Lecteur : Scaramuzzi Anne-Marie

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lundi, 26 novembre 2007

Dieu ne m'a pas parlé, d'Anne Pontillé.

Dieu ne m'a pas parlé

L'ouvrage:
Anne a trois soeurs.
Leur mère répète souvent que puisqu'elle n'a pas eu de fils qui aurait pu être prêtre, elle aurait une fille religieuse. Anne taquine souvent sa soeur, Geneviève, sûre que si l'une des quatre soeurs devait prendre l'habit, ce serait elle.

Vers l'âge de quinze ans, Anne se pose beaucoup de questions sur Dieu, sur Jésus. Un prêtre compréhensif lui répond, et ces conversations sont bénéfiques pour la jeune fille.
Plus tard, Anne se sent appelée par Dieu. Elle décide de lui dédier sa vie. Elle sera religieuse.

Critique:
Le livre d'Anne Pontillé soulève beaucoup de questions. D'abord, on voit comment une jeune fille influencée par son entourage, en vient à choisir une voie qui ne l'attire pas réellement. Quand je dis "influencée", je veux dire qu'Anne a cru voir certains signes de sa vocation dans ce qu'on lui disait. Ça a renforcé son impression qu'elle était appelée par Dieu.

Anne nous raconte comment elle se débat entre sa volonté, son coeur, son corps, ses aspirations... Elle vit un véritable calvaire. Attention, elle ne dit pas que la vie religieuse est un calvaire, elle dit que c'en a été un pour elle qui n'avait pas la vocation, et qui n'admettait pas qu'elle ne l'avait pas.

Se pose aussi une question: est-on vraiment plus proche de Dieu en s'infligeant toutes les privations décrites par Anne? Une personne qui tuera ses désirs, même en ayant la vocation, ne sera-t-elle pas éternellement frustrée? Et cette frustration, au lieu de la rapprocher de Dieu, ne fera-t-elle pas de cette personne une mécanique aigrie? Anne supportait mal cela parce qu'elle n'avait pas la vocation. Qu'en est-il de ceux qui l'ont? Ne faudrait-il pas que moins de règles strictes régissent leur vie? Une personne épanouie ne sera-t-elle pas plus à même de se rapprocher de Dieu? Une personne qui a la vocation ne trahira pas cette vocation en aimant certains plaisirs terrestres (je ne parle pas uniquement de l'acte sexuel).

Ce livre m'a touchée pour plusieurs raisons. D'abord, Anne sait trouver les mots qui font que son récit marquera les mémoires.
De plus, elle nous décrit un milieu que nous ne connaissons pas forcément très bien, surtout moi qui suis athée. Nous découvrons grâce à elle que certains clichés existent bel et bien, mais que comme tous les clichés, ils ne sont pas les uniques représentatifs de la religion catholique. Anne rencontre des gens étroits d'esprit, mais aussi d'autres très ouverts, notamment Pierre, grâce à qui elle renaîtra.
Enfin, ce livre m'a touchée de manière plus personnelle. Certains lecteurs auront peut-être envie de dire: "Pfff! Elle n'avait qu'à pas prononcer ses voeux définitivement. Elle a eu le temps du noviciat pour se rendre compte que cette vie n'était pas pour elle." Soit. Seulement, elle n'a pas pu. Je me reconnais un peu en elle. Récemment, une personne m'a dit deux ou trois fois: "On ne t'a pas mis un couteau sous la gorge pour que tu passes le CAPES!" Eh bien, moralement, si. On n'a certes pas mis un couteau sous la gorge d'Anne pour qu'elle soit religieuse, et elle n'a pas eu le même cheminement que moi, mais il n'en reste pas moins que consciemment ou non, nous avons agi contre notre volonté.

Anne est une battante. Malgré toutes les épreuves qu'elle a connues, elle s'est relevée, et elle a su, par la suite, prendre la vie du bon côté. Bravo à elle!

Éditeur: Anne Carrière.%%La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 2 janvier 2006

Le cri du héron, de Marie-Paule Armand.

