Pensées secrètes

L'ouvrage:
Université du Gloucester.
Ralph Messenger est professeur. Il décide de tenir un journal audio. Son but est de dire absolument tout ce qui lui passe par la tête, comme cela vient.
Helen Reed vient enseigner dans cette université pendant un semestre. Elle n'a pas encore fait le deuil de son mari, Martin, décédé il y a peu, à quarante-quatre ans. Helen tient également un journal, mais elle tape ses pensées à l'ordinateur.

Critique:
Tout comme Douglas Kennedy, David Lodge sait raconter des événements ordinaires, dont certains sont parfois même attendus, sans que son lecteur s'ennuie. L'intrigue est solide, et même si certaines choses sont un peu grosses (ce qui finit par se passer entre deux personnages, le fait que Messenger découvre ce qu'il y a à savoir sur Carrie), ce n'est finalement pas si grave, car l'auteur a su créer un contexte et des circonstances qui rendent le tout crédible.
Voilà un autre roman qui se passe dans le milieu universitaire. J'ai retrouvé la plume alerte de David Lodge avec plaisir. Si sa verve et son humour sont au rendez-vous, ce roman est plus grave que certains autres. Les personnages font certaines découvertes qui les forcent à se remettre en question, ainsi que certains événements de leur vie. David Lodge rappelle cruellement que rien n'est acquis, qu'il est très facile de tromper son monde. C'est assez effrayant, car, comme Helen après sa découverte, le lecteur pense que normalement, cela ne devrait pas être si simple, l'entourage devrait voir ce qu'on lui cache. J'avoue que ce côté cynique et désabusé m'a déplu, tout comme à Helen. On dirait qu'on ne peut plus avoir confiance en rien ni en personne. David Lodge est très fort pour montrer le dessous des cartes, et il le fait souvent avec habileté. Mais ici, j'ai trouvé cela un peu exagéré. Ou alors, c'est moi qui ai encore beaucoup de choses à apprendre...

L'auteur réussit un tour de force: certains personnages, malgré leur rouerie, sont sympathiques. Ce qu'ils font m'ont déplu, mais leur personnalité m'a interpellée. Ce paradoxe fait que les protagonistes sont réussis, à l'instar du roman.
Ralph Messenger est sûrement le plus complexe. Sa vie semble régentée par le sexe. Il est charmeur, égoïste, et drôle. Comme Vic Wilcox dans «Jeu de société», Ralph fera ici une sorte de parcours initiatique. La vie va se charger de lui donner quelques leçons, qui, apparemment, lui seront profitables: sa femme (qui se dit qu'après tout, elle a autant de droits que lui), son corps (qui lui envoie un avertissement), et la découverte troublante qu'on finit par faire quant à l'un des personnages.

Je me suis souvent surprise à penser et à analyser comme Helen. Mon seul désaccord: je n'ai pas trop compris comment elle a pu «pardonner», à la fin. Mis à part cela, je me suis souvent identifiée à elle. C'est elle que j'ai le mieux comprise. Ses hésitations, ses doutes, ses interrogations, son optimisme en l'homme, malgré tout, tout cela fait d'elle un personnage complexe et attachant qui a su me toucher.

Remarques annexes:
On revoit un peu Robyn Penrose. Helen la décrit exactement comme je l'ai vue en lisant «Jeu de société». En outre, je trouve sympathique que David Lodge fasse un petit clin d'oeil à ses fidèles lecteurs.
J'ai la même habitude que Messenger: donner des surnoms aux gens. ;-)

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Laure Sahy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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