D'autre part, l'auteur ajoute certaines notes d'humour lorsque le personnage principal côtoie ses petits-enfants.

À un moment, le romancier utilise la ficelle qui consiste à proposer un suspect qui, au final, n'a pas commis le meurtre. Je n'aime pas cette ficelle, mais je ne la reproche pas ici, parce que l'écrivain fait cela très finement. En outre, ce suspect a quand même des choses à se reprocher.

Moi qui me demande toujours ce que je ferais à la place de tel personnage, je pense que j'aurais réagi exactement comme Herdis, à la fin.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.

Martin Spinhayer fait partie des comédiens dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, il n'a pas démérité. Que ce soit pour la narration ou pour les personnages, son interprétation est toujours sans failles. Il modifie à peine sa voix pour les rôles féminins, ce qui fait que ce n'est pas affecté. Il rend, sans difficultés apparentes, les sentiments des personnages.

Pour information, la structure du livre est respectée.

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samedi, 18 novembre 2017

Un monde sans fin, de Ken Follett.

Un monde sans fin

L'ouvrage:
Kingsbridge, Angleterre, novembre 1327. Quatre enfants (Merthin, Caris, Gwenda, et Ralph) son témoins d'une poursuite. Ralph tue l'un des assaillants, et le chevalier attaqué (Thomas) assassine le second. Trois enfants s'enfuient. Thomas retient Merthin, et lui demande de l'aider à enterrer un document. Puis il lui fait jurer le secret.
L'auteur nous raconte la vie de ces personnages jusqu'en novembre 1361.

Critique:
Comme je l'ai dit à la fin de ma chronique de «Les piliers de la terre», ce livre se déroulant environ deux-cents ans après, il n'en est pas la suite. Pour ceux qui auraient peur de devoir lire les trois énormes briques de la trilogie d'une traite, cela n'est pas obligatoire. Par contre, il est intéressant de les lire dans l'ordre, car dans «Un monde sans fin», il y a des allusions (explicites et implicites) aux héros du tome 1. Par ailleurs, on voit les évolutions ou les régressions faites par rapport à l'époque décrite dans le volume précédent.

Ken Follett développe avec minutie le thème de la médecine. Il met en regard les croyances des anciens et le progrès qu'apportent ceux qui se servent de leur sens critique et de leur expérience. Caris apprend qu'il faut se tromper et recommencer pour finir par acquérir des connaissances. Ce thème est d'autant plus intéressant qu'on retrouve ce genre d'oppositions partout. Dans la vie de tous les jours, quel que soit le corps de métier, il y aura immanquablement quelqu'un qui freinera par peur d'essayer autre chose, par souci de garder le monopole, par mépris et ignorance; mais il y aura aussi des gens qui se poseront des questions, et tireront des leçons de leurs erreurs. Ici, les habitants de Kingsbridge sont plutôt enclins à croire les moines, car à l'époque, la religion était omniprésente. Si certains réfléchissent, d'autres sont superstitieux, et laissent un bon orateur les convaincre.

Comme dans «Les piliers de la terre», les joutes entre l'Église, la noblesse, et le peuple sont longuement exposées. Parfois, cela paraît un peu long. Par exemple, les luttes de pouvoirs et les manoeuvres pour élire telle personne prieur se répètent. Certains lecteurs trouveront peut-être cela fastidieux. Pour ma part, cela m'a plu parce que le contexte était différent à chaque fois.
À une plus petite échelle, les manigances de chacun se retrouvent tout au long de l'oeuvre. Cela semblera peut-être exagéré à certains, pourtant, je pense que cela reflète assez bien ce qui arrive quand quelqu'un a une once de pouvoir.

Tout comme dans le tome 1, les femmes sont très loin d'être reléguées au second plan. Caris est sûrement la plus compliquée, mais aussi la plus fascinante. Ne pouvant concilier toutes ses aspirations, elle se voit contrainte à des choix en apparence insurmontables. De plus, il y a des situations où elle se met elle-même des bâtons dans les roues par peur, sachant pourtant que ce qu'elle redoute n'arrivera pas grâce aux circonstances. Elle m'a parfois agacée, mais je la comprenais.

