Lecteur : Sergeant Marina

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lundi, 1 avril 2013

Vingt-six dossiers qui défient la raison, de Pierre Bellemare.

Vingt-six dossiers qui défient la raison

L'ouvrage:
Pierre Bellemare et Grégory Frank ont réuni ici des récits auxquels il est parfois périlleux de trouver une explication rationnelle. Cela va de la coïncidence au phénomène absolument inexplicable en passant par des récits d'intuitions, de prémonitions.

Critique:
Comme d'habitude, j'ai aimé me plonger dans ces récits captivants. Cependant, j'ai trouvé le livre inégal. Bien sûr, toutes les histoires ne peuvent pas être au goût de tous. Pour ma part, j'ai trouvé la première histoire beaucoup trop longue, et très difficile à croire. D'autres me paraissaient un peu fades.
Si certains récits semblent incroyables, vous aurez toujours une porte de sortie simple: ne pas y croire. La marque de fabrique (si j'ose dire) de Pierre Bellemare est qu'il rassemble des récits vrais afin d'en faire profiter son lecteur, mais celui-ci peut également les lire comme des nouvelles s'il en a envie. Donc quand l'une de ces histoires m'a paru absolument invraisemblable (je suis peut-être encore trop rationnelle), le premier moment d'exaspération passé, je me suis dit que je pouvais ne pas y croire.

Tous les dossiers ne sont pas du même acabit. Il y en aura pour tous les goûts. J'ai préféré ceux qui exposent des coïncidences, où des intuitions étaient la clé de l'énigme, où la communication se faisait par de curieuses voies... J'ai également apprécié que souvent, les auteurs tentent de trouver des explications rationnelles, tout en disant qu'un doute pouvait subsister. L'histoire du village de l'éternel hiver est sûrement la plus étonnante, car ce qui arriva à nos randonneurs n'est pas le seul sujet de surprise.

Je n'ai pas eu le courage d'aller fouiller parmi toutes les histoires de Pierre Bellemare que je possède, mais comme dans «Destins sur ordonnance», il me semble avoir retrouvé des récits que j'avais déjà lus. Cela m'a déçue, car c'est quelque peu malhonnête. Si cela n'est pas fait exprès, cela dénote une organisation peu sérieuse. Bien sûr, Pierre Bellemare a rassemblé tellement d'histoires qu'il doit être difficile de tout noter et répertorier.
Comme toujours, les histoires commencent par une introduction. Ici, je les ai trouvées trop longues, presque inutiles.

Dans l'histoire opposant deux frères, à un moment, ils sont «échangés». La narration inverse les prénoms, et garde l'inversion jusqu'à la fin.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par marina Sergeant pour la Ligue braille.

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lundi, 23 mai 2011

Le piège de la botaniste, de Régis Hauser.

Le piège de la botaniste

L'ouvrage:
Juliette Deschamps (dite Julia) est dans sa voiture. Elle vient d'être braquée par un jeune homme en cavale, Denis. Sous la menace de son pistolet, il la contraint à l'emmener chez elle. C'est alors que commence une douloureuse cohabitation.

Critique:
L'idée de départ est bonne. En outre, le livre n'est pas lent à démarrer, il commence alors que Julia vient de se faire braquer. Rapidement, l'auteur entraîne son lecteur dans les pensées de son héroïne, et le précipite dans l'action. Tout cela est prometteur. Seulement, ça tourne au soufflé raté, du moins, pour moi.
Ma réaction est peut-être primaire, mais je ne peux pas m'identifier aux personnages (et donc, m'impliquer dans le livre), si je n'éprouve pas de sympathie pour eux. Et alors là, comment éprouver de la sympathie pour ces deux énergumènes! L'auteur nous décrit leur vie passée, montrant les grandes souffrances qu'ils ont connues, afin d'expliquer leur caractère, de les dédouaner, et de faire en sorte que le lecteur les excuse. Ils ont souffert, soit, mais si toutes les femmes ne pouvant avoir d'enfants devenaient aussi perverses que Julia!!! Il est plus logique de penser qu'elle était déjà perverse, et que sa frustration a été l'accélérateur de l'expression de cette perversité.

Le début prometteur est remplacé par de longs retours en arrière destinés à raconter la vie des personnages, et à les faire mieux connaître au lecteur. En fait, ce sont des longueurs. Cela aide le lecteur à cerner les personnages, il est vrai, mais c'est bien trop long. Le début n'est donc qu'un leurre. On croit qu'il n'y aura pas de temps morts, mais ils se cachent au long du livre.
Ensuite, on assiste à un défilé de scènes de tortures toutes plus raffinées les unes que les autres, et qui nous fait déplorer l'existence d'êtres humains aussi malfaisants, aussi noirs, aussi retors. Les personnages sont tellement écœurants qu'on finit par s'ennuyer à lire leurs assauts de perversité, et qu'on sort du livre aussi vite qu'on y est entré, devenant un spectateur distant, voire indifférent.

D'autre part, si la police fait son travail, elle est bien lente à agir.
Il est également un peu curieux que Georges, qui connaît bien Julia, n'ait pas pris toute la mesure de sa perversité et de toute l'horreur qu'elle devrait lui inspirer.

Je me suis demandée si la théorie de Julia quant aux hommes-végétaux (disons cela ainsi), était fondée sur des études outre les siennes, ou si elle sortait tout droit de l'imagination de l'auteur. On aurait tendance à dire que c'est inventé de toutes pièces, mais sait-on jamais?
Par ailleurs, cette théorie a déjà été exploitée (et bien mieux), par Serge Brussolo dans «Le carnaval de fer».

Bref, je ne recommande pas ce livre pendant lequel je me suis ennuyée.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Sergeant pour la Ligue Braille.
Si le livre m'a déplu, j'ai apprécié la lecture fluide et vivante de Marina Sergeant. Elle lit sans trop en faire, tout en évitant parfaitement la monotonie.

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lundi, 12 novembre 2007

Les tigres de Tasmanie, de Bernard Simonay.

Les tigres de Tasmanie

L'auteur:
En faisant une recherche, j'ai découvert que Bernard Simonay avait écrit des romans fantastiques, des romans policiers, des romans historiques, des romans d'aventure. Je vous conseille son site et surtout le forum de ses fans.
Ayant aimé "Les tigres de Tasmanie", je vais essayer de lire d'autres ouvrages de cet auteur.

L'ouvrage:
A la fin de la première guerre mondiale, Clémentine, médecin, a perdu presque toute sa famille. Ses parents sont morts, ainsi que son époux, William Smith. Il ne lui reste plus que Mary, sa fille de sept mois.
La jeune française décide d'aller s'établir en Tasmanie, où elle compte retrouver la famille de son mari. En effet, William était tasmanien.

Bizarrement, il n'y a aucune trace de William Smith dans les registres. La jeune femme devrait repartir. Mais après quelques jours, elle se découvre un profond attachement pour ce pays, pour cette terre. De plus, elle compte bien élucider le mystère entourant la personne de son défunt mari.
C'est là que commence une aventure pleine de surprises.

Critique:
Commençons par ce que je n'ai pas aimé, on en sera débarrassé. La seule chose que je reproche à ce roman, c'est que la première histoire d'amour à laquelle assiste le lecteur est attendue. A part cela, le livre est une réussite.

D'abord, l'auteur ne se contente pas de situer son histoire en Tasmanie juste pour faire exotique. Il ne se contente pas de nous présenter deux ou trois animaux exotiques pour faire couleur locale. Il plante un décor, s'attarde sur la faune, la flore, et l'histoire du pays. Le lecteur s'évade vraiment en lisant ce roman. Il se croit réellement en Tasmanie, dans ses forêts. Il est heureux de côtoyer les diables, et les loups tigrés, appelés les tigres de Tasmanie.

Si on s'attend à la première histoire, on ne s'attend pas au reste. En arrière-plan, une enquête est menée. Cette enquête finira par devenir très importante. On est tout aussi perdu que Clémentine. On assiste aux conflits des exploitants forestiers, les familles qui se déchire, la haine d'un nom qui fait dire n'importe quoi...
On découvre, à l'instar de la jeune femme, certains secrets qui lient étroitement les Kelly et les Prescott, et qui font que Clémentine se retrouve, elle aussi, prise dans la toile. J'ai deviné certaines choses un peu avant elle, mais je pense que l'auteur a fait exprès de donner la clé à son lecteur quelques lignes avant qu'elle ne la découvre.
Entre parenthèses, je suis fière de moi, car il y avait un personnage que je ne sentais pas, et il s'est révélé haïssable.

Le thème du racisme des colons envers les aborigènes (plutôt les sang-mêlés, étant donné que les aborigènes furent décimés avant le début de cette histoire), est abordé très intelligemment. La bêtise des colons est mise à nue. Néanmoins, Bernard Simonay différencie bien les colons. Ils ne sont pas tous classés dans la catégorie des brutes qui ne supporte pas qu'on soit différents d'eux.
De plus, il est établi qu'aucun blanc n'acceptera de travailler sous les ordres d'un métis. Pourtant, après un événement grave, les bûcherons travaillant pour Clémentine ont réfléchi, et ont fini par s'accorder sur le fait qu'ils préféraient travailler sous les ordres de quelqu'un de compétent, et qui ne passait pas son temps à aboyer. La couleur n'importait plus.

Le personnage de Clémentine est également intéressant. Elle n'a pas froid aux yeux, et n'hésite pas à bousculer la misogynie pour faire valoir ses droits et la justice. Mais ce n'est ni une sainte, ni une femme parfaite. Elle a ses faiblesses, et cela la rend plus humaine.
Le personnage d'Emily est un écho de Clémentine. Elle aussi se bat pour sauvegarder ses droits et ceux de son amie. Elle fait cela avec bonne humeur et verve. Lorsque le lecteur la retrouve au fil des pages, elle est une bouffée d'oxygène.
Je ne m'attarderai pas sur tous les personnages, mais ils sont tous complexes,et donc intéressants, sauf peut-être deux.

Le repentir de certains personnages est un peu difficile à croire, vu leur acharnement. On a l'impression que l'auteur a voulu faire une fin heureuse, même s'il fallait pour cela être un peu invraisemblable. Cependant, si l'on se penche sur les arguments donnés par les personnages qui se repentent, on finit par les trouver acceptables, et par excuser l'auteur qui signe ici un roman avec lequel on passe un très bon moment. Vous ne le lâcherez pas tant que vous n'en n'aurez pas lu le dernier mot.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par marina Sergeant pour la Ligue braille.

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