Lecteur : Robert Nelly

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vendredi, 27 septembre 2013

Noir dehors, de Valérie Tong Cuong.

Noir dehors

L'ouvrage:
New York.
Cet après-midi-là, la ville subit une panne générale d'électricité. Cet événement perturbant va avoir des conséquences inattendues sur certains personnages. Nous suivrons Naomi et Bijou, les deux prostituées d'un bar clandestin de Brooklyn; ainsi que Simon Schwartz, avocat très médiatisé; et enfin, Canal, recueilli par une famille de Canal Street, alors qu'il était nourrisson, famille qui l'a toujours méprisé,

Critique:
Tout comme dans «Providence», Valérie Tong Cuong fait se croiser des personnages qui, en d'autres circonstances, ne se seraient pas rencontrés. Ils viennent tous d'un milieu différent, et ont en commun un passé chaotique, une vie qu'ils aimeraient changer. Bien sûr, Simon est moins à plaindre que les autres, car il a choisi sa vie.
Canal et Naomi sont probablement ceux qui ont la plus grande force de caractère. L'attitude de Naomi pourrait même paraître peu crédible, compte tenu de ce qu'elle a subi.
Le lecteur appréciera Canal dont les particularités en font un être à part et charismatique.
Le roman est court, mais dense. En peu de pages, la romancière analyse finement événements et personnages.

Il est peut-être un peu étrange qu'un événement comme une panne d'électricité fasse se croiser ces gens, et fasse que certains opèrent une remise en question, mais l'auteur a su agencer son récit de manière à ce que tout s'enchaîne très bien, et que cela soit vraisemblable.

Il est peut-être un peu gros que chacun développe aussi vite de très forts sentiments en rencontrant les autres. Cela s'explique en partie par le confinement de certains personnages, et par le fait que parfois, un échange de regards peut se révéler très chargé émotionnellement. Dans le cas de Simon, il y a d'autres explications. l'une est Eden, l'autre est ce qu'il a vécu au cours de cette journée.

Vers la fin, on pourrait accuser l'auteur de piétiner un peu, lorsqu'elle raconte un même événement vu par les trois personnages principaux. Là encore, j'ai trouvé que c'était bien amené. Il n'est pas facile d'avancer et de divertir en faisant raconter la même chose à plusieurs protagonistes à tour de rôle.

Il y a quand même une petite incohérence. On ne saura jamais pourquoi, jusqu'au bout, un personnage est pris pour qui il n'est pas. Est-ce parce que celui qui se méprend souhaite ardemment rencontrer cette personne? Est-ce autre chose? En tout cas, je n'ai pas aimé ne pas savoir. C'est le seul reproche que je ferai à ce roman.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nelly Robert pour le GIAA

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mardi, 25 juin 2013

Twist, de Delphine Bertholon.

Twist

L'ouvrage:
À onze ans, Madison Etchart a été kidnappée. Elle est maintenant enfermée dans une cave. Elle écrit. Elle se raconte. Cela l'aide à ne pas sombrer dans la folie.

Critique:
Ce livre est à plusieurs voix: Madison écrit dans ses cahiers, Léonore (sa mère) lui écrit des lettres, Stanislas (qui donnait des leçons de tennis à la fillette) écrit l'histoire d'amour qui fut un tournant de sa vie. De plus, ce n'est pas toujours chronologique: la première intervention de Stanislas se passe très peu de temps avant la fin... Au début, j'ai été un peu gênée par cette structure (surtout par le début qui est là pour faire mariner le lecteur), mais outre qu'elle trouve une explication à la fin, je l'ai très vite appréciée. Delphine Bertholon met ces trois vies en regard, ces trois souffrances qui ne peuvent se comparer, et dont l'une semble bien triviale par rapport aux autres. La romancière explique comment on avance malgré tout, comment l'espoir peut être à la fois dangereux et salvateur. Avec sensibilité, elle montre la détresse des parents de Madison qui s'exprime différemment. Il est également intéressant de voir qu'un autre événement découle directement de l'enlèvement de l'enfant, que cet événement aurait été annulé si elle était rentrée chez elle, ce soir-là.

Madison est sûrement le personnage le plus complexe, le mieux réussi du roman. Il était risqué de décrire les états d'âme d'une enfant en restant crédible. L'auteur s'en tire très bien. Au départ, Madison n'est pas une adolescente clichée, elle a plutôt l'air normal. Entre ses crises de désespoir, elle trouve le moyen de se construire en s'aidant de l'écriture. Ce qu'elle vit l'oblige à analyser sa situation, à s'emparer du moindre indice. Elle reste extraordinairement lucide et combattive. Elle ne se voile jamais la face. Il y a même une chose qu'elle aurait pu choisir d'ignorer, mais non: elle a toujours agi en connaissance de cause. C'est un personnage très fort, admirable, voire héroïque.

L'histoire de Stanislas paraît un peu fade à côté de celle de l'adolescente. Cependant, cela permet au lecteur de découvrir son caractère. En outre, tout au long de son récit, lui aussi se montre très lucide.
Ces trois personnes trouvent un exutoire dans l'écriture. Celle-ci les aide à se libérer, à se sentir mieux, à rassembler leurs pensées, à ne pas sombrer. J'aime ce rapport qu'ont ces personnages à l'écriture.

Accessoirement, Delphine Bertholon met en avant une folie différente de celles qu'on voit habituellement. En général, les enfants enlevés sont victimes de sévices. Ici, c'est autre chose.

L'auteur a su adopter un style différent selon ses personnages. Cela se remarque surtout lorsque Madison s'exprime. Quel que soit le personnage, l'écriture est naturelle, fluide, rien n'est grandiloquent ou surfait.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nelly Robert pour le GIAA
La lectrice a une lecture sobre. Au début, j'avais peur qu'elle le soit trop, mais il n'en est rien. Elle met le ton approprié lorsqu'il le faut.

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