Lecteur : Richard Mélodie

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mardi, 7 février 2012

Orgueil et préjugés, de Jane Austen.

Orgueil et préjugés

Note: Je n'aime pas écrire mister et missis en abrégé.

L'ouvrage:
Missis Bennet souhaite que son mari aille rendre une visite de politesse au nouveau voisin, Charles Bingley. Elle espère un rapprochement qui lui permettra de marier au moins une de ses cinq filles. En effet, invitations et soirées se succèdent. Outre mister Bingley, la famille Bennet rencontre son meilleur ami, mister Darcy, qui commence par engendrer leur antipathie, surtout celle d'Elizabeth, la deuxième fille Bennet.

Critique:
Voilà un livre qui raconte la société du dix-neuvième siècle de manière fine et caustique. Tout ce jeu des soirées, des mondanités, du code... tout ce qui me semblait ennuyeux et poussiéreux prend une nouvelle dimension sous la plume de Jane Austen. D'abord, l'auteur n'hésite pas à intervenir pour apprendre à son lecteur que tel ou tel personnage est comme ceci ou comme cela. Missis Bennet est de médiocre intelligence. Nous voilà avertis. Ce qui fait que lorsqu'elle parla et agit, j'ai été partagée entre rire et agacement. L'auteur m'avait bien prévenue, et force m'était de reconnaître qu'elle ne parlait pas à la légère. Mon rire a été renforcé par ce que pensait Elizabeth. La pauvre était honteuse de la façon d'agir de sa mère, et mortifiée d'avoir honte. Missis Bennet m'a agacée parce que malgré le ridicule dans lequel la plonge habilement l'auteur, au bout d'un moment, on a juste envie d'acheter un verrou spécialement pour sa bouche.

Jane Austen fait la même chose avec mister Collins. Elle nous prévient qu'il est suffisant, puis nous montre à quel point il l'est. Lui ne m'a pas agacée, peut-être parce qu'il n'apparaît pas tout au long du roman. Je me suis délectée à me moquer de lui avec la bénédiction de la romancière et d'Elizabeth.

Elizabeth est, bien sûr, un personnage sympathique. J'ai apprécié qu'elle soit très liée à sa soeur aînée, que les deux jeunes filles s'aiment sincèrement, et se comprennent malgré leur différence de caractère. J'ai aussi aimé qu'elle ait tant d'esprit, de repartie, qu'elle soit si piquante, qu'elle bouscule certaines idées reçues. Il m'a également plu que malgré le fait qu'elle sache gratter le vernis et voir l'hypocrisie que recouvre à peine la bienséance, elle se trompe sur certaines personnes. Elle n'est pas parfaite. Ce qui fait qu'au long du livre, elle évolue, s'assouplit, apprend à ne pas tirer de conclusions hâtives, à examiner les faits et les points de vue.
J'adore la manière dont elle maîtrise la conversation qu'elle a avec une lady Catherine courroucée et sûre d'elle.

Quant à Darcy, j'ai eu le même cheminement. Je trouvais qu'il avait du charisme, de la prestance, et qu'il ne laissait pas les langues vipérines influencer son jugement. Et puis, lui aussi révèle certains défauts, ce qui le rend plus humain, moins froid. Il est d'autant plus appréciable qu'il finit par en prendre conscience, et tenter de se corriger.

J'aime beaucoup mister Bennet. Je pense que je serais un peu comme lui, à sa place... Quel plaisir de se moquer de missis Bennet avec lui! Bien sûr, sa façon d'être est assez rude et injuste, comme le souligne Elizabeth, mais je n'ai pu plaindre missis Bennet.

Quant à Jane, il m'a plu que sa douceur tempère le feu dont est faite Elizabeth. Cependant, elle m'a un peu agacée à ne voir le mal chez personne... Bien sûr, elle a raison sur quelques points. En outre, elle aussi évolue... Donc, elle m'a été globalement sympathique, même si sa naïveté m'a un peu ennuyée.

J'aime bien Mary... ou plutôt... j'adore la manière qu'a l'auteur de la railler!

