La liste

L'ouvrage:
Au lycée de Mount Washington, une tradition veut que chaque année, une liste soit créée. Cette liste indique qui est la plus jolie fille et qui est la fille la plus moche de chaque niveau. On ne sait pas qui établit la fameuse liste ni comment le flambeau se passe.
L'auteur raconte une semaine de la vie du lycée, un mois après le début des cours. Le récit commence le jour de la publication de la liste.

Critique:
Siobhan Vivian montre très bien le grand jeu des adolescents. Ce «jeu» est accentué par cette liste, mais elle ne fait que l'attiser. Au fond, chacun souhaite être reconnu, apprécié. Chacun réagit différemment après la publication de la liste. Les jolies sont bien sûr flattées. J'ai d'ailleurs trouvé dommage qu'aucune jolie ne souhaite s'affranchir de cette mascarade. Il aurait cependant été difficile de créer un personnage qui n'aurait pas eu la tête tournée par cet honneur.
Lauren est sûrement celle qui m'a le plus déçue. Certes, elle ne connaît pas la subtilité de ce que j'appelle le «jeu» (expression que j'ai empruntée à Philippe Labro dans «L'étudiant étranger»), mais il m'a paru étrange qu'elle soit assez naïve pour penser qu'être sur la liste lui attirait des amies sincères. Au moins, les trois autres savaient à quoi s'en tenir. Il est curieux que la mère de Lauren, qui tient à ce que sa fille ne participe pas à ce genre de choses, ne l'ait pas avertie. Elle ne pouvait pas lui parler de la liste, ne la connaissant pas, mais elle aurait pu la mettre en garde contre des amitiés trop faciles.

L'auteur décrit très bien la réaction de Bridget, et comment celle-ci entre dans une spirale infernale. En voilà une complètement avalée par le «jeu». En outre, elle en est consciente.
Margot m'a laissé un sentiment mitigé. Si on lui en veut de certains actes, on ne peut s'empêcher de penser qu'on aurait peut-être agi comme elle à sa place.
Quant à Abby, je lui ai reproché d'être à ce point superficielle, mais c'est la plus jeune, et elle était déjà un peu comme ça avant d'entrer au lycée. Il est normal que sa soudaine popularité lui ait fait perdre la tête.

Quant aux «moches», leurs réactions ne m'ont pas forcément satisfaite, mais là encore, elles sont représentatives de ce qui pourrait arriver en pareil cas.
Certaines d'entre elles ont fini par en sortir grandies. C'est sûrement Sarah qui suscitera le plus de réactions de la part du lecteur: elle se veut indifférente, mais ses actes font qu'à l'instar des autres, elle est totalement happée par le «jeu». Je n'ai pu m'empêcher de rire en lisant la manière dont elle choisit de se révolter... ;-)

Parmi les personnages qui ne sont pas cités sur la liste, j'ai apprécié Fern, qui sait où est son intérêt, et qui tente de le faire comprendre à sa soeur. Lisa m'a également plu: pétillante, sympathique, elle est la seule à remarquer la détresse de sa soeur, et à oser l'affronter.
La mère de Lauren mérite également qu'on s'attarde sur elle. Elle n'a pas toujours la bonne méthode, et la communication n'est pas son fort, mais dans le fond, elle a raison.

Certains diront peut-être que le roman est plein de clichés. Pourtant, moi qui côtoie des adolescents tous les jours (plus jeunes que ceux du roman, mais si peu), j'ai cru me retrouver avec eux lors de ma lecture. Jeux de pouvoir, de séduction, de popularité, artifices... Seule, la proviseur (madame Colby) m'a paru peu creusée. Elle a certaines réactions qui ne sont pas dignes d'une chef. Par exemple, lorsqu'elle dit à Sarah qu'elle n'est pas d'accord avec ce qu'il y a écrit sur son front. Ce n'est pas de cette façon qu'il aurait fallu prendre la chose. Sarah et le lecteur se fichent de l'avis de la proviseur. Elle aurait dû expliquer à quel point c'est dégradant (comme le fait Fern), avec des mots durs, cinglants, qui marquent. D'autre part, lorsque madame Colby tente de faire preuve d'autorité face aux élèves, cela tombe à plat. Avec un proviseur de ce genre, le lycée devrait partir en vrille. Elle a à peine plus de maturité que les adolescentes dont il est question.

J'ai également regretté que la fin ne soit pas davantage détaillée. Certaines questions restent. Bien sûr, chacune ne va pas soudain changer, il est d'ailleurs bien que la romancière ait à peine amorcé quelque chose pour certains, mais des questions précises demeurent quant à quelques protagonistes.

Il est quand même étrange que la personne responsable de la liste puisse la photocopier et la poser partout sans que personne ne la voie faire.
D'autre part, j'ai trouvé un peu curieux que chaque niveau ne semble comporter qu'une classe.

Éditeur: Nathan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Laure Rochat pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix douce et agréable, une diction très soignée. D'autre part, elle a su interpréter ce livre en mettant le ton approprié, mais sans prendre une intonation niaise ou mièvre. Elle aurait pu tomber dans ce travers, et heureusement, ne l'a pas fait.

Acheter « La liste » sur Amazon