Crains le pire

L'ouvrage:
Tim et Suzanne Blake sont divorcés depuis cinq ans. Leur fille, Sydney, en a souffert.
La jeune fille de dix-sept ans passe l'été chez son père. Elle travaille à l'hôtel Just In Time. Un soir, elle ne rentre pas du travail.
Alarmé, Tim se rend à l'hôtel où chaque personne qu'il interroge lui assure n'avoir jamais vu Sydney.

Critique:
Voilà encore une idée originale. Même si cela commence de manière moins étrange que «Cette nuit-là», le lecteur se demandera pourquoi Sydney semble être partie sur un coup de tête. Grâce à des indices et des révélations habilement dosés, Linwood Barclay laisse entrevoir des pistes à son lecteur. Il se débrouille mieux que certains, car toutes les suppositions que fera le lecteur ne seront pas forcément fausses.
Au long du roman, on devine certaines choses avant les protagonistes. Par exemple, j'ai très vite su ce qu'il en était quant à Seattle. Je savais également que Tim se montait la tête quand il a vu Yann transporter quelqu'un chez lui. Enfin, je me doutais qu'il trouverait quelque chose grâce à un certain objet, même si là, l'indice est très bien amené.
Malheureusement, Linwood Barclay n'évite pas une ficelle surexploitée et trop facile: celle du personnage principal qui fait cavalier seul (du moins, qui finit par ne plus se fier à la police), et que la police finit par accuser de tout.

Il n'y a pas autant de temps morts que dans «Cette nuit-là». Parfois, ça traîne un peu, mais l'auteur a pris le temps de décrire des personnages creusés.
En revanche, je n'ai pas aimé le fait que la fin soit abrupte. Certes, tout est dit quant à l'intrigue principale. Mais en général, dans un bon roman policier, la toute fin décrit ce que sont devenus les personnages quelques semaines après les faits. Ici, cela se termine juste après le dernier moment de tension. Cela m'a donné un goût d'inachevé. De plus, le lecteur continue d'ignorer certains détails qui ne sont pas vitaux, certes, mais qui, s'ils avaient été indiqués, auraient donné l'impression d'un roman réellement terminé.

Un aspect de l'histoire m'a semblé bancal. C'est ennuyeux, car on finit par découvrir que c'est là-dessus qu'une grande partie de l'intrigue tient...
Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends que Sydney ait été effrayée et déboussolée, mais elle a tué en état de légitime défense. Elle aurait pu s'en remettre à ses parents et à la police... On peut se sauver et se cacher sur un coup de panique, mais la Sydney qui nous est décrite au long du roman semble plus posée que cela. On me rétorquera qu'elle a agi comme lors de l'épisode du chien...

Les personnages sont épais. Le lecteur suivra Tim avec intérêt. On comprendra aisément ce par quoi passera ce père qui aime sa fille, et qui voit le sol se dérober sous ses pieds, qui finit par craindre qu'elle n'ait pas eu assez confiance en lui, pire, qu'elle ait pu se laisser entraîner dans quelque chose qui l'a dépassée.
J'ai également apprécié Suzanne, Bob, et même Evan, qui ne sont ni bornés ni caricaturaux.
Le personnage le plus complexe est sûrement Patty. Elle n'a pas une vie facile, et tente de tirer au mieux son épingle du jeu. J'ai aimé le fait que le lecteur passe par toutes sortes de sentiments la concernant. Entre parenthèses, j'ai su avant Tim à qui elle téléphonait, à la fin.

Je me rends compte qu'une grande partie de ma chronique insiste sur les points négatifs. Pourtant, j'ai aimé ce roman. Certes, j'ai été gênée par les points négatifs, mais l'ambiance, les personnages, les rebondissements à propos, font que je les pardonne à l'auteur...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Sollier pour les éditions Audiolib.
Je ne connaissais pas ce comédien. J'ai apprécié sa voix et son interprétation. Parfois, il joue peut-être un peu trop, mais je ne dirais pas qu'il surjoue. J'en aurais peut-être un peu moins fait, à certains moments, mais cela ne veut pas dire qu'il a cabotiné. Il a su rendre la détresse de Tim. Son jeu m'a fait sursauter à certains moments de tension, et cela allait très bien à l'ambiance du roman. Je le réentendrai avec plaisir.

Il y a peu de musique entre les chapitres. Tant mieux pour moi qui n'en suis pas du tout friande. :-)