Le sot de l'ange

L'ouvrage:
Noël approche.
Ce jour-là, dans la petite ville de Pine Cove, en Californie, Léna Marquez et Dale Pearson, son ex-mari, se disputent pour une broutille devant un supermarché. Dale frappe Léna, et Théo, le gardien de la paix, doit intervenir.

Le soir même, Dale, déguisé en père Noël, surprend Léna s'attaquant à un sapin qu'elle veut emmener. Il tient un pistolet, met Léna en joue... perd l'équilibre, et s'empale sur la pelle de la jeune femme.
C'est à ce moment que Tucker Case et sa chauve-souris mâle, Roberto, débarquent. Tucker est en manque de femmes, et justement, en voilà une qui pleure. Une femme en détresse à sauver! Quelle aubaine!

Le petit Joshua a vu ce qui est arrivé au père Noël. Il veut que le père Noël revienne, alors, il adresse une prière à Dieu.

Critique:
J'ai hésité quant à la catégorie dans laquelle ranger ce roman: il y a une petite énigme, du fantastique, des morts-vivants, de l'amour... J'ai finalement opté pour ce qui domine: l'humour. Il est omniprésent, il est la plus grande force du roman. Il y a différentes sortes d'humour.
Les situations dans lesquelles l'auteur met ses personnages sont comiques: rien que la scène du «meurtre» de Dale suivie de l'arrivée de Tucker est amusante, malgré, ou peut-être à cause de sa gravité et de l'incongruité des événements. L'auteur parvient donc à faire rire son lecteur en introduisant des éléments surprenants dans des scènes graves. On retrouve ce schéma dans la scène où Léna plaque Tucker, et dans beaucoup d'autres scènes.

Certains personnages sont amusants. Tucker amuse le lecteur par son insouciance, sa façon de tout arranger, etc.
Bien sûr, Rajil est le personnage le plus loufoque: maladroit, ayant toujours l'air de débarquer, de ne pas être à sa place (d'ailleurs, il n'y est pas, et c'est ce qui rend sa situation encore plus grotesque).

L'auteur utilise également l'humour en parodiant les livres d'horreur. Les morts-vivants devraient effrayer le lecteur, surtout que l'un d'eux tient un pistolet, et parle avec envie de manger le cerveau de tout le monde. Oui, sauf qu'il se tait, et reste dans son coin lorsque Tucker le lui ordonne. Le fait que les zombies soient caricaturés, et se dégonflent comme de vulgaires baudruches, ôte le côté effrayant, et en fait une farce, rendant les zombies très peu crédibles.
L'auteur détourne également le genre par l'insistance de Joshua qui veut absolument qu'on coupe la tête de Tucker parce que celui-ci a été mordu par un zombie, et de ce fait, va devenir un zombie. Ici, l'auteur se sert d'un topos du genre, et le ridiculise.
Et que dire de la scène de combat entre Molly et Rajil qui est, elle aussi, une parodie! Molly transperce Rajil d'une épée, mais son état d'immortel fait que cela ne fait que le blesser. En outre, elle se bat toute seule, car Rajil, égal à lui-même, voulait juste montrer sa belle épée. Les codes du roman de la chevalerie sont ainsi bousculés et parodiés.
Le genre policier est aussi détourné puisque dès le début, le lecteur sait qui a tué et comment.

N'oublions pas l'humour de l'absurde. Par exemple, on prend Roberto... pour un chien!
Le rire est également provoqué par la façon qu'a l'auteur de dire les choses et de les faire dire à ses personnages, comme par exemple, Léna pensant que les hommes marquent leur territoire, comme les animaux.

Pour une fois, je ne râlerai pas après l'espèce de coup de foudre. D'abord parce qu'il n'est qu'une ébauche, ensuite parce que rien n'est mièvre, et enfin parce que là encore, l'auteur a usé de son redoutable humour!

Quant à la fin, elle va très bien avec le reste du roman. J'avais peur qu'après trois quarts réussis, l'auteur gâche tout par une fin qui ne s'accorderait pas avec le reste. Eh bien, non, rien n'est gâché.

Le roman est court. Il ne souffre d'aucune longueur. Il aurait pu se traîner puisque dès le départ, on sait tout quant à la mort de Dale. Il est riche en événements, en personnages sympathiques pris dans des situations burlesques. Je suis loin d'avoir évoqué toutes les situations humoristiques de cet ouvrage. À l'heure où certains auteurs tentent de faire rire, et se plantent lamentablement en évoquant du trop gros, de l'invraisemblable, du mal ficelé, ce livre est rafraîchissant. N'hésitez pas à le découvrir!

Éditeur français: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Tony Roberts pour les éditions BBC Audiobooks America.
Le lecteur a su rendre le style de l'auteur sans trop en faire. Il a pris des voix différentes pour certains personnages, mais cela ne m'a pas gênée, car il l'a fait avec naturel.

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