Lecteur : Roche Nicole

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 21 février 2013

Jours sans faim, de Delphine de Vigan.

Jours sans faim

L'ouvrage:
Laure est anorexique. Un jour, alors qu'il est presque trop tard, un médecin la convainc de se faire hospitaliser.

Critique:
L'histoire de Laure est en partie celle de l'auteur. C'est le premier roman qu'elle écrivit. Elle l'évoque d'ailleurs dans «Rien ne s'oppose à la nuit».

Le style est dépouillé, percutant. Les choses sont dites simplement, sans fioritures, avec des mots qui vont droit au coeur.
La jeune fille est en vase clos, elle fait quelques incursions dans son passé pour expliquer son état. Lorsqu'une personne est anorexique, il est bien sûr important qu'elle remange, mais cela n'arrivera pas (ou bien, la maladie prendra une autre forme) si elle n'exprime pas ce qui a causé cela. Laure trouve assez de force en elle pour expliquer, et accepter que certains membres de sa famille (son père en est l'exemple le plus flagrant), ne se remettront jamais en question. Bien sûr, d'autres la soutiendront. Certains sauront voir l'évolution, même si elle est infime, au début.
Le personnage s'analyse très bien, expliquant que son anorexie devient une drogue, qu'une griserie, une sensation de toute-puissance naît de cet état «second». Il est très difficile de se mettre à la place d'une personne anorexique. On connaît les façons d'être, mais on n'arrive pas à ressentir, à comprendre le pourquoi. Pour une personne qui n'a pas ressenti cela, il est impossible d'y voir une quelconque cohérence. Delphine de Vigan, grâce à son roman, m'a aidée à comprendre certaines choses.
À un moment, Laure met en regard sa situation (elle remonte doucement la pente), et celle d'une autre qui s'y refuse. Laure est une espèce de passerelle entre les deux «mondes». Ce qu'elle en dit aide encore mieux à comprendre le mal-être de celle qui se sent incomprise, et ne renonce pas, quitte à en mourir. Laure, elle, apprend à accepter, à se détacher de ceux qui ne veulent pas la comprendre.

J'ai trouvé la fin un peu abrupte. J'ai compris ce qu'avait voulu faire l'auteur: raconter un épisode bien défini de l'existence de son héroïne. Pendant tout le livre, le lecteur avance alors que Laure décortique sa souffrance. La fin est ainsi, car il sera d'autant plus difficile au lecteur de sortir du roman que l'auteur le laisse alors que Laure sort à peine de sa maladie. Ne sachant rien concernant l'après, le lecteur sera d'autant plus bouleversé. Laure est une espèce d'apparition: elle raconte sa maladie, et s'évapore, sans que rien de concret quant à la reconstruction de sa vie soit évoqué. On se doute de ce qui se passera, mais j'ai été quelque peu frustrée que ce ne soit pas dit, même si je sais que l'auteur a agi ainsi à dessein.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Roche pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Jours sans faim » sur Amazon

mercredi, 5 janvier 2011

Les aquariums lumineux, de Sophie Bassignac.

Les aquariums lumineux

L'ouvrage:
Claire observe ses voisins. En effet, dans son immeuble, l'intimité est difficile à obtenir: on entend tout, on voit tout. Elle côtoie monsieur Lebowitz et madame Courtois qu'elle aime bien. Elle a une relation spéciale et platonique avec monsieur Ushida, etc. Un jour, quelqu'un s'installe dans l'appartement au-dessus du sien. Cela déplaît à Claire, car sa tranquillité est menacée.

Critique:
Le livre est très centré sur l'héroïne. Les autres personnages sont là pour nous permettre, étant donné ce qu'elle pense d'eux, de composer la personnalité de Claire. C'est un personnage intéressant et attachant, même si elle n'est pas toujours sympathique. Mon attachement vient justement du fait qu'elle est complexe. Elle a certaines névroses, des idées arrêtées sur des sujets précis... elle a peur de vivre, alors, elle regarde les autres. Elle aime un homme, et n'ose pas le lui dire; elle a un amant qu'elle semble ne pas vraiment aimer, ou sporadiquement. Son métier lui va bien, lui permettant de s'enfermer dans un cocon de solitude. Elle a une vision très lucide du monde qui l'entoure. Parfois, elle semble déplacée dans ce décor. Elle attire le lecteur qui se pose des questions à son sujet. Le lecteur obtiendra des réponses, notamment en découvrant l'abîme qui sépare Claire de sa famille. La jeune femme restera floue, et pourtant, si tangible... Tout cela fait son charme.

Au moment où le voisin du dessus s'installe, la vie de Claire prend un tournant décisif, et pas seulement parce qu'elle est dérangée par le bruit qu'il fera. Les événements contés par l'auteur, cette espèce d'intrigue policière, sont également là pour permettre au lecteur de cerner mieux Claire, et pour que la jeune femme évolue. En effet, cette intrigue est secondaire: brossée à traits grossiers, volontairement sans vraies surprises. D'ailleurs, à la fin, le lecteur ne saura pas qui dit vrai. Cela n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est l'effet que tous ces événements produisent sur Claire.
La dernière phrase me laisse perplexe. J'ai imaginé quelque chose, mais je pense que j'ai surinterprété. Cela veut peut-être tout simplement dire que Claire a tout raconté à un personnage, et qu'il sait qu'à présent, il joue son avenir.

Certains personnages sont attachants. Le lecteur ne sait pas trop quoi penser d'Ushida et de Rossetti. Madame Courtois et monsieur Lebowitz sont sympathiques, ainsi que Lucie. Lucie, si jeune, s'accommode déjà du mal que lui fait sa mère. Elle semble avoir acquis la sagesse de ceux qui souffrent.
Il va de soi que Louise m'a déplu. Ses actes sont répréhensibles, mais en plus, sa façon d'agir est déplorable. On se demande pourquoi elle s'est mariée, et surtout, pourquoi elle a eu un enfant, puisqu'elle traite Lucie de manière si légère.
L'éditeur pour lequel travaille Claire suscite, lui aussi, les interrogations du lecteur. Est-il heureux? Est-il stressé? Est-il loufoque? Est-il un peu amoureux de Claire?...

J'ai apprécié le style de Sophie Bassignac. Il est vrai: mi-poétique mi-terre à terre, des phrases percutantes, au détour desquels d'autres, plus douces, résonneront dans la tête du lecteur.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Roche pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Les aquariums lumineux » sur Amazon