Le cri du Héron L'ouvrage:
C'est un recueil de six nouvelles.

"Le cri du héron":
Marie vit heureuse entre ses parents, son frère, son oncle, sa tante, et ses cousins. Sa tante Elisabeth est enceinte. Malheureusement, elle perd son enfant, et a beaucoup de mal à s'en remettre. Claude, le frère de Marie, et Michel, le fils d'Elisabeth, décident d'aller chercher un enfant dans les choux (ils sont très jeunes, et croient que c'est là qu'on les trouve) pour lui redonner le sourire. C'est là qu'arrive le drame...

"Les soeurs ennemies":
Henriette est une enfant illégitime. Elle vit avec sa mère qui s'acharne à lui faire sentir qu'elle n'a pas été désirée, qu'elle n'est que source d'ennuis. Elle n'a de réconfort qu'auprès de ses grands-parents, et plus tard de Maurice, l'homme avec qui sa mère se marie. Mais quand sa mère donne naissance à Aurore, tout bascule à nouveau. Aurore est la préférée, et elle en profite. Maurice essaie bien, parfois, de soutenir Henriette, surtout lorsque les injustices sont trop criantes, mais la petite fille est très malheureuse.

"Le journal d'Olivier":
Olivier a dix ans. Il vient d'avoir un cahier pour son anniversaire. Il va y écrire tout ce qui lui arrive, ainsi que ses rêves. Il veut être journaliste. Il a une petite soeur de cinq ans, Coralie. Les deux enfants sont entourés de leur parents et de leur grands-parents. C'est une joyeuse petite famille.
Mais un jour, Christophe, le père d'Olivier, rencontre Martine, et c'est le coup de foudre...

"Une conquête difficile":
Claudine vient de connaître un divorce difficile qui l'a beaucoup éprouvée. Un jour, son corps se rappelle à elle, et se révolte contre le surmenage: elle a un énorme coup de fatigue. C'est ainsi qu'elle rencontre Yves, le médecin qu'elle va consulter, Yves dont la femme est morte quatre ans plus tôt. Au bout de plusieurs rendez-vous, les choses deviennent sérieuses entre Yves et Claudine. Claudine fait donc la connaissance d'Aurélie, la fille d'Yves. La petite fille la rejette immédiatement.

"Un noël sans frontières":
Maurice a connu la guerre de 14-18. Il en est revenu défiguré. Contrairement à ce qu'il pensait, sa fiancée, Rolande, ne s'est pas enfuie en le voyant. Ils se sont mariés, et ont eu un enfant, Michel.
Plus tard, Maurice devra subir les allemands à nouveau, pendant la guerre de 39-45. Il se montrera entier, et ne voudra pas voir que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Lorsque son fils, Michel, lui annonce qu'il va épouser Ilse, une jeune allemande, il le chasse, rejetant sur elle, qu'il ne connaît pas, la faute de certains allemands.

"La fugue de Sandrine":
La mère de Sandrine est morte quand elle avait quelques mois. N'ayant pas de mère, Sandrine a reporté tout son amour sur son père, Bernard. C'est une gentille petite fille, Sandrine, elle donne sans compter. Lorsque son père commence à fréquenter Laure, elle en souffre, se sentant délaissée. Mais elle ne dit rien. Même chose lorsqu'ils se marient. Lorsque Laure donne naissance à Xavier,puis à Julie, Sandrine se sent totalement abandonnée. En outre, Laure souffrant fréquemment de migraines, elle se repose énormément sur Sandrine, sans bien se rendre compte que c'est encore une enfant.

Critique:
Ces nouvelles sont très plaisantes. Elles nous montrent des situations simples (une enfant qui refuse d'accepter sa belle-mère, une fille qui prend sa soeur comme souffre-douleur, un homme marié qui rencontre une autre femme, etc), et explore les sentiments humains avec justesse. Ces situations, on les voit presque tous les jours, les thèmes pourraient donc sembler rebattus. Pourtant, il n'en n'est rien. Ces nouvelles sont passionnantes et pleines d'espoir. Bien sûr, tout ne peut pas se terminer comme dans ces nouvelles, et on pourrait reprocher à Marie-Paule Armand de ne faire que des fins heureuses. Mais ces fins ne sont pas tirées par les cheveux. Alors, pourquoi pas?

