Deux étrangers

L'ouvrage:
Élise vit à Paris. Voilà sept ans qu'elle n'a pas vu son père qui vit à Marrakech. Un jour, il lui téléphone, et lui dit qu'elle doit venir le voir. Sur un coup de tête, elle entreprend le voyage en voiture. Pendant tout ce temps, elle se penche sur son enfance, se remémore la manière dont agissait son père.

Critique:
Ce roman me laisse un sentiment mitigé. La romancière a souhaité nuancer son propos, mais à trop vouloir nuancer, elle tombe parfois dans le cliché. Le père d'Élise (dont nous apprenons tardivement le prénom), s'est montré détestable avec sa famille, mais il s'est marié avec une femme qu'il n'aimait pas, et a connu un traumatisme dans son enfance. Je trouve cela trop facile. Surtout le fait qu'il s'est «mal marié». Il n'avait qu'à prendre sa vie en main, et ne pas accepter quelque chose qu'il ne voulait pas. Si c'est, ensuite, pour maltraiter (surtout psychologiquement) femmes et enfants, si c'était pour tromper sa femme au vu et au su de tous, il aurait peut-être dû réfléchir à deux fois.

La narratrice profite de son voyage pour faire une espèce d'analyse de sa vie, de sa situation, des réactions de chacun... Elle décrit les sentiments compliqués qu'elle éprouve pour son père. Il y a beaucoup de répulsion (ce qui est assez logique), mais aussi une espèce d'amour dû à certains moments de complicité (qu'elle ne se rappelle même pas), et d'une reconnaissance qu'elle souhaite de la part d'un homme qui, le plus souvent, n'a manifesté que violence et mépris. À un moment, elle lui trouve même des excuses: il frappait son fils parce que c'était plus fort que lui, qu'il ne connaissait que ça... D'abord, il n'a pas été frappé, dans son enfance. Ensuite, si on frappe par besoin, il faut se faire soigner. Bien sûr, il y en a qui le font, mais quand les victimes commencent à leur trouver ce genre d'excuses, rien ne va plus.
Cela m'a agacée parce que pour moi, on n'a pas envie de revoir quelqu'un qui nous a fait du mal. Bien sûr, la réaction de certaines personnes (pas seulement celle d'Élise ou de Camille dans ce cas précis) montre que tout le monde est loin d'être comme moi, et que beaucoup (à l'instar d'Élise) cherchent à avoir des relations avec des personnes qui se montrèrent détestables. Les liens familiaux sont-ils si forts? Personnellement, je suis heureuse de ne pas être ainsi. Le comble est atteint lorsqu'Élise analyse une chose qu'elle a faite. Elle connaissait parfaitement les conséquences de cette chose, mais elle l'a quand même faite. Et lorsqu'elle l'analyse, elle explique qu'elle l'a fait dans le but d'avoir cette fameuse reconnaissance, d'appartenir à la famille de celui qui avait également agi ainsi, pour faire comme lui... Elle va jusqu'à dire que c'était presque une obligation, car elle a les gènes de son père... Raisonnement que je trouve particulièrement simpliste. En outre, il permet à la narratrice de se dédouaner à ses propres yeux.

Dans une certaine mesure, la mère de la narratrice est également à blâmer. Elle aurait dû braver les conventions, et partir avec ses enfants.

À un moment, Simon (le mari d'Élise) lui demande quel jus de pomme acheter pour les enfants. J'ai trouvé cela très cliché: le mari ne sait pas quelle marque de jus de pomme ses enfants préfèrent. Cela sous-entend que pendant leur dix ou douze ans de vie commune, il ne s'est absolument jamais occupé des courses, ni de servir du jus de pomme aux enfants... qu'il n'a jamais ouvert le réfrigérateur... Si on ajoute à cela la manière dont finissent par tourner les choses entre Élise et Simon, ma déception a été grande. En effet, j'ai trouvé cela invraisemblable.

Bien sûr, la romancière ne gâche pas tout en créant une fin artificielle. Sa fin est en demi-teinte. Je comprends cette fin. C'est le reste qui m'a gênée.

J'ai bien aimé tout ce que symbolise la voiture. C'est presque un personnage du roman. Jusqu'au bout, ce qui y aura trait voudra dire quelque chose d'important pour Élise.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Béatrice Schrenzel pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une lecture fluide, sobre sans être monotone. Sa voix est agréable.

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