On t'aura prévenue

L'ouvrage:
En passant devant l'hôtel Falcon, Christine s'arrête. Des badauds sont attroupés. On est en train de sortir quatre cadavres de l'hôtel. Voulant devenir photographe, et profitant de la moindre occasion, elle dégaine son Leika. Au moment où elle voit le quatrième corps, la jeune femme voit la housse qui l'enveloppe se soulever, et une main en sortir. Elle donne l'alarme... et s'éveille. Outre le cauchemar qui l'effraie, elle enrage, car apparemment, un voisin a mis la radio très fort, et une chanson se déverse de manière insistante dans ses oreilles.
C'est en allant travailler (n'étant pas encore photographe, elle gagne sa vie en étant nounou), que Christine passe devant le Falcon, et se retrouve face à son rêve. Excepté que tout ne se passe pas comme dans le cauchemar.

Critique:
Une fois qu'on a achevé ce roman, on se dit que c'était une histoire banale. C'est vrai. C'est justement ce qui fait que j'admire James Patterson, du moins dans le cas de ce roman. Il a fait de quelque chose d'ordinaire une histoire de suspense. J'avoue que malgré la «simplicité» de l'intrigue, j'ai été perdue pendant un bon moment. C'est ce qui compte! À mesure de l'avancée du livre, j'ai entrevu ce qui se passerait, mais je ne savais pas trop comment cela pourrait arriver. Au final, je n'ai pas trouvé que c'était tiré par les cheveux.

Outre cela, la banalité de l'intrigue (c'est presque un vaudeville), cache certaines complexités. Par exemple, Christine est hantée par son passé: des choses qu'elle n'a pas réglées, d'autres qu'elle a mal faites, tout cela à cause des circonstances. Et il y a l'histoire avec le psychiatre... Il est presque fou qu'elle en soit sortie indemne, et on comprend que tous ses démons reviennent la hanter à un moment. À ce sujet, l'auteur louvoie entre deux explications: l'une rationnelle (le passé de Christine la hante), et une plus fantastique. Les deux se côtoient pendant un bon moment, et on ne peut pas décider laquelle est la bonne. D'ailleurs, même lorsque l'auteur décide laquelle est acceptable, il les entremêle habilement, et ce que cela donne satisfera les amateurs de rationnel et ceux d'explications plutôt fantastiques. C'est également une force du roman.

Les autres personnages semblent un peu fades, parce que le schéma auquel ils obéissent est un peu cliché. Même si le lecteur veut avoir la candeur de Christine quant à sa relation, il sait qu'elle est dans une pièce cent fois jouée, et qu'elle n'aura jamais l'homme qu'elle aime.
Ce qui est curieux, c'est qu'en général, dans une histoire d'adultère, je plains toujours la personne trompée. Ici, tout en pensant pis que pendre du mari trompeur, je n'ai pu que mépriser la femme trompée, et plaindre la maîtresse qui est, dans le fond, la seule abusée. C'est en ce sens que James Patterson renouvelle quelque peu le cliché.

Il est vrai que Penley est vue par les yeux de Christine, et qu'elle noircit forcément le tableau. Mais elle a quand même l'air peu engageant.

Quant à Christine, elle est plus creusée. On la plaint tout en la blâmant pour sa conduite, ses erreurs passées, certains traumatismes de son enfance. J'ai d'ailleurs trouvé qu'elle était traitée assez sévèrement...

Bref, un roman sympathique qui mélange savamment classique et nouveauté.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphanie de San pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable. La plupart du temps, elle met le ton. Cependant, parfois, sa lecture est saccadée: elle fait des blancs au milieu des phrases, comme si elle avait du mal à lire, ce qui fait qu'elle met moins le ton. D'autre part, je trouve dommage qu'elle ait laissé ses erreurs de lecture.

Acheter « On t'aura prévenue » sur Amazon