Juste une ombre

L'ouvrage:
En rentrant d'une soirée, Cloé Beauchamp est suivie jusqu'à sa voiture. Elle ne voit qu'une ombre. Au moment où elle se croit perdue, l'ombre disparaît. Par la suite, Cloé retrouve des choses déplacées chez elle, comme si quelqu'un entrait pendant son absence. Lorsqu'elle porte plainte, on ne la croit pas, car elle n'a aucune preuve.

Critique:
Karine Giébel s'attache à décrire l'état d'une femme dont la raison est peu à peu grignotée par un «ennemi» qu'on ne peut ni voir ni localiser. L'intrigue est sans temps morts. C'est assez fort de la part de l'auteur, car Cloé ressasse beaucoup, se plaint toujours de la même chose. Néanmoins, l'absence de longueurs est due au fait que tout est bien pensé. En outre, si ce genre de chose arrivait, c'est ainsi que cela se passerait: la personne persécutée serait obsédée par ce qui la persécute et qu'elle ne peut neutraliser.

On devine certaines choses. D'autre part, l'auteur utilise une ficelle assez souvent employée: elle conduit le lecteur à soupçonner presque tout le monde. Je lui ai pardonné cela, parce que son intrigue est bien agencée, et que suspense et tension sont au rendez-vous.
Karine Giébel a également su se tirer d'un paramètre délicat. C'est un paramètre que certains auteurs ne prennent pas en compte, et je m'attache à repérer cela à chaque fois. Ici, l'auteur donne une explication cohérente.

La personnalité de Cloé est également pensée de manière à ce qu'elle agisse d'une certaine façon. Il arrive un moment où la jeune femme est persuadée de savoir qui s'en prend à elle. Elle refuse de remettre sa théorie en question. Le lecteur s'en étonnera peu, car Cloé est ainsi dans tout ce qu'elle fait: sûre d'elle, arrogante, se pensant supérieure. De ce fait, il aurait été étrange que son attitude ne soit pas celle qu'elle adopte.

Les personnages principaux sont loin d'être parfaits, ce qui fait qu'on les appréciera et qu'ils nous agaceront à la fois. Cloé m'a beaucoup agacée.

Le seul élément quelque peu discutable, à mon avis, est le fait qu'Alexandre se mette à douter juste après avoir vu celui qu'il suspecte. Il est logique qu'un suspect raconte des mensonges pour éloigner les soupçons de lui. Au lieu de faire douter Alexandre, cela aurait dû le conforter dans son opinion.

Ce roman étant écrit par Karine Giébel, ne vous attendez pas à quelque chose de très optimiste. Ce genre de choses ne me plaît pas, habituellement, mais ici, tout est bien pensé, bien agencé, bien analysé. Donc les amateurs d'optimisme seront un peu moins frustrés.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Noëlle Rolier pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une lecture fluide. Elle met le ton approprié. Elle a pris le parti de prendre une intonation particulière pour certains passages donnés. J'ai trouvé qu'elle avait raison, d'abord parce qu'elle n'en fait pas trop, et ensuite parce que cela renforce l'ambiance effrayante créée par le texte.

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