Le récit passe par plusieurs phases... pour moi, il y a trois parties. D'abord, c'est le jeu mondain, les rencontres, on se jauge, on se juge. C'est surtout cette partie qui m'a fait rire. C'est probablement ma préférée du roman.
Ensuite, l'auteur introduit un peu de suspense et de frisson (compte tenu des circonstances, de l'époque), à cause de l'affaire Lydia. J'avoue m'être un peu ennuyée pendant cette partie.
Enfin, les personnages, ayant évolué, se revoient, et s'expliquent. C'est cette partie la plus tendre, la plus sincère, la plus romantique.
J'ai apprécié que le dernier chapitre explique ce que tout le monde devient.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Je ne sais pas comment fait Mélodie Richard... Il me semble (après avoir entendu trois livres interprétés par elle), qu'elle pourrait lire n'importe quoi avec un égal talent. Les trois romans que j'ai entendus appartiennent à des registres différents, et à chaque fois, elle s'en sort brillamment. J'adore, par exemple, la façon dont elle interpréta mister Collins, faisant subtilement ressentir au lecteur toute la bêtise de l'homme. Tout son jeu est ainsi. Se calquant sur les indications de la romancière, elle a su donner à sa voix les intonations appropriées. Là encore, je pense que ce roman n'est pas aisé à lire à voix haute.
Quant à sa prononciation des noms anglophones, elle est un peu plus marquée que dans «Jane Eyre», mais reste naturelle. Je pense qu'elle a senti que dans ce roman très anglais, elle devait tout de même prononcer certains noms de manière un peu plus anglaise.
À noter qu'elle est la seule lectrice francophone (à ma connaissance) qui prononce convenablement Lizzie. Allez savoir pourquoi, les lecteurs francophones s'obstinent à dire Lidzie, voire Litsie. Or, cette prononciation ne convient pas. Lizzie, ce n'est pas italien. Lizzie n'étant pas une pizza, on n'a pas à les prononcer pareil. ;-)
On me dira que je n'arrête pas de râler quant aux prononciations des lecteurs. J'en suis consciente, mais il faut savoir qu'il est extrêmement désagréable d'écouter un livre où les noms sont prononcés de manière alambiquée. Et puis, il m'arrive de complimenter... Mélodie Richard, par exemple. :-)

Là encore, les chapitres sont annoncés, ce qui est une bonne chose... sauf deux... ;-) (Je pinaille.)

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mardi, 31 janvier 2012

Jane Eyre, de Charlotte Brontë.

Jane Eyre

Note: Tout au long de la chronique, de petites phrases dévoilnt certains pans de l'histoire. Je n'ai pas pu exprimer mon avis sans faire autrement. J'en suis désolée pour ceux qui ne connaissent pas le roman.

L'ouvrage:
Jane est orpheline. Elle demeure chez sa tante, Sarah Reed. Celle-ci ne la garde que parce qu'elle l'a promis à son mari sur son lit de mort. Elle la rabaisse et laisse ses trois enfants la maltraiter. La fillette en conçoit une vive rancoeur.
Désespérée, elle finit par demander à partir en pension.

Critique:
Certains diront que ce livre n'est rien d'autre qu'une banale histoire d'amour trop romantique pour être crédible, et qu'on peut en lire de semblables sous la plume d'auteurs telle Danielle Steel. Il faut pourtant distinguer les histoires d'amour faciles du formidable roman qu'est «Jane Eyre».
D'abord, le style de l'auteur ne peut laisser indifférent. Elle sait décrire les paysages, le climat, les sentiments, les personnages avec une précision et un talent admirables. En quelques phrases, voilà le lecteur plongé dans cette ambiance particulière: romantique, gothique, énigmatique. On s'imagine très bien rencontrant Jane ou monsieur Rochester au détour d'un chemin verdoyant, d'un petit sentier, d'un paysage enneigé. Les descriptions de Charlotte Brontë font que tout paraît réel, et donc réaliste.

D'autre part, beaucoup de situations sont exemptes de manichéisme. Par exemple, ce que vit Jane au pensionnat de Lowood. Au premier abord, on peut voir cela comme cliché: la pension insalubre, le directeur prônant une vie ascétique, et de son côté, ne se privant de rien; les institutrices tyranniques... D'abord, ces faits sont tirés de l'expérience de Charlotte Brontë. Ensuite, on sait bien que ce genre de choses existent. Enfin, l'auteur ne s'arrête pas là. Elle crée miss Temple, personnage totalement différent: compréhensive, douce, aimable, elle est l'opposé de monsieur Brockelhurst et de miss Scatchered.
De plus, l'épidémie de typhus fait réagir les autorités, et la pension finit par devenir habitable.

