Lecteur : Piette Danielle

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lundi, 4 août 2014

La brûlure du chocolat, de Barbara Abel.

La brûlure du chocolat

L'ouvrage:
Lundi.
Zoé a perdu la mémoire à la suite d'un choc émotionnel. Elle apprend qu'elle se marie le samedi et qu'elle a un manuscrit à remettre à son éditrice dans la semaine. Elle va donc partir à la recherche de son passé.

Critique:
Le pari dans lequel s'est lancée Barbara Abel était risqué, principalement parce que d'autres traitèrent le sujet, et que le lecteur aguerri ne pourra s'empêcher de comparer. Quant à moi, j'ai trouvé le roman inégal. Au début, j'ai été enthousiasmée, car l'histoire apportait un parfum de renouveau avec certaines situations cocasses, comme lorsque Zoé découvre son prénom, ou qu'elle cherche son mot de passe. J'ai également souri lorsque notre héroïne refuse catégoriquement d'épouser son promis puisqu'elle ne le connaît pas. De plus, le caractère des personnages était intéressant. Entre la mère à l'air autoritaire, le frère (Mathias) qui amusera le lecteur, la soeur (Lola) qui paraît être une alliée, l'amie (Malou) avec laquelle la complicité se fait rapidement, Barbara Abel présente une galerie de personnages que j'ai été contente de découvrir en même temps que Zoé.
D'autre part, l'héroïne joue avec les mots, et fait certaines combinaisons intéressantes. Sa mère lui explique qu'elle le faisait très souvent, et avait des théories sur les lapsus.
Tout cela, raconté d'une plume alerte, m'a plu.

Par ailleurs, la romancière insiste sur l'importance des souvenirs qui nous construisent, et interroge le lecteur: parfois, ne vaut-il pas mieux l'oubli? Quelqu'un qui a tout oublié cherchera désespérément à retrouver ce qu'il a perdu, mais une fois qu'il sait, sera-t-il si content de se souvenir de choses douloureuses?

Cependant, à mesure de mon avancée dans le roman, mon enthousiasme est retombé.
D'abord, j'ai trouvé une ressemblance un peu trop prononcée avec Lexi Smart. Zoé apprend qu'avant de perdre la mémoire, elle devenait imbue d'elle-même, et qu'elle avait un amant, à l'instar de Lexi... Cela ne m'aurait pas trop dérangée si la suite ne s'était corsée.
Peu à peu, le livre se transforme en une espèce de soap opera auquel j'ai eu du mal à croire. Zoé et Lola reproduisent inconsciemment quelque chose qu'un membre de leur famille a fait. Les problèmes de couple de Lola sont d'abord pris au sérieux, puis raconté de telle manière qu'on ne peut que soupirer.

J'ai trouvé dommage que l'attachement de la mère de Julien à son chat soit raconté en étant tourné en dérision. Encore une fois, une personne aimant les animaux dans un roman est décrite comme une douce dingue, ce qui renforce les clichés que certains ont de ceux qui se préoccupent réellement des animaux.

Je ne pense pas qu'il soit si facile que cela d'adopter un enfant. Même si Barbara Abel explique que cela ne fut pas simple, il semble que cela se soit fait assez vite.
D'autre part, je ne pense pas qu'à douze ans, une fillette intéresse vraiment un garçon de seize ans au point qu'ils connaissent de folles étreintes enfiévrées. Bien sûr, on peut être plus mature que d'autres, à douze ans, mais sexuellement, on ne l'est pas vraiment.

Afficher Attention, je dévoile la fin.Masquer Attention, je dévoile la fin.

Je trouve très gros l'espèce de revirement brutal qu'opère Zoé à la fin. Pendant tout le livre, l'auteur nous la montre folle amoureuse d'Alain (qu'elle soit adolescente ou adulte), prête à tout quitter pour lui (par la suite, elle explique que c'est pour de mauvaises raisons, mais c'est peu crédible), et à partir du moment où elle apprend qu'il est son frère, hop, ça y est, elle ne l'aime plus, et aime Julien à nouveau. L'auteur aurait dû être plus subtile.

Remarque annexe:
Je ne sais pas si l'anecdote concernant Sacha Guitry est vraie, mais en tout cas, elle est vraisemblable.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue Braille.
J'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont l'interprétation est vivante et exempte de cabotinage. Ici, elle a su s'adapter et ne pas trop en faire quand l'histoire devenait trop grosse.

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mardi, 8 mars 2011

Mutation, de Robin Cook.

Mutation

L'ouvrage:
Victor et Marcha Franck ne peuvent pas avoir d'enfants. Ils ont donc recours à une mère porteuse. Dès sa naissance, l'enfant qui naît, VJ (Victor Junior), ne se comporte pas comme un nourrisson. Il fait très vite preuve d'une intelligence hors du commun.

Critique:
L'idée de départ est bonne parce qu'elle est exploitée différemment de ce qu'on pourrait croire. VJ est un enfant surdoué, on sait à quