Terminus Elicius

L'ouvrage:
Jeanne est secrétaire au commissariat de police de Marseille. Habitant à Istres, elle prend le train pour aller au travail et en revenir. Elle s'assoit toujours à la même place. Un jour, elle y trouve une lettre qui lui est adressée. Elle apprend rapidement que l'homme qui lui écrit est celui que la police recherche. Il en est à son deuxième meurtre.

Critique:
Ce roman n'est pas mon préféré, mais il est dans l'esprit de Karine Giébel. Il m'a beaucoup plu. Au début, l'auteur présente Jeanne. On parvient facilement à l'imaginer. Enfermée dans sa timidité, se rassurant grâce à ses petites manies, s'effaçant au maximum... Dès la fin du premier chapitre, elle trouve la première lettre, et le lecteur partage ses tourments. On comprend très bien le dilemme de la jeune femme. Une part d'elle-même lui dit de dénoncer l'assassin, mais c'est le premier qui fait attention à elle, lui dit de gentilles choses, et il semble avoir souffert. Au long des lettres d'Elicius et des événements qui arrivent, on suit le cheminement de Jeanne. On entrevoit une blessure secrète qui n'a pu être digérée et qui fait encore des ravages. Ce personnage est très effacé, mais comme le lecteur est dans sa tête, il se rend compte de sa complexité, de sa sensibilité, et de sa lucidité, malgré tout.

J'ai très vite cru que la romancière ferait un retournement comme je les déteste, et qu'à la fin, nous découvririons que Jeanne est l'assassin, qu'elle souffre d'un dédoublement de personnalité. Karine Giébel s'arrange d'ailleurs pour qu'on le croie sans créer d'incohérences.

L'intrigue traîne un peu vers la moitié du roman, mais ce n'est pas très gênant parce que cela ne dure pas. Certaines découvertes sont bien placées. J'ai deviné une ou deux choses, mais rien ne m'a dérangée, car je n'aurais pas aimé que cela ne tourne pas ainsi. Il y a quand même un fait à propos duquel j'aurais aimé une explication. Le lecteur peut l'imaginer, mais j'aurais préféré qu'elle soit donnée par l'auteur. Sur ce point, la romancière a été un peu légère.

Comme souvent, l'auteur s'attache à montrer que le bourreau est plutôt une victime. Le pire est que sa démonstration est crédible. Au long du roman, on sent que l'assassin a souffert, et on ne parvient pas à lui en vouloir tant qu'on n'a pas toutes les données. Lorsque la solution est apportée, on se sent perdu et impuissant. Je sais que ce genre de choses (ce qui a fait que le meurtrier est une victime) est pratiqué, et malheureusement, je ne pense pas que Karine Giébel exagère beaucoup. Elle rend son histoire d'autant plus réaliste qu'elle puise dans des faits dont on sait qu'ils arrivent dans la vie de tous les jours.

Ce roman est le premier de Karine Giébel. Il ressort cette année aux éditions Belfond. Dans cette réédition, est ajoutée une nouvelle, apparemment écrite pour l'occasion: «Aurore». L'éditeur audio l'a incluse après le roman. Elle m'a également plu. Elle rejoint un peu le thème déclencheur des événements dans «Terminus Elicius». Là encore, cela met mal à l'aise, car nous savons tous que la situation d'Alban est assez répandue... Ce qui arrive à Aurore l'est également, mais dans l'absolu, elle est moins à plaindre qu'Alban.
Dans cette nouvelle, il y a un clin d'oeil à «Terminus Elicius». J'ai trouvé cela sympathique.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sebastian.
Micky Sebastian est une comédienne que je connais et apprécie depuis très longtemps pour ses doublages. Je trouve qu'elle a très bien interprété ce roman. À un moment, je me suis demandé pourquoi elle faisait cette voix à la fois grave, chuchotante et un peu cassée pour Elicius. Puis l'auteur explique que c'est ainsi que Jeanne se l'imagine. Cela m'a un peu surprise au début, mais ensuite, j'ai trouvé que cette voix plongeait davantage le lecteur dans cette ambiance sordide et collante.
Que Jeanne discute avec sa voix intérieure, qu'Esposito et Lepage parlent de l'enquête, la comédienne prend toujours une intonation appropriée, qui va bien à l'ambiance du roman.
Je me suis demandé pourquoi elle donnait un petit accent du Midi à Monique (j'ai aimé le fait qu'elle ne l'exagère pas), et j'ai compris en entendant Monique utiliser des mots comme «Peuchère». Outre que le roman se passe à Marseille, quelqu'un qui utilisera des mots «régionaux» le fera plutôt avec un accent.
La comédienne a su se fondre dans l'ambiance et la renforcer par son interprétation juste. J'espère qu'elle enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

Pour information: la structure du livre est respectée.

Cliquez ici pour voir le livre audio et en écouter un extrait.

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