En outre, les personnages créés sont au-dessus de toute mièvrerie. Leur caractère est trop marqué pour cela. Ils ressemblent trop peu à d'insipides héros que l'on trouverait dans n'importe quel roman bâclé.
C'est surtout la personnalité de Jane qui me fait penser que ce roman est intemporel. Malgré l'époque très différente, malgré les conditions de vie, je me suis identifiée à cette jeune fille hypersensible et passionnée, qui ne sera jamais réellement dominée par personne, qui n'acceptera pas l'assujettissement, ne voudra pas d'un bonheur falsifié. Tout au long du roman, j'ai été d'accord avec ses choix. Par exemple, je comprenais que sa colère envers l'injustice avec laquelle les Reed la traitèrent l'aient quelque peu aigrie contre eux. J'ai aussi compris que l'avis des autres à son égard lui importe tant. En effet, beaucoup ont besoin d'être approuvés et aimés par ceux qu'ils aiment. J'ai été sensible à ce que le relationnel soit toujours le plus important pour Jane.
Elle m'a un peu agacée lorsqu'elle se montre plus tyrannique envers monsieur Rochester qu'il ne le faudrait, à mon avis. Mais j'ai compris sa démarche: confrontation de deux caractères forts, refus, là encore, d'être sous le joug de quelqu'un fût-il amoureux.
Certains voient Jane comme une féministe avant l'heure. C'est surtout qu'elle n'accepte pas la domination quelle qu'elle soit. En outre, elle a assez de caractère et assez confiance en elle pour abolir la distance artificielle mise par les hommes entre son rang et celui de monsieur Rochester pour lui dire qu'elle est son égale.
C'est un personnage fascinant, à l'esprit ouvert.

Il va de soi que mon côté fleur bleue a fondu devant le portrait de monsieur Rochester. La blogueuse qui tient le site Bleue et Violette lui préfère Heathcliff («Les Hauts de Hurlevent»), je ne sais pas trop pourquoi. Heathcliff est excessif où monsieur Rochester est emporté. La souffrance d'Heathcliff le fait aller très loin dans le mal, alors que celle de monsieur Rochester finit par le faire réfléchir et être de plus en plus posé et avisé (même si elle manque de le rendre fou).

Je n'ai pas aimé Saint John. Je n'ai pas trop compris comment Jane avait pu se laisser influencer par sa piété. Peut-être est-ce parce que je ne suis pas croyante, et que Jane l'était. J'ai aimé qu'elle lui tienne tête, et refuse le simulacre de vie qu'il lui proposait. J'ai apprécié qu'elle ne s'avoue pas vaincue, et ose penser que malgré tout, elle valait mieux, et méritait davantage que cela. Du reste, Saint John la cerne très mal. Il dit qu'elle a l'esprit de sacrifice. Or, il n'en est rien. Jane fera ce qu'elle croira être bien, mais si on ne lui en est pas reconnaissant, elle partira. C'est ce qui me plaît chez elle. Ce n'est ni une petite dinde ni quelqu'un qui sera bon quoiqu'on lui fasse. À l'inverse de son amie, Helen Burns, elle refusera de tendre l'autre joue. Jane rendra amour et affection, et s'éloignera de la haine. Elle a eu le bon sens de vouloir une réconciliation avec madame Reed, au jour de sa mort... Elle n'aurait pas excusé le passé, mais aurait souhaité une fin «amicale».
On retrouve un peu le même ordre d'idées lorsque Jane, lucide malgré son jeune âge, explique qu'elle ne pourrait pas vivre pauvrement. Cela la démarque encore des héroïnes trop parfaites, et donc fades.

Pour en revenir à Saint John, à mes yeux, sa bonté était feinte, car guidée par un soi-disant devoir. Il ne pensait qu'aux conventions,voulait faire le bien sous certaines conditions. Jane était un accessoire dans son «ascension», et au lieu de la comprendre, de faire preuve d'ouverture d'esprit (comme le lui commande sa foi), il n'a su que réagir en enfant gâté qu'on prive de son jouet. Il brandit sa bonté comme un étendard, en fait beaucoup trop, s'en vante... Cela ne fait pas de lui quelqu'un d'appréciable. Il agit avec sa tête à l'inverse de Jane qui fait le bien parce que son coeur le lui dicte. Là où la foi de la jeune fille l'aide à bien agir, celle de Saint John l'enroule dans des chaînes dont il voudrait entraver ceux qui sont heureux.

On me dira que l'auteur accentue trop certaines choses. Par exemple, Jane et monsieur Rochester ont un physique ingrat, mais ont des qualités humaines. De l'autre côté, Blanche Ingram est très belle, mais son coeur est dur et cupide. Elle n'aime pas grand-monde, et considère tous ceux qu'elle n'aime pas comme des rebuts. Il est pourtant évident que ce genre de clivages existent, étant donné qu'il survit de nos jours.

