Et on tuera tous les affreux

L'ouvrage:
Rocky Beyley vit à Los Angeles. Il a dix-neuf ans et demi, et s'est fixé pour but de ne pas avoir de relations sexuelles avant l'âge de vingt ans. Il est beau et tout en muscles, et toutes les filles lui tournent autour.

Ce soir-là, il est dans un bar avec des amis (Gary, Mona, sunday Love, etc). A un moment, il va prendre l'air. Un copain lui propose une cigarette. Après en avoir tiré quelques bouffées, il s'évanouit.
Plus tard, il se réveille dans une chambre inconnue, complètement nu. Une très belle jeune fille dans la même tenue entre, et tente de lui faire oublier sa résolution. Rocky résiste. Il finit donc par avoir affaire à des hommes qui «s'amusent» à lui faire subir des chocs électriques, puis le relâchent.
Tout pourrait en rester là, mais les choses se compliquent lorsqu'un homme ayant pris part à son agression est retrouvé mort dans une cabine téléphonique non loin du bar où il avait commencé la soirée. Rocky et Gary se lancent dans l'enquête.

Critique:
Ce n'est pas très facile pour moi de chroniquer un livre de Boris Vian, car à mon avis, c'est un grand. J'ai passé mon enfance à l'écouter chanter, mon adolescence à apprécier «L'écume des jours» et «L'herbe rouge», et à découvrir l'horreur d'une vengeance aveugle dans «J'irai cracher sur vos tombes». J'ai donc l'impression qu'une chroniqueuse amateur comme moi ne pourra être que maladroite devant ce grand auteur. Je vais tout de même essayer en espérant que de là où il est, il ne m'en voudra pas trop.

Pour moi, ce livre a au moins deux niveaux de lecture. D'abord, on peut le prendre comme un amusement. Tout au long du roman, on rit grâce à diverses situations imaginées par l'auteur, et aussi grâce à plusieurs répliques et réflexions savoureuses de Rocky et de ses comparses. L'histoire en elle-même est très amusante. Elle débute de manière cocasse, et se poursuit de la même façon. Ensuite, l'auteur nous laisse supposer quelque chose de terrible, puis les rebondissements qu'il nous propose nous font rire au lieu de nous effrayer.
Le summum est atteint à la fin, après la petite expérience à laquelle se livrent Rocky et Mike.

Quant au second niveau de lecture, je me demande si l'auteur ne prend pas un malin plaisir à se moquer de plusieurs choses. D'abord, il critique le côté superficiel de chacun de nous, en inventant un docteur qui s'arrête aux apparences, un personnage principal beau comme un dieu et qui est également (une fois révélé) une bête de sexe. Tout cela est caricatural. La caricature est bien sûr là exprès, car poussée à l'extrême.
Les jeunes filles ne se préoccupant pas de la beauté accentuent la critique. Ces jeunes filles ne connaissent pas la société mangée par l'artifice, et réagissent en faisant le contraire de ce qu'attendent des gens appartenant à cette société.

Ensuite, je pense que l'auteur se moque subtilement des romans policiers et de science fiction. Il créé du suspense: le lecteur s'attend à tomber sur un malade, un fou, comme c'est le cas dans les romans policiers. C'est là que Boris Vian détruit le début d'angoisse qu'il a tissée autour du lecteur. Il nous présente un personnage inoffensif, un doux rêveur excentrique.

Quant à la science fiction, elle est gentiment parodiée lorsque le lecteur rencontre les personnages «fabriqués». On rencontre des personnages de ce style dans les romans de science fiction. Oui, mais dans ces romans, ils agissent, ils ont été créés pour accomplir quelque chose. Ici, outre les jeunes gens qui doivent mener à bien la mission du docteur, le personnage fabriqué que nous côtoyons le plus, est celui qui a été raté parce que chauffé trop longtemps.
D'autres scènes contribuent à nous faire rire en parodiant les deux types de romans: la scène où Rocky manque d'être broyé, celle où Mike et Rocky tournent Mary et Sally l'une vers l'autre, etc.

Bref, ce roman est une petite merveille, car il détend et divertit par plusieurs côtés, et donne un peu à réfléchir. En plus, il est intemporel! Il aurait pu être écrit en 2009.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denis Podalydès pour les éditions Audiolib.
La façon sobre qu'a Denis Podalydès d'interpréter ce roman nous en fait encore mieux partager sa drôlerie. Il serait facile de trop en faire avec un roman de ce genre. Eh bien ce n'est pas le cas, le comédien l'interprète comme il se doit.

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