Lecteur : Spinhayer Martin

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samedi, 18 novembre 2017

Un monde sans fin, de Ken Follett.

Un monde sans fin

L'ouvrage:
Kingsbridge, Angleterre, novembre 1327. Quatre enfants (Merthin, Caris, Gwenda, et Ralph) son témoins d'une poursuite. Ralph tue l'un des assaillants, et le chevalier attaqué (Thomas) assassine le second. Trois enfants s'enfuient. Thomas retient Merthin, et lui demande de l'aider à enterrer un document. Puis il lui fait jurer le secret.
L'auteur nous raconte la vie de ces personnages jusqu'en novembre 1361.

Critique:
Comme je l'ai dit à la fin de ma chronique de «Les piliers de la terre», ce livre se déroulant environ deux-cents ans après, il n'en est pas la suite. Pour ceux qui auraient peur de devoir lire les trois énormes briques de la trilogie d'une traite, cela n'est pas obligatoire. Par contre, il est intéressant de les lire dans l'ordre, car dans «Un monde sans fin», il y a des allusions (explicites et implicites) aux héros du tome 1. Par ailleurs, on voit les évolutions ou les régressions faites par rapport à l'époque décrite dans le volume précédent.

Ken Follett développe avec minutie le thème de la médecine. Il met en regard les croyances des anciens et le progrès qu'apportent ceux qui se servent de leur sens critique et de leur expérience. Caris apprend qu'il faut se tromper et recommencer pour finir par acquérir des connaissances. Ce thème est d'autant plus intéressant qu'on retrouve ce genre d'oppositions partout. Dans la vie de tous les jours, quel que soit le corps de métier, il y aura immanquablement quelqu'un qui freinera par peur d'essayer autre chose, par souci de garder le monopole, par mépris et ignorance; mais il y aura aussi des gens qui se poseront des questions, et tireront des leçons de leurs erreurs. Ici, les habitants de Kingsbridge sont plutôt enclins à croire les moines, car à l'époque, la religion était omniprésente. Si certains réfléchissent, d'autres sont superstitieux, et laissent un bon orateur les convaincre.

Comme dans «Les piliers de la terre», les joutes entre l'Église, la noblesse, et le peuple sont longuement exposées. Parfois, cela paraît un peu long. Par exemple, les luttes de pouvoirs et les manoeuvres pour élire telle personne prieur se répètent. Certains lecteurs trouveront peut-être cela fastidieux. Pour ma part, cela m'a plu parce que le contexte était différent à chaque fois.
À une plus petite échelle, les manigances de chacun se retrouvent tout au long de l'oeuvre. Cela semblera peut-être exagéré à certains, pourtant, je pense que cela reflète assez bien ce qui arrive quand quelqu'un a une once de pouvoir.

Tout comme dans le tome 1, les femmes sont très loin d'être reléguées au second plan. Caris est sûrement la plus compliquée, mais aussi la plus fascinante. Ne pouvant concilier toutes ses aspirations, elle se voit contrainte à des choix en apparence insurmontables. De plus, il y a des situations où elle se met elle-même des bâtons dans les roues par peur, sachant pourtant que ce qu'elle redoute n'arrivera pas grâce aux circonstances. Elle m'a parfois agacée, mais je la comprenais.

Dans un autre genre, Gwenda est un personnage intéressant. Elle paraît gauche et geignarde, mais les épreuves font qu'elle doit s'adapter. Choisissant la lutte, la timide Gwenda accomplira des choses dont, au début, on ne l'aurait pas crue capable.
À son sujet, l'auteur a créé une situation à la fois grave et drôle. Je parle de ce que lui fait son père (Joby), et que sa mère accepte. L'excuse qu'ils se donnent et l'horrible idée qu'a Joby par la suite font frémir. Mais j'ai également éclaté de rire à cause de la manière dont le père explique son idée à sa fille: il est fier de lui, persuadé d'avoir trouvé un filon, et ne comprend pas pourquoi il devrait éprouver des remords...

Pétronille m'a un peu rappelé la mère de William dans «Les piliers de la terre». Tout comme cette dernière, elle ourdit dans l'ombre, et tire les ficelles de celui dont elle estime qu'il doit s'élever hiérarchiquement.

Quant aux «méchants», ils sont intéressants, parce que parfois, on parvient à comprendre leurs motivations. Cela ne veut pas dire qu'on pardonne leurs actes...

Tout comme pour le tome précédent, il est évident que l'écrivain s'est beaucoup documenté. Entre moeurs de l'époque, découvertes (c'est le début de l'utilisation des chiffres arabes), lois, et bien d'autres éléments, le lecteur est immergé dans le quotidien des protagonistes. Pour moi, cela a été un régal!

Il va de soi qu'il resterait énormément de choses à évoquer, et que je m'arrête là pour ne pas trop en dévoiler.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.

Je trouve judicieux de la part de l'éditeur audio de n'avoir pas fait lire les deux tomes par le même lecteur. Cela aide d'autant mieux à ne pas considérer ce livre comme la suite directe de l'autre. Il me semble que le tome 3 sera lu par Patrick Descamps (qui a interprété le 1). Je l'aurais fait enregistrer par un autre comédien: un lecteur par tome. Néanmoins, je serai contente de retrouver Patrick Descamps si c'est bien lui qui lit le 3.
Le choix de Martin Spinhayer est, à mon avis, parfait. Il a su, sans difficultés apparentes, entrer dans l'époque, dans l'ambiance, dans la peau des personnages. Il a une voix de conteur et une diction soignée. Il n'avait pas la partie facile. Il a modifié sa voix, à bon escient, pour certains rôles. Cela montre son talent, car il n'est vraiment pas simple de faire cela pour autant de personnages, en ayant soin de garder un ton crédible. Hé oui, car ces personnages ont des sentiments, et parfois, les expriment! ;-) Donc, le lecteur doit les montrer. Je pense qu'ici, il serait aisé de surjouer. Le comédien évite cet écueil, et s'en tire très bien.
D'autre part, il ne tente pas de prendre un accent pour prononcer les noms propres étrangers, ce qui m'a ravie.
Je regrette qu'il ait enregistré peu de livres. Espérons que les éditeurs audio feront davantage appel à lui.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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mercredi, 12 février 2014

Une vie entre deux océans, de M. L. Stedman.