Dans "Le cri du héron", on a envie de croire au miracle accompli par un petit hamster.

Dans "Les soeurs ennemies", il y a certaines lourdeurs, (par exemple, Henriette enfant sait que sa soeur fera tout ce qu'elle peut pour la persécuter, et elle n'essaie pas de cacher certains jouets chez une amie ou ses grands parents, et elle raconte certains pans de sa vie en famille, alors qu'elle sait qu'on ne lui répondra que par du sarcasme et du mépris), mais on est totalement captivé par l'histoire. Aurore est peut-être un peu caricaturale, mais en y réfléchissant bien, ça doit exister, des pestes comme ça.

Dans "Le journal d'Olivier", on pourrait penser que c'est un peu gros. C'est peut-être la nouvelle dont j'ai le moins apprécié la fin... C'est un peu trop facile, de tout oublier, comme ça... Et on pense que le père recommencera.
par contre, l'attitude de Martine nous sort des sentiers battus de la méchante marâtre qui pique sans vergogne un homme à sa femme, un père à ses enfants.
Le petit Olivier est mignon, et ce qu'il fait est émouvant.

Dans "Une conquête difficile", on entre dans les rapports compliqués entre un enfant et sa belle-mère. C'est quelque chose de classique. L'histoire est sympathique...

Dans "Un noël sans frontières", on découvre un homme qui a souffert à cause des allemands, et qui, par conséquent, les met tous dans le même sac. On le comprend, mais on le blâme. Ce qui se passe après sa mort est extrêmement touchant. C'est une belle leçon de tolérance. En effet, beaucoup de gens ont tendance à coller des étiquettes. Il faut toujours rappeler que les allemands ne sont pas tous des nazis, que les orientaux ne sont pas tous comme le personnage de "Jamais sans ma fille", etc. Il faut prendre chaque individu pour ce qu'il est, et pas parce qu'il est du même pays que certains qui ont commis des atrocités. Il y a des fous, des assoiffés de pouvoir partout. Qu'un homme soit bon ou mauvais ne tient pas à sa religion, à sa race, ou à son pays.

Dans "La fugue de Sandrine", on prend en pitié cette adolescente qui souffre en silence, et qui porte presque le poids de la maison sur ses épaules. Le tort de Sandrine est de ne pas communiquer. Elle supporte, elle supporte... un jour, elle craque. Et c'est là que son père et Laure se rendent compte qu'ils ne lui ont pas assez montré qu'ils l'aimaient, et qu'ils lui en ont trop demandé. Cette nouvelle est donc un appel à la communication. Si quelque chose ne va pas, il faut le dire plutôt que d'accumuler, et de craquer plus tard.

En gros, ces nouvelles sonnent très juste, sauf peut-être "Le journal d'Olivier", mais elle est tout de même agréable.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 27 octobre 2005

Les affluents du ciel, de Jean-Guy Soumy.

Les affluents du ciel L'ouvrage:
Vers la fin du 19ième siècle, nous faisons la connaissance de la famille Sérillac, dans leur propriété d'Aiguemont. Les parents, Pierre et Clara, s'aiment d'un amour profond. Leur bonheur serait sans taches s'ils n'avaient pas un grand désaccord quant à l'un de leur fils, Arnaud. Celui-ci est rêveur, il joue avec les mots, et a les poches percées. Il dit ne pas accorder d'importance à l'argent, mais il sait aller quémander auprès de papa quand il en a besoin pour rembourser des dettes contractées par inconséquence. Clara ne peut s'empêcher de lui trouver des excuses, alors que Pierre ne décolère pas de la légèreté de son fils.
Un jour, une dispute due à une autre inconduite d'Arnaud, met Pierre dans une telle rage qu'il chasse son fils. Il fait d'ailleurs valoir qu'Arnaud vient de gaspiller sa dernière chance, étant donné que lors de sa précédente incartade, il s'était engagé à ne plus recommencer ou à être chassé de la propriété, et renié.

