Lecteur : Pralong Frédérique

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vendredi, 18 janvier 2013

La belle de Joza, de Kveta Legatova.

La belle de Joza

L'ouvrage:
Seconde guerre mondiale.
Eliska est une jeude noctoresse tchécoslovaque. Pourchassée par la Gestapo, elle doit s'évaporer dans la nature. C'est ainsi qu'elle se voit contrainte de s'exiler dans le petit village de Zelary, dans les motagnes de Moravie. Pour que sa couverture soit crédible, elle devra épouser Joza, l'un de ses patients, habitant de Zelary.
Elle découvre une vie totalement opposée à ce qu'elle connaît.

Critique:
Voilà un très beau livre auquel je ne pourrai repenser sans être émue.

Le premier point fort de ce roman, c'est qu'il oblige le lecteur, à l'instar de la narratrice, à abandonner certains préjugés. En effet, on pensera tout de suite que dans un petit village, la vie sera moins belle qu'en ville. Bien sûr, on rencontrera quelques rustres, mais on découvre également des personnes solidaires, qui ne passent pas forcément leur temps à cancaner, et dont le jugement est pertinent. Comment oublier Luca, la «doctoresse» du village, qui force le respect, malgré ses manières brusques? Chaque jour, Eliska apprend que sa vie citadine n'était peut-être pas mieux que celle qu'elle découvre. Elle apprend à goûter les bonheurs simples, à éprouver du plaisir à des activités qui la rebutaient avant... Bref, la narratrice fait un véritable voyage intérieur, ose être elle-même, se dépouille de ses artifices.

Quand une histoire d'amour est contée, elle recèlera forcément une part (même infime) de mièvrerie. Ici, ce n'est pas le cas. J'aime beaucoup la comparaison qu'Eliska fait entre Richard (son ancien amant) et Joza. Certains sont romantiques et attentionnés par obligation, parce que ça va faire plaisir à l'autre... Joza l'est parce qu'il est comme ça, parce qu'il aime sa femme. Le meilleur exemple, à mon avis, est l'anecdote de la neige. Eliska croit qu'il neige, et elle en est toute contente. Elle le dit à Joza qui lui répond que non, il ne neige pas, c'est la lune qui brille d'une certaine façon. Elle sort, et lui enjoint de la suivre afin de lui montrer qu'elle a raison. Et elle voit qu'il dit vrai. Et c'est là qu'elle dit au lecteur que Joza est déçu d'avoir gâché sa joie, déçu qu'elle ait tort.

Joza aussi bousculera certains préjugés. Il eut une enfance et une adolescence douloureuses. Pourtant, il n'est pas devenu amer.

Afficher Attention, je dévoile la fin.Masquer Attention, je dévoile la fin.

Il a vite été évident que seules deux fins étaient possibles. J'en ai voulu à Kveta Legatova d'avoir choisi la fin triste. Comme si Eliska et Joza avaient eu trop de bonheur, comme s'il fallait que la vie rappelle à Eliska que ce n'était qu'une parenthèse. Pour moi, cela gâche le livre. Il n'aurait pas été invraisemblable qu'il s'achevât de manière heureuse.

J'ai conscience que ma chronique est fade, et ne rend absolument pas justice à cette ode à la vie, à l'amour, à ce roman qui exhorte à apprécier ce qu'on a, à ce havre de paix au milieu de la guerre qui prône des valeurs simples et essentielles.
Je sais aussi que ma chronique est courte. Cela tient au fait que tout est écrit dans le livre. La narratrice analyse tout de manière fine et juste. Elle trouve les mots et les exemples qu'il faut. Au lieu de lire entre les lignes, je ne peux que la paraphraser.

Éditeur: Noir sur blanc.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Encore une fois, la lectrice (malgré une lecture un peu lente), a su mettre le ton approprié. Elle a su montrer la profondeur des sentiments exprimés dans ce roman sans trop en faire.

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jeudi, 10 janvier 2013

N'attendez pas trop longtemps, d'Agnès Marietta.

N'attendez pas trop longtemps

L'ouvrage:
Jacques Verniot a quarante-cinq ans. Il est agent immobilier. Il rêve d'une vie à la campagne, alors que sa femme, Michelle, n'y aspire pas. D'ailleurs, le couple n'est plus d'accord sur rien.

C'est alors que François Delbreuve contacte Jacques. Il veut vendre sa maison qui se trouve dans le Vexin. Jacques en tombe amoureux. François lui fait alors une étrange proposition: s'il ne l'a pas vendue dans trois mois, Jacques pourra l'acheter à moitié prix.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans ce roman qui s'attache à décrire des personnages ordinaires qui vivent une histoire banale. C'est justement cela qu'Agnès Marietta excelle à raconter.
D'abord, j'ai aimé que ses personnages puissent aimer une maison comme si c'était un être vivant, qu'ils s'y sentent chez eux, qu'ils sentent qu'elle est celle qu'il leur faut.

L'auteur parvient également à rendre charismatiques des personnages effacés ou exaspérants.
Jacques semble effacé. On dirait qu'il n'est que frustrations, rêves avortés, repliements sur soi, résignation... Il semble supporter la vie plutôt qu'en profiter. Pourtant, j'ai tout de suite sympathisé avec lui. Certaines de ses remarques, sa façon de cerner François, le fait qu'il puisse (malgré son apparence blasée) tomber en extase devant la maison montre qu'il n'a pas dit son dernier mot. Malmené par la vie, il a assez de ressor combiné à de la douceur pour ne pas être aigri.