Une vie entre deux océans

L'ouvrage:
27 avril 1926.
Tom Sherbourne est gardien du phare de l'île de Janus depuis 1918, depuis qu'il est revenu meurtri de la guerre. Ce jour-là, il trouve un dinghy échoué sur la plage. À son bord, un cadavre et un nourrisson d'environ deux mois. Sa femme, Isabel, qui vient de faire sa troisième fausse couche, lui demande de ne pas signaler l'événement. Elle veut garder l'enfant.

Critique:
Voilà un livre qui, s'il m'a semblé lent à démarrer, analyse très bien la psychologie de personnages meurtris, vivant des situations extrêmes, et étant confrontés à des choix cornéliens. Le lecteur se mettra forcément à leur place. Cela ne m'a d'ailleurs pas toujours été facile. En effet, si j'ai très bien compris les sentiments de Tom, j'ai eu davantage de mal concernant Isabel. Tom agit en pensant aux autres. C'est justement cette empathie qui fait de lui un homme torturé. Quoiqu'il fasse, il fera souffrir quelqu'un. Ayant déjà vu assez de souffrance, il ne souhaite pas en occasionner. Plus tard, certains penseront peut-être qu'il en fait trop, et auront peut-être envie de le secouer. Pour ma part, je n'ai pas vraiment ressenti cela, parce que de petits détails montraient bien que Tom acceptait difficilement son sort.

C'est Isabel que j'ai eu beaucoup de mal à comprendre. L'auteur a pourtant bien analysé sa psychologie. Après avoir souffert, elle ne souhaite pas épargner les autres, mais seulement elle-même. Malgré les reproches que je lui adressais au long de ma lecture, une part de moi la comprenait. Pourquoi ne pas saisir la chance offerte? Pourquoi ne pas tout faire pour la garder? Isabel est un personnage extrême. Elle vit tout intensément. Donc, lorsqu'elle est en colère, elle peut se transformer en véritable furie, sans vouloir envisager autre chose que l'explication qui lui donne raison. L'auteur dépeint très bien cette femme pleine de forts sentiments, qui semble parfois ne pas prendre toute la mesure de ses actes. Le lecteur a un aperçu de cela lors de la scène où Isabel pense qu'un médecin est venu la voir... Cette scène est représentative de ce dont est capable la jeune femme, et ici, sa colère est beaucoup moins forte que par la suite. J'ai donc eu énormément de mal à la comprendre, car, outre que ses paroles et ses pensées sont parfois niaises (peut-être est-ce dû à son éducation ou à l'environnement dans lequel elle a grandi), il me semblait qu'elle était toujours guidée par son égoïsme. Même lorsqu'elle dit vouloir le bien d'un certain personnage, son attitude ne le montre pas. Pourtant, outre se mettre à sa place, il faut, là encore, glaner les indices qui montrent qu'elle n'est pas en paix avec elle-même.

Mis à part ces deux personnages, M. L. Stedman présente une palette de vécus, de caractères, et donc de sentiments et de réactions. Tous ces protagonistes sont intéressants.

Du point de vue de l'intrigue, j'ai trouvé le début maladroit. L'auteur commence par accrocher le lecteur en racontant cette trouvaille du 27 avril 1926, puis elle raconte comment Tom a vécu après la guerre, comment Isabel et lui se sont rencontrés... Pour moi, cette façon de faire est très artificielle.
Ensuite, lorsque l'histoire est lancée, tout s'enchaîne bien. On pourra trouver étrange que Tom et Isabel finissent par savoir d'où vient le bébé trouvé, mais n'oublions pas que la ville la plus proche de Janus est une petite ville. C'est donc vraisemblable.
Certains moments auraient pu être racontés de manière mièvre, mais M. L. Stedman évite cet écueil.

L'auteur montre comment des faits peuvent être manipulés, comment on peut rapidement se persuader et vouloir persuader les autres qu'untel est une crapule.
Il est également affreux de penser que si une femme n'est pas tenue responsable de choses que son mari l'aurait contrainte à faire, la réciproque n'est pas vraie. On ne se plaçait que d'un point de vue physique et non psychologique.

Un roman plein d'émotion, qui analyse avec justesse des situations et des personnages extrêmes, montrant les points de vue des uns et des autres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le lecteur n'a pas eu la partie facile. J'aurais compris qu'il tombe dans le surjeu. Entre l'enfant de quatre ans, certaines femmes en colère, des personnes âgées, et certains passages narratifs très chargés en émotion, il avait fort à faire. Heureusement, il s'en est très bien sorti, modifiant sa voix juste ce qu'il fallait, ne cabotinant pas, ne prenant pas une prononciation affectée pour les noms propres anglophones, trouvant toujours le ton juste. C'est, à ma connaissance, le premier livre qu'il enregistre. En tout cas, c'est le premier que j'entends. J'espère qu'il en enregistrera d'autres!


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