J'ai cependant un reproche à adresser à ce roman. Malgré son épaisseur, je l'ai trouvé trop court. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant, et j'ai été désolée de quitter les personnages. Je ne sais pas comment l'histoire aurait pu être poursuivie, mais je ne me serais pas lassée de lire le quotidien du couple. D'ailleurs, ma scène favorite est celle où Jane, monsieur Rochester et Adèle sont en voiture, et où le maître et sa pupille se livrent à une joute oratoire très amusante, Edward exprimant son désir de garder Jane pour lui seul dans un pays enchanté, et Adèle répliquant par des arguments pragmatiques.

J'ai souri lorsque l'auteur évoque le péril que seraient l'Inde et son climat pour quelqu'un de chétif et fragile comme Jane. Certes, le climat est différent, on y attrape des maladies inconnues en Europe. Mais la manière dont c'est exprimé montre l'Inde comme mère de tous les dangers. On voit que pour l'auteur, cette contrée est abstraite de par son éloignement, et que cette méconnaissance en fait quelque chose dont on a peur. C'est d'autant plus incongru que c'est l'Angleterre qui colonisa l'Inde.

Paragraphe à ne pas lire si vous n'avez pas lu le roman:
À la fin, je pense que le traducteur aurait dû traduire «you» par «tu». Le couple étant marié et s'aimant profondément et passionnément, je l'aurais plutôt vu se tutoyer. Il est vrai que je ne connais pas assez les moeurs de l'époque pour dire si cela aurait été conforme à la norme... Néanmoins, Edward et Jane ne sont justement pas conformes à la norme.

Quand j'avais environ douze ans, j'ai lu la seule version de «Jane Eyre» qui fut éditée en audio jusqu'à présent. Je découvris plus tard que c'était une version abrégée. (Je ne savais pas, à l'époque, que les versions abrégées existaient. Pour moi, ne pas enregistrer un livre en entier était (et est toujours) absurde.) Plus tard, j'ai lu une version enregistrée par une lectrice bénévole... encore abrégée, découvris-je par la suite. (Ce qui veut dire que le livre papier avait été édité en version abrégée.)
Je trouve dommage qu'il ait fallu attendre 2012 pour qu'une version intégrale de ce roman paraisse en audio. Je ne suis pas particulièrement attachée aux auteurs dits classiques, mais je pense que les soeurs Brontë sont des incontournables: style âpre, vif, langue châtiée, thèmes et intrigues intemporels, personnages tourmentés et attachants... J'espère que leurs autres romans sortiront en audio.
À noter que les éditions Lyre-Audio puis les éditions Thélème ont sorti «Les hauts de Hurlevent» en 2011.

Remarque annexe:
J'ai un peu ri en pensant aux personnes qui, de nos jours, ne peuvent pas se passer de leur téléphone portable, alors qu'à l'époque des soeurs Brontë, 100 milles était une distance presque incommensurable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Bien que n'ayant lu, jusqu'ici, que des versions tronquées du roman, j'y étais très attachée, et je me préparais à être très sévère envers la comédienne qui s'est risquée à l'enregistrer. Heureusement, Mélodie Richard a satisfait mes attentes. D'abord, elle n'a pas fait ce que font tant de lecteurs (bénévoles ou non), c'est-à-dire prendre un horrible accent anglophone (souvent faux, en plus) pour prononcer les noms. Cela aurait totalement gâché ma lecture. Elle prononce les noms de manière naturelle.
En outre, elle a su jouer comme il le fallait, rendant le caractère passionné des protagonistes, sans trop en faire, ce qui aurait rendu sa lecture mièvre, et aurait totalement saccagé le roman. Elle prend une voix plus grave pour les hommes, mais là encore, elle n'exagère pas. Elle le fait donc de manière juste. J'ai apprécié l'intonation qu'elle adopte pour madame Fairfax. Elle fait partie de ces rares comédiens qui montrent qu'ils jouent le rôle d'une personne âgée, mais ne prennent pas une voix chevrotante, ce qui est caricatural. Mélodie Richard fait cela plus subtilement.
Je suis heureuse qu'un roman que je considère comme un monument de la littérature ait été brillamment interprété. Je pense vraiment qu'il n'est pas aisé à lire à haute voix.

Avant, les lecteurs des éditions Thélème n'annonçaient pas les numéros des chapitres quand la version papier en avait. Je trouvais cela dommage. Ici, les chapitres sont annoncés. J'espère qu'il en sera ainsi, dorénavant. Cependant, je ne sais pas s'il y a eu des coupes au montage, ou si la lectrice a cédé à l'habitude, mais malheureusement, certains chapitres ne sont pas annoncés.

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mardi, 29 novembre 2011

Un été sans les hommes, de Siri Hustvedt.

Un été sans les hommes

L'ouvrage:
Mia raconte un tournant de sa vie. Son conjoint, Boris, lui annonce, après trente ans de mariage, qu'il veut faire une pause dans leur relation. C'est alors que son monde s'écroule. Après le choc, elle va se remettre en question, va apprendre à vivre sans Boris. Elle commence par aller passer l'été dans le petit village du Minesota où elle a grandi. Entourée de sa mère et des amis de celle-ci, stimulée par un cours d'écriture poétique qu'elle donne à sept jeunes filles du village, Mia nous raconte son été sans les hommes.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. Voilà longtemps que j'étais impatiente de lire des ouvrages de Siri Hustvedt. Peut-être attendais-je trop de ce roman. En tout cas, certaines choses m'ont paru rébarbatives. Par exemple, Mia fait de longues digressions pour exposer telle ou telle théorie. Dans l'absolu, cela peut être intéressant, mais le roman prend alors des allures de documentaire, ce qui m'a gênée, car mon horizon d'attente n'a pas été satisfait. Je n'ai rien contre les documentaires, mais je pensais lire un roman.
D'autres digressions sont des descriptions des états d'âme de Mia. Les réflexions y sont intéressantes, mais cela m'a paru trop lent.

D'autre part, la structure du livre m'a gênée. Notre héroïne ne cesse de mélanger passé et présent. C'est assez déroutant et pas vraiment facile à suivre. Peut-être cela reflète-t-il son état après que Boris lui a appris qu'il voulait faire une «pause».

J'ai également eu du mal à apprécier les personnages. Chacun me paraissait froid. Quant à Mia, j'ai commencé par la trouver pleurnicheuse. Son compagnon la quitte, et cela prend tout de suite d'énormes proportions. Elle en vient à raconter des souvenirs épars de son enfance, expliquant, par exemple qu'elle était rejetée de ses camarades de classe. En la voyant dans ces situations extrêmes,j'ai plutôt eu envie de soupirer, et pas de la plaindre.

Ce n'est que plus tard dans le livre que je l'ai réellement appréciée. D'abord, elle se ressaisit, et se sert de tout ce qu'elle vit cet été-là pour se construire sans Boris. Elle entreprend une espèce de parcours initiatique, voire de mini-psychanalyse. Si au début, elle semble se complaire dans une douleur dans laquelle elle s'enfouit comme une forcenée, ensuite, elle évolue, et montre sa force et sa capacité d'analyse. Outre sa mère et Lola, c'est sûrement l'écriture qui aide Mia.
À la fin, elle est plus forte. En la traitant ainsi, en la forçant à se retrouver face à elle-même, Boris lui a rendu service. Je préfère d'ailleurs Mia célibataire, après que le premier choc est passé.

J'ai beaucoup apprécié les passages où elle raconte son cours d'écriture. Les événements contés peuvent paraître terriblement ordinaires, mais la façon dont elle les analyse est très intéressante. Il a été passionnant de voir comment la jeune femme s'est servie de ce qui s'est passé entre les filles pour les faire réfléchir, et tenter de les faire mûrir. Lorsqu'on voit la production de chaque fille, il est évident que presque toutes n'ont pas su faire preuve d'empathie, surtout Ashley, renvoyant ses défauts et ses problèmes sur la personne qu'elle devait incarner. C'est assez frustrant de voir comme beaucoup de gens n'avancent pas, s'engluent dans un raisonnement, et refusent absolument de se remettre en question. Mia a justement fait le contraire de ce qu'ont fait certaines de ces jeunes filles.
Elle prend part à ce qui arrive aux jeunes filles d'abord parce qu'elle s'inquiète pour l'une d'elles, mais aussi parce qu'Alice est une espèce de miroir pour elle.

Le style de l'auteur est à la fois poétique, délicat, et froid. À l'instar du roman et de ses personnages, il m'a à la fois plu et gênée. Je l'ai tour à tour trouvé beau, piquant, grandiloquent, exagéré...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
La lectrice a une voix douce et agréable. Elle a adopté le ton adéquat pour interpréter ce livre: très sobre, presque froid, avec un brin de mélancolie. En effet, son ton va très bien au texte de Siri Hustvedt. Il ne pourrait pas être lu autrement, sous peine de surjeu.

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