Dans un autre genre, Gwenda est un personnage intéressant. Elle paraît gauche et geignarde, mais les épreuves font qu'elle doit s'adapter. Choisissant la lutte, la timide Gwenda accomplira des choses dont, au début, on ne l'aurait pas crue capable.
À son sujet, l'auteur a créé une situation à la fois grave et drôle. Je parle de ce que lui fait son père (Joby), et que sa mère accepte. L'excuse qu'ils se donnent et l'horrible idée qu'a Joby par la suite font frémir. Mais j'ai également éclaté de rire à cause de la manière dont le père explique son idée à sa fille: il est fier de lui, persuadé d'avoir trouvé un filon, et ne comprend pas pourquoi il devrait éprouver des remords...

Pétronille m'a un peu rappelé la mère de William dans «Les piliers de la terre». Tout comme cette dernière, elle ourdit dans l'ombre, et tire les ficelles de celui dont elle estime qu'il doit s'élever hiérarchiquement.

Quant aux «méchants», ils sont intéressants, parce que parfois, on parvient à comprendre leurs motivations. Cela ne veut pas dire qu'on pardonne leurs actes...

Tout comme pour le tome précédent, il est évident que l'écrivain s'est beaucoup documenté. Entre moeurs de l'époque, découvertes (c'est le début de l'utilisation des chiffres arabes), lois, et bien d'autres éléments, le lecteur est immergé dans le quotidien des protagonistes. Pour moi, cela a été un régal!

Il va de soi qu'il resterait énormément de choses à évoquer, et que je m'arrête là pour ne pas trop en dévoiler.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.

Je trouve judicieux de la part de l'éditeur audio de n'avoir pas fait lire les deux tomes par le même lecteur. Cela aide d'autant mieux à ne pas considérer ce livre comme la suite directe de l'autre. Il me semble que le tome 3 sera lu par Patrick Descamps (qui a interprété le 1). Je l'aurais fait enregistrer par un autre comédien: un lecteur par tome. Néanmoins, je serai contente de retrouver Patrick Descamps si c'est bien lui qui lit le 3.
Le choix de Martin Spinhayer est, à mon avis, parfait. Il a su, sans difficultés apparentes, entrer dans l'époque, dans l'ambiance, dans la peau des personnages. Il a une voix de conteur et une diction soignée. Il n'avait pas la partie facile. Il a modifié sa voix, à bon escient, pour certains rôles. Cela montre son talent, car il n'est vraiment pas simple de faire cela pour autant de personnages, en ayant soin de garder un ton crédible. Hé oui, car ces personnages ont des sentiments, et parfois, les expriment! ;-) Donc, le lecteur doit les montrer. Je pense qu'ici, il serait aisé de surjouer. Le comédien évite cet écueil, et s'en tire très bien.
D'autre part, il ne tente pas de prendre un accent pour prononcer les noms propres étrangers, ce qui m'a ravie.
Je regrette qu'il ait enregistré peu de livres. Espérons que les éditeurs audio feront davantage appel à lui.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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mercredi, 12 février 2014

Une vie entre deux océans, de M. L. Stedman.

Une vie entre deux océans

L'ouvrage:
27 avril 1926.
Tom Sherbourne est gardien du phare de l'île de Janus depuis 1918, depuis qu'il est revenu meurtri de la guerre. Ce jour-là, il trouve un dinghy échoué sur la plage. À son bord, un cadavre et un nourrisson d'environ deux mois. Sa femme, Isabel, qui vient de faire sa troisième fausse couche, lui demande de ne pas signaler l'événement. Elle veut garder l'enfant.

