Shadowman

L'ouvrage:
Smoky Barrett travaille au FBI. Son équipe et elle se chargent d'attraper de grands criminels, souvent des tueurs en série.

Aujourd'hui, la jeune femme reprend le travail après six mois d'interruption. L'un de ces tueurs en série a détruit sa famille, tuant Matt, son mari, et se faisant un bouclier du corps d'Alexa, sa fille, alors que Smoky lui tirait dessus. Elle a pensé au suicide, mais elle optera pour la reprise du travail, car son équipe a affaire à un homme qui tortura et tua Annie King, sa meilleure amie.

Critique:
Voilà un livre qui plonge son lecteur au coeur de l'horreur. On a l'impression que cela ne s'arrêtera jamais. Même lorsque le roman est terminé, le malaise persiste. C'est un bon roman parce qu'il est très réaliste. Toutes les horreurs, toutes les déviances décrites ici sont, malheureusement, vraisemblables, et je pense, vraies. C'est un bon thriller, où sentiments et émotions sont disséqués, où les personnages et le lecteur font l'expérience de la terreur à l'état pur.
Si vous aimez frissonner de peur, vous serez servis. Cependant, attention... Ce livre est si juste qu'il est bien difficile de penser que ce n'est qu'un roman. Ce qui arrive (surtout l’intimité violée, les domiciles «visités»), ça peut arriver n'importe où à n'importe qui. En ce qui me concerne, ce livre a fait resurgir certaines de mes peurs, et cela n'a pas été pour me plaire... Pour une fois que je reproche à un livre de sonner trop vrai... ;-)

J'aime la manière dont l'auteur analyse les sentiments de Smoky et son équipe vis-à-vis de leur travail. Il va de soi qu'on est obligé d'être dévoué corps et âme à ce qu'on fait lorsqu'on exerce leur métier. Ça en devient addictif, et il y a un côté quelque peu malsain...

Il y a des lenteurs, mais certaines sont nécessaires. Par exemple, au début, l'auteur prend le temps de présenter ses personnages, surtout Smoky. J'ai aimé cela. On sent que Cody McFadyen a pris le temps de creuser ses personnages, de leur donner corps. Ce ne sont pas de simples détectives qu'on range dans une boîte sitôt leur enquête terminée.
Cependant, certaines autres lenteurs font perdre de sa force au roman. Par exemple, la reconstitution des meurtres, à part écoeurer davantage le lecteur, n'apporte rien. Si elle avait été placée avant qu'on sache la mort des personnes, cela aurait pu être intéressant, parce que le lecteur aurait pu espérer que la victime s'en sortirait peut-être.

Bonnie force l'admiration du lecteur. Elle est obligée de grandir très vite, de s'aguerrir... Je ne sais pas trop comment j'aurais réagi, à sa place. Je ne pense pas que je serais restée saine d'esprit.
Quant à Smoky, on peut comprendre qu'elle flirte un peu avec la schizophrénie, qu'elle parle aux objets ou aux fantômes de Matt et d'Alexa... La force de caractère dont elle fait preuve est presque surnaturelle.
J'ai apprécié les autres personnages, même James, parce que j'ai compris son insensibilité apparente. J'ai compris pourquoi il semblait ne vivre que pour son travail.
Par contre, j'ai eu du mal à réellement apprécier Elaina. Sûrement parce que Smoky en dit trop de bien. Apparemment, la présence seule d'Elaina rassure, calme, apaise. C'est un peu gros. En outre, les rares fois où on la voit, elle ne semble pas avoir beaucoup de personnalité. On dirait que ce qui la caractérise, c'est sa sainteté... J'avoue que ça m'a un peu énervée.
En outre, Bonnie l'adore dès la première seconde... Ce n'est pas crédible.

J'avais deviné qui était le coupable. Au début, j'ai pensé que l'auteur voulait qu'on le soupçonne pour sortir quelqu'un d'autre de sa manche, mais non... En fait, on ne le soupçonne pas forcément, je l'ai fait à cause d'indices que j'ai assemblés, mais vous ne le démasquerez pas obligatoirement. En outre, son nom importe peu.
Le romancier s'attache à montrer un personnage horrible qui, dès sa naissance, était condamné. Le lecteur aura pitié de l'enfant, blâmera l'adulte qu'il est devenu, mais ne pourra oublier que l'adulte est manipulé depuis le début.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Il y a quelques incohérences. Peter explique qu'avec Renée, il a transgressé l'un des commandements. Mais apparemment, il en a transgressé un autre: il avait des disciples qui n'étaient pas ses enfants. Et puis, je trouve dommage qu'on n'ait pas su comment il les avait rencontrés... comment il avait fait pour reconnaître des personnes aussi malades que lui.
De plus, on n'arrive pas à savoir comment Peter a pu avoir accès aux clés de Smoky et de Léo. C'est le psy du FBI, d'accord, mais ça ne lui donne pas le droit d'accéder aux clés des domiciles des agents!
D'autre part, Charlotte griffe son agresseur, puis s'arrache l'ongle afin qu'on retrouve l'ADN du bourreau. D'abord, pourquoi s'arrache-t-elle l'ongle? On peut trouver de l'ADN sous les ongles sans besoin de se les arracher. En outre, il est curieux qu'elle ait eu assez de force pour faire cela, et ait supporté la douleur. On me dira qu'elle souffrait déjà beaucoup, et qu'une source de douleur de plus ou de moins ne fait pas grande différence, mais je ne suis pas convaincue.

Remarque annexe:
Callie appelle tout le monde (du moins les gentilles personnes) honey love. Je me demande comment le traducteur français a traduit cela? Chéri-chou? Mon petit chou? Mon coeur-chou? Chéri-coeur? J'opterais pour chéri-chou.

Éditeur français: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kate Reading pour les éditions Books on tape.
La lectrice a une voix sympathique. Elle est parvenue à interpréter ce roman sans trop en faire ni sans être trop sobre. C'est un exploit, car je pense qu'il doit être très facile de tomber dans un extrême à la lecture de cet ouvrage. Par ailleurs, elle ne prend pas d'horribles voix pour les personnages masculins. Elle modifie sa voix, mais de manière intelligente.

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