Clara pourrait paraître quelque peu amère. Elle est en effet assez exaspérante. Elle se rebelle (mal) contre tout et tous, n'accepte pas les gens (surtout son fils) comme ils sont, semble toujours de mauvaise humeur. Parfois, elle fait même exprès de se montrer détestable. Avec une mère pareille, son fils aurait pu mal tourner. Le pire, c'est qu'elle est lucide. Elle sait qu'elle blesse, qu'elle s'exaspère des différences qu'elle ne comprend pas, qu'elle prend ses proches à rebrousse-poil. C'est un personnage que je pourrais facilement détester. Pourtant, elle m'a plutôt fait rire, même si, bien sûr, elle est parvenue à m'agacer. Malgré son air acariâtre, Clara reste pétillante, intéressante, et se remet en question tout en s'y refusant.

J'ai eu davantage de mal à apprécier Naty et François.
Naty m'a semblé être une pleurnicharde. On dirait qu'elle se paie une déprime par ennui. J'avais envie de lui dire de faire du bénévolat, de travailler dans quelque chose qui lui donnerait des raisons de râler.
Quant à François, entre suffisance, culpabilité, égoïsme, et besoin de tout contrôler, j'avais l'impression qu'il se croyait sur scène. On me dira qu'à l'instar de Clara, il recouvrait ses inaptitudes de grands gestes, d'attitudes désagréables. Soit, mais je n'ai pas réussi à vraiment l'apprécier. Peut-être est-ce aussi parce qu'entre tous ses «masques» et ses interventions parcimonieuses, il garde une part de mystère qui ne m'a pas plu.

J'ai apprécié la structure du récit. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle. Les chapitres réservés à François se démarquent tant ils sont courts.
J'aime beaucoup cette structure qui permet d'entrer dans la tête des personnages.
On s'attend plus ou moins à un événement. Il peut être agaçant, car trop prévisible, mais finalement, il va bien à l'histoire. En outre, l'auteur l'introduit adroitement, comme s'il était naturel. Au final, moi qui le redoutais au départ, j'aurais peut-être déploré qu'il n'arrive pas.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice parvient à lire de manière sobre sans tomber dans le monotone. Elle nuance subtilement son intonation afin de donner vie aux personnages du roman.

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vendredi, 8 juin 2012

Mille soleils splendides, de Khaled Hosseini.

Mille soleils splendides

Note: Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle on dit trop.

L'ouvrage:
Afghanistan.
Mariam vit avec sa mère. Elle voit son père tous les jeudis. Celui-ci a trois femmes et dix autres enfants. Mariam est une enfant illégitime.
Un jour, son père lui parle d'un dessin animé qu'il diffuse dans le cinéma dont il est propriétaire: «Pinocchio». Elle veut le voir en compagnie de ses «frères et soeurs». C'est à partir de ce moment qu'elle se rend compte que l'amour de son père n'est pas si grand qu'elle le pensait.

Critique:
J'ai de très loin préféré ce roman à «Les cerfs-volants de Kaboul». L'auteur y décrit magnifiquement des personnages, un décor, une époque, un pays. Il tisse artistement un écheveau de sentiments et d'émotions duquel le lecteur ne sortira pas une fois le livre refermé.
Les protagonistes voient leur histoire indissociable de celle de leur pays. En effet, leurs vies prendront certaines trajectoires à cause d'hommes qui déchirent le pays et piétinent ses habitants. Au milieu de ce chaos, l'espoir naît de petits gestes, d'une indéfectible amitié construite au coeur de l'angoisse, du sourire d'un enfant qui montre à ses «mères» que là est l'essentiel. En d'autres circonstances, cette amitié n'aurait jamais existé.
L'auteur évoque également l'amour presque viscéral que les afghans vouent à leur pays.

Mariam touchera le lecteur. C'est un personnage noble. Malgré ce qu'elle pense elle-même, elle n'est jamais aigrie ni rustre. Elle est sage. Elle rayonne, sa présence illumine le roman. Elle trouve la force et la sagesse de se résigner lorsqu'elle ne peut rien changer. Elle trouve le courage de se révolter lorsque ceux qu'elle aime sont menacés. Elle est comme un soleil protecteur, forte d'un savoir que seul la grandeur d'esprit apporte. Enfant solaire que la vie se chargera d'endurcir, elle se construit seule.

Pour moi, Mariam éclipse un peu les autres personnages. Cependant, aucun n'est fade. Khaled Hosseini a su les créer épais.
Je reste tout de même dure envers le père de Mariam. Malgré son cheminement, je ne parviens pas à lui pardonner.
Quant à Laila, il est facile de s'identifier à elle, car elle a des réactions et des préoccupations qui seraient sûrement les nôtres à sa place.

La structure du roman est pertinente. L'auteur nous présente Mariam, puis Laila. Dans la troisième partie, les points de vue alternent.
Malgré son épaisseur, ce livre ne souffre d'aucun temps mort. Le lecteur respirera au rythme des personnages, et ne les abandonnera qu'avec regret... à la fin de l'ouvrage.
Le style est direct, fluide, parfois poétique.

Attention! Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Rien n'est bâclé, rien n'est incohérent, mais j'aurais préféré que Mariam s'en sorte. Bien sûr, son raisonnement était logique, il n'y avait pas d'autres solutions. Et puis, j'en ai voulu à Laila (que je trouve un peu tiède à côté de Mariam), de n'avoir pas fait son possible pour la «sauver». Là encore, je suis injuste, puisque le juge explique bien qu'il lui faudrait un autre témoignage que celui de Laila... Ma plainte est donc totalement subjective et illégitime... mais je la formule quand même. ;-)

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a une voix douce et agréable. D'autre part, elle a su trouver le ton adéquat pour lire ce roman, prêtant à merveille sa voix à l'auteur et à ses personnages. En outre, j'ai apprécié sa diction claire et soignée.

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