Les gens du Balto

L'ouvrage:
Joigny-les-deux-bouts, petite ville de banlieue.
Joël Morvier, patron du bar le Balto, est retrouvé tué de sept coups de couteau dans le ventre. La police enquête sur l'identité de son assassin.

Critique:
À travers l'enquête, Faïza Guène trouve l'occasion de faire intervenir différents personnages. Le lecteur bénéficie du point de vue de chacun à tour de rôle. Au départ, on a l'impression que l'auteur aligne les clichés: on rencontre l'adolescente populaire, imbue d'elle-même, qui en veut à tout le monde, et qui ne sait pas aligner trois mots sans dire «lol». Il y a aussi l'homme dont le seul horizon est la télévision, la femme mal mariée qui envoie tout le monde au diable avec force insultes, qui rend son mari responsable de ses mauvais choix... Et puis, on apprend à connaître tous ces personnages, et on les comprend mieux. Bien sûr, on ne finit pas par les apprécier tous, mais on entre dans leur univers. Quant aux clichés, je pense qu'on doit rencontrer ce genre de personnages. D'autre part, certains évoluent. Si certains sont englués dans leur mal être ou leur suffisance, et ne cherchent pas à en sortir, d'autres trouvent la force de se remettre en question.
Nadia et Ali m'ont un peu fait penser à la famille d'Ahlème. Chacun d'eux fait face au racisme et au rejet comme il le peut. Bien sûr, ils ne sont pas rejetés par tous, ce qui n'aurait pas été crédible.
Chacun a un point de vue très tranché sur les autres. C'est aussi ce qui m'a un peu gênée. Pourtant, nous sommes tous comme ça: nous avons tous notre avis sur untel, même lorsqu'on essaie de ne pas avoir de préjugés. Ce qui est sûr, c'est que personne n'aimait Joël, ce qui, évidemment, va compliquer l'enquête.

C'est un peu pareil pour le style. Entre Taniel et Magalie qui sont adolescents, Yéva qui s'exprime soit à coups d'insultes soit d'un style ampoulé, sans parler du fait que même ceux qui ont un langage correct emploient souvent des tournures familières... Tout cela m'a paru un peu lourd, au début. J'avais l'impression que l'auteur en faisait trop, et j'avais peur que cela gâche tout. Finalement, je m'y suis habituée. D'ailleurs, la première surprise passée, on découvre que Faïza Guène a adopté un style différent pour chacun. Sous des dehors crus et abruptes, elle livre un texte très travaillé.

Rien ne traîne. En peu de pages, chaque personnage exprime son ressenti, sa façon d'être, ses aspirations. Concernant l'énigme, l'auteur use peut-être d'une ficelle un peu grosse: presque tout le monde s'est trouvé en bisbille avec Joël, ce soir-là, donc on suspecte tout le monde. Ce n'est pas si grave, car c'est crédible.

J'aurais aimé que la fin soit aussi explicite pour les personnages que pour le lecteur. En effet, le lecteur finit par tout savoir quant à ce qui est arrivé à Joël, mais le fait que les personnages ne connaissent qu'une partie de la vérité aura une conséquence qui ne me plaît pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Julie Basecqz: Magalie et Nadia.
Patrick Donnay: Joël, Jacques, le présentateur de divers journaux.
Cachou Kirsch: Yeznig.
Aurélien Ringelheim: Taniel et Ali.
Fabienne Loriaux: Yeva.
Marianne Lanfrancard (dont je n'arrive pas à trouver l'orthographe du nom): la présentatrice de France Bleu.

Les cinq comédiens jouent bien. Certains n'avaient pas la partie facile.
Cachou Kirsch jouait Yeznig, l'adolescent handicapé mental. Il fallait qu'elle montre ce handicap par son intonation, mais elle ne devait surtout pas en faire trop. Pour moi, elle a parfaitement réussi.
Patrick Donnay et Aurélien Ringelheim avaient plusieurs rôles. Je leur ai su gré de ne pas avoir tenté de modifier leurs voix. Je pense que cela aurait été raté, car les rôles n'appelaient pas cela. Il peut, bien sûr, paraître un peu incongru qu'Untel et Untel aient la même voix, mais le lecteur est assez intelligent pour comprendre que l'éditeur ne pouvait pas multiplier les comédiens, et savoir qui parle, surtout que le personnage est nommé à chaque fois. Je n'aurais peut-être pas donné deux grands rôles à la même comédienne, alors qu'une autre en avait un tout petit, mais il aurait peut-être été difficile pour Marianne Lanfrancard de jouer une adolescente. De plus, Julie Basecqz s'en sort très bien, prenant une voix plus basse pour Magalie et une un peu plus aiguë (sans être désagréable) pour Nadia.
Quant à Fabienne Loriaux, il lui aurait été très facile de trop en faire. Le style imagé de Yeva est un appel au cabotinage. La comédienne s'en tire très bien en n'accentuant pas les lourdeurs, et en donnant une certaine fluidité aux paroles du personnages.

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