Critique:
Voilà un livre qui, s'il m'a semblé lent à démarrer, analyse très bien la psychologie de personnages meurtris, vivant des situations extrêmes, et étant confrontés à des choix cornéliens. Le lecteur se mettra forcément à leur place. Cela ne m'a d'ailleurs pas toujours été facile. En effet, si j'ai très bien compris les sentiments de Tom, j'ai eu davantage de mal concernant Isabel. Tom agit en pensant aux autres. C'est justement cette empathie qui fait de lui un homme torturé. Quoiqu'il fasse, il fera souffrir quelqu'un. Ayant déjà vu assez de souffrance, il ne souhaite pas en occasionner. Plus tard, certains penseront peut-être qu'il en fait trop, et auront peut-être envie de le secouer. Pour ma part, je n'ai pas vraiment ressenti cela, parce que de petits détails montraient bien que Tom acceptait difficilement son sort.

C'est Isabel que j'ai eu beaucoup de mal à comprendre. L'auteur a pourtant bien analysé sa psychologie. Après avoir souffert, elle ne souhaite pas épargner les autres, mais seulement elle-même. Malgré les reproches que je lui adressais au long de ma lecture, une part de moi la comprenait. Pourquoi ne pas saisir la chance offerte? Pourquoi ne pas tout faire pour la garder? Isabel est un personnage extrême. Elle vit tout intensément. Donc, lorsqu'elle est en colère, elle peut se transformer en véritable furie, sans vouloir envisager autre chose que l'explication qui lui donne raison. L'auteur dépeint très bien cette femme pleine de forts sentiments, qui semble parfois ne pas prendre toute la mesure de ses actes. Le lecteur a un aperçu de cela lors de la scène où Isabel pense qu'un médecin est venu la voir... Cette scène est représentative de ce dont est capable la jeune femme, et ici, sa colère est beaucoup moins forte que par la suite. J'ai donc eu énormément de mal à la comprendre, car, outre que ses paroles et ses pensées sont parfois niaises (peut-être est-ce dû à son éducation ou à l'environnement dans lequel elle a grandi), il me semblait qu'elle était toujours guidée par son égoïsme. Même lorsqu'elle dit vouloir le bien d'un certain personnage, son attitude ne le montre pas. Pourtant, outre se mettre à sa place, il faut, là encore, glaner les indices qui montrent qu'elle n'est pas en paix avec elle-même.

Mis à part ces deux personnages, M. L. Stedman présente une palette de vécus, de caractères, et donc de sentiments et de réactions. Tous ces protagonistes sont intéressants.

Du point de vue de l'intrigue, j'ai trouvé le début maladroit. L'auteur commence par accrocher le lecteur en racontant cette trouvaille du 27 avril 1926, puis elle raconte comment Tom a vécu après la guerre, comment Isabel et lui se sont rencontrés... Pour moi, cette façon de faire est très artificielle.
Ensuite, lorsque l'histoire est lancée, tout s'enchaîne bien. On pourra trouver étrange que Tom et Isabel finissent par savoir d'où vient le bébé trouvé, mais n'oublions pas que la ville la plus proche de Janus est une petite ville. C'est donc vraisemblable.
Certains moments auraient pu être racontés de manière mièvre, mais M. L. Stedman évite cet écueil.

L'auteur montre comment des faits peuvent être manipulés, comment on peut rapidement se persuader et vouloir persuader les autres qu'untel est une crapule.
Il est également affreux de penser que si une femme n'est pas tenue responsable de choses que son mari l'aurait contrainte à faire, la réciproque n'est pas vraie. On ne se plaçait que d'un point de vue physique et non psychologique.

Un roman plein d'émotion, qui analyse avec justesse des situations et des personnages extrêmes, montrant les points de vue des uns et des autres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le lecteur n'a pas eu la partie facile. J'aurais compris qu'il tombe dans le surjeu. Entre l'enfant de quatre ans, certaines femmes en colère, des personnes âgées, et certains passages narratifs très chargés en émotion, il avait fort à faire. Heureusement, il s'en est très bien sorti, modifiant sa voix juste ce qu'il fallait, ne cabotinant pas, ne prenant pas une prononciation affectée pour les noms propres anglophones, trouvant toujours le ton juste. C'est, à ma connaissance, le premier livre qu'il enregistre. En tout cas, c'est le premier que j'entends. J'espère qu'il en enregistrera d'autres!


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