Après le départ d'Arnaud, Clara, folle de douleur, s'enfuit. On la retrouve, quelques heures plus tard, morte d'une piqûre de serpent.
C'est alors que la vie de Pierre Sérillac bascule. Il ne sera plus le même à cause de cette perte.

En outre, une ligne de chemin de fer va être construite, et passera par la propriété d'Aiguemont, dont un endroit qu'affectionnait Clara. Pierre ne le supporte pas. Il va faire un caprice de riche, en exigeant qu'un tunnel passe à la place de la ligne. Ainsi, ce qu'il aime ne sera pas détruit.

Pierre a deux autres enfants. François est le futur héritier d'Aiguemont. Mathilde est douce, et pleine d'abnégation. Elle se dévoue corps et âme à son père, à son frère Arnaud, au domaine...

Critique:
Ça fait plaisir de lire un roman comme ça de Jean-Guy Soumy. Je ne dis pas que c'est un chef d'oeuvre, mais je ne peux évoquer sans frémir un autre ouvrage de cet auteur que j'ai détesté: "La tempête". C'est mièvre, cliché, attendu, plat... J'avais lu d'autres ouvrages de cet auteur, mais "La tempête m'avait tellement désolée que j'avais peur qu'il se soit mis à écrire n'importe quoi.
Même si "Les affluents du ciel" n'est pas une pure merveille, je pense que c'est mon roman préféré de Jean-Guy Soumy, sur les quatre que j'ai lus.

C'est un roman du terroir, qui raconte l'histoire d'une famille confrontée à des drames personnels, et au progrès qui la bouleverse. Les personnages nous font passer par plusieurs sentiments. On en veut à Clara qui aime son fils sans restrictions. On a l'impression qu'elle lui dirait "tu as raison" s'il la poignardait. Bien sûr, on comprend aussi cet amour qu'elle voue à son fils, un amour égal à celui que toute mère devrait éprouver pour son enfant. Seulement, il est clair que Clara n'éprouve pas le même amour pour ses autres enfants. Cet amour absolu ne va qu'à Arnaud. De plus, on peut éprouver un grand amour pour son enfant tout en étant lucide quant à lui.

Pierre attendrit et exaspère le lecteur à la fois. Lui aussi aime Arnaud, mais son amour es plus réaliste, plus lucide. Arnaud est quand même quelqu'un d'assez détestable. Soit, il réussit à publier sept poèmes, mais il s'endette, et refuse d'assumer ses responsabilités. Le lecteur n'est pas vraiment triste de ce qui lui arrive par la suite.
D'autre part, le caprice de Pierre, qui montre qu'avec des relations haut placées et de l'argent, on peut faire n'importe quoi, agace le lecteur, surtout avec ce qui se passe ensuite. Cependant, Pierre, qui n'a pas supporté la mort de Clara, veut préserver son domaine, et surtout l'endroit qu'aimait la défunte. Le lecteur comprend que sa douleur le fasse agir comme un enfant gâté.
Au passage, quelque chose m'a vraiment énervée: lorsque l'auteur parle de Pierre, il dit presque tout le temps Pierre Sérillac. J'ai trouvé ça très lourd.

Mon personnage préféré est Mathilde. Mathilde décide de se sacrifier pour son père et le domaine. Elle pense que de toute façon, elle ne rencontrera jamais l'amour, personne ne s'intéressera à elle. C'est alors qu'elle rencontre Paul...
Bon, là, c'est un peu cliché, parce que le lecteur est persuadé que Paul et Mathilde vont finir par s'aimer...

Tous ces personnages, et d'autres, ont une histoire, ont des choix à faire. Tout cela fait que ce roman est agréable à lire.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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