L'amant de Patagonie

L'ouvrage:
Fin des années 1880.
Emily, jeune écossaise, se retrouve orpheline. Elle se voit proposer de se rendre en Patagonie afin d'être gouvernante chez un pasteur. Elle accepte.

Critique:
Isabelle Autissier a écrit un roman d'aventure mettant en scène une femme. Emily voit très vite que rien n'est manichéen, et que le peuple Yamana (qu'elle rencontre en Patagonie), n'a pas forcément besoin d'être «civilisé», mais qu'ils ont une culture différente. À travers la vie de la jeune femme, l'auteur s'attache à montrer que la colonisation aurait pu être autre chose. Chacun aurait pu apprendre de l'autre. En effet, Emily goûte pleinement la vie avec les Yamanas, mais reconnaît que certaines choses lui manquent. Ce n'est pas forcément le confort d'une maison, mais plutôt le fait de pouvoir stocker des provisions, se réchauffer quand il fait froid.
Outre la jeune femme, Joachim croit vraiment que les choses auraient pu bien se passer, et respecte les indiens et leur culture. Il ne perd pas de vue que les blancs leur ont pris leurs terres.

Malgré certains personnages forts (Emily, Joachim, Lucas), la façon juste dont le thème principal est abordé, et une immersion totale dans ces contrées éloignées à la culture passionnante, ce roman n'a pas su me toucher. Je n'y ai vu qu'une succession d'événements déjà racontés par d'autres. Je ne sais pas comment Isabelle Autissier aurait pu rendre le tout original, comment elle aurait pu renouveler le genre tout en gardant ces idées... Peut-être les faits sont-ils trop prévisibles... En outre, j'étais quelque peu entrée dans le roman (au moment où Emily commence à s'affirmer), mais j'ai été très déçue par ce qui arrive avant la naissance de Lucas. J'excusais un peu les clichés (personnages et histoire convenus), mais ma déception les a fait ressortir. Et puis, ce roman m'a beaucoup rappelé «Par vents et marées», d'Alison McLeay. Il ne s'y passe pas les mêmes choses, et ce n'est pas au même endroit, mais on a affaire à la colonisation, et les choses sont plus détaillées, davantage montrées. J'ai lu ce roman il y a plus de dix ans, et je ne m'en souviens pas très bien, mais je n'ai pu m'empêcher de comparer «L'amant de Patagonie» avec les souvenirs que j'en ai, à l'avantage du roman d'Alison McLeay, même si ce dernier n'a pas pour but unique de montrer la colonisation et ses méfaits.
Je comprends ce que l'auteur a souhaité faire, mais cela n'a pas pris avec moi. De plus, l'histoire est construite d'une manière qui me déplaît, habituellement. Il y a deux grosses ellipses: une de dix ans, et une autre de trente ans. Les grosses ellipses me donnent toujours une impression de bâclé. Il n'y a que dans «Melnitz» que je ne les ai pas trouvées gênantes. Je pense qu'avec les connaissances acquises au cours de ses voyages, Isabelle Autissier aurait pu écrire un grand roman...
Enfin, je n'ai pas vraiment compris le choix d'Emily avant la dernière ellipse. Elle s'en explique, mais cela ne m'a pas convaincue.

Remarque annexe:
J'aime bien la manière dont les blancs expliquent pourquoi les indiens attrapent les maladies des blancs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julie Pouillon. Ce livre m'a été offert par les éditions Des oreilles pour lire
La comédienne a une voix un peu grave, un peu sourde. Elle a une bonne diction. Elle ne prend pas un accent affecté pour prononcer les noms propres. Elle a choisi d'interpréter ce livre en adoptant souvent un ton à la limite du tragique. Il est vrai que l'histoire n'est pas gaie, mais j'aurais aimé davantage de neutralité. Bien sûr, je n'aurais pas voulu une lecture dépourvue d'intonation (ce qui aurait été affreux), mais le ton adopté ici impose, à mon avis, une interprétation qui n'est pas forcément celle qu'a souhaitée l'auteur. D'autre part, j'ai trouvé que la lecture de Julie Pouillon était trop hachée, avec beaucoup de blancs.

L'éditeur n'a pas mis de musique pour habiller son livre, et je l'en remercie. Par contre, certains passages (les interventions de la vieille yamana et la dernière fois qu'Emily prend la parole) sont précédés de bruits de vagues. J'ai trouvé cela judicieux. D'abord, cela renforce l'ambiance dans laquelle ce qui est raconté plonge le lecteur. Ensuite, le bruit des vagues a quelque chose d'apaisant.

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