Lecteur : Schreiber Daniel

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jeudi, 7 juin 2012

L'honneur des Bories, de Florence Roche.

L'honneur des Bories

L'ouvrage:
Fin du dix-neuvième siècle.
Yvon est gardien-chef du bagne de Guyane. À présent, il est en vacances. Il se rend en Auvergne, à la ferme des Bories afin d'y proposer ses services comme ouvrier. Son but est d'enquêter. En effet, il est devenu ami avec Paul Bories, forçat depuis quatre ans. L'homme a été condamné pour le meurtre de sa fille, Paulette. Il clame son innocence, et Yvon le croit.

Critique:
Ce livre commence de manière quelque peu ordinaire: un homme condamné apparemment à tort, une enquête... Cependant, l'auteur introduit rapidement des éléments qui font qu'on n'est pas face à un roman mièvre comme le sont trop souvent les romans du terroir. D'abord, une fois que le problème simple est posé, une fois qu'Yvon est engagé à la ferme, le lecteur se rend compte que la structure lui permet de découvrir à la fois Paul et sa famille. Les chapitres alternent: Yvon à la ferme, Paul racontant sa vie à Yvon. En général, je n'aime pas cette structure, mais elle ne s'étend pas sur beaucoup de chapitres, et elle permet à l'auteur de ne pas traîner. En effet, ici, une structure linéaire (du moins au début), aurait été source de lenteurs. La romancière l'adopte juste quand il le faut.
Il y a bien quelques petites lenteurs, mais rien de vraiment gênant.
Je me suis doutée de quelque chose, mais cela ne veut pas dire que tout le monde le devinera. D'ailleurs, je n'en étais pas sûre.
Certains indices sont habilement placés.

Si on ne découvre certaines choses qu'à la fin (c'est le jeu dans un roman à énigme), tout ce qui se passe au cours du livre met la fin en place. D'autre part, on voit très vite que certains personnages sont soit méprisables soit aimables. Yvon résume bien les choses à la fin.
La façon dont je présente cela semble manichéenne. Pourtant, cela ne l'est pas vraiment. Blésine et Marius, par exemple, sont des personnages détestables. Cependant, ils sont crédibles. Marthe est admirable, et est également crédible... Sûrement parce que ces personnages se blessent forcément en agissant comme ils le font.
Chacun a une part de responsabilité plus ou moins importante, sauf peut-être Marthe. Quant à Michel et Adélaïde, ils n'ont rien fait de répréhensible, mais je n'ai pas réussi à les apprécier. Peut-être parce qu'ils n'ont rien fait pour défendre leur père...

La toute fin m'a satisfaite, même si (comme le souligne l'auteur), les blessures ne cicatriseront jamais. Certains personnages se servent de ce qui leur est arrivé pour avancer, pour être meilleur.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Paulette n'a, pour moi, aucune circonstance atténuante. Sa vie l'étouffait, elle aimait Marius, oui, mais de là à commettre ou à laisser commettre de telles horreurs! Et puis, bien sûr que l'amour est aveugle, mais à ce point!!! Je ne vois pas trop ce qu'elle pouvait trouver à Marius qui n'avait vraiment rien d'intéressant à part sa beauté. Étant donné l'amour profond que Paul portait à sa fille, je l'aurais crue douée de davantage de discernement. Eh bien, non. Elle n'en était donc pas digne. J'ai d'ailleurs été déçue que Toinou s'attache à elle. Elle ne le méritait pas. Elle aurait pu se libérer autrement. J'ai été contente qu'elle soit condamnée au bagne à vie. Elle est sûrement pire que sa mère.

Éditeur: éditions de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Schreiber pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de réentendre ce lecteur dont la voix et le ton sont agréables.

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mardi, 10 avril 2012

La miaulemort, de Daniel Cario.

La Miaulemort

L'ouvrage:
Début du vingtième siècle.
Sylvain Brisail vit heureux, entouré de ses parents, Xavier et Alexandrine. Son père lui a défendu de s'aventurer trop loin. Un jour, la curiosité est la plus forte, et le garçonnet transgresse l'interdit. C'est alors qu'il entend un cri déchirant qui se prolonge, comme celui d'une bête. Son père lui apprend que c'est la Miaulemort, et qu'elle est très dangereuse. Sylvain finira par découvrir ce qu'il en est vraiment.

Critique:
J'ai trouvé ce roman inégal. Au début, cette histoire de famille m'a plu. D'autant que l'auteur ne tombe pas dans le piège de la mièvrerie. Il s'attache à dépeindre ses personnages, leur caractère, leurs motivations, leur complexité. Le lecteur ne pourra éprouver de sentiments réellement tranchés, car chacun a sa part de torts et de peine dans ce qui arrive.

On s'attardera sur Xavier, qui est assez dur et intransigeant. Cela pourrait être une qualité, mais cela a été la cause de son malheur. En outre, son entêtement ne lui apporte rien de bon. Plus tard, ce qui lui arrive ne fait pas qu'il se remet en question. Il ne concède jamais rien, ne veut pas voir qu'il a contribué à son malheur, et refuse de s'adapter. Il préfère boire, s'aigrir, échouer dans ses maigres tentatives de se rendre utile, et surtout déformer l'histoire. On le plaint, car ce qui lui arrive est terrible, mais on ne peut s'empêcher de se dire que c'est une espèce de justice divine: à force de se montrer dur, il a récolté souffrance et amertume.
On peut comprendre qu'il n'accepte pas de nourrir quelqu'un à ne rien faire, mais tout n'était pas si simple. L'attitude de Xavier montrait surtout sa fermeture d'esprit concernant la différence. Il ne cherche pas à connaître et à comprendre son beau-père. Il ne veut pas voir que celui-ci à une passion, tout comme lui, sauf que ce n'est pas la même...

Alexandrine est également intéressante. C'est une femme solide qui ne s'en laisse pas conter. Cela m'a plu. J'aurais détesté que Xavier ait une épouse soumise et dévouée à ses moindres caprices.
Les relations des personnages de cette famille sont bien analysées. L'auteur a pris le temps de planter son décor, d'installer ses personnages.

C'est surtout la structure qui m'a déplu. Par exemple, l'auteur raconte un épisode scolaire de la vie de Sylvain. Si c'est divertissant, j'ai trouvé que cela faisait une coupure un peu étrange, comme si Sylvain n'allait à l'école que pendant ces quelques jours. Il est vrai qu'à cette époque, les enfants de la campagne n'allaient pas toujours régulièrement à l'école, mais là, on sait que Sylvain y va davantage que le temps de cet épisode.
Malgré cela, le roman m'intéressait toujours, mais à partir du livre 2, j'ai eu du mal à m'attacher à l'intrigue et au personnages. D'abord, il y a une ellipse. L'auteur raconte ensuite ce qui s'est passé, mais je trouve cela artificiel. Je ne suis pas vraiment partisane des ellipses que je n'aime pas. J'ai toujours l'impression, de ce fait, de personnages et d'intrigues bâclés.
D'autre part, j'étais très attachée à la mère de Sylvain, à son grand-père, et à la vie que menait le garçonnet avant l'ellipse. J'ai donc été déroutée et déçue de changer de décor. Et puis, j'espérais que quelque chose arriverait, même si cela aurait pu paraître cliché. Cette chose se serait produite si Sylvain ne l'avait pas contrariée. Je l'ai d'ailleurs trouvé injuste, même si j'ai compris sa détresse.

Ensuite, j'ai trouvé qu'il y avait des longueurs, notamment lorsque Sylvain part pour le front. Je me doutait qu'il aurait, d'une manière quelconque, une révélation importante, et comme elle se fait attendre, et qu'en plus, j'apprécie très moyennement les scènes de guerre, je me suis ennuyée.

J'ai aimé la toute fin, d'abord parce qu'elle va contre ce qu'espéraient des personnes aux préjugés stupides (Xavier et les parents d'Éqlantine), des personnes qui ont tout fait pour contrarier les aspirations de deux jeunes gens. Tout ce que souhaitaient ces personnes, qui ne pensaient qu'à elles, et qui n'avaient aucune raison réellement valable, n'est pas arrivé, malgré l'acharnement qu'elles ont mis. Ensuite, cette fin montre que Sylvain est assez intelligent pour concilier deux choses qu'il aime, et dont il sait que l'une n'irait pas sans l'autre par les temps qui courent. Sylvain se montre donc raisonnable tout en montrant bien qu'avec de la volonté, et en se donnant les moyens, on peut ne pas totalement abandonner ses rêves. Sylvain est, en général, un personnage positif, et la fin le montre ayant évolué dans la bonne direction.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Schreiber pour l'association Valentin Haüy.
Le lecteur a une voix agréable, son intonation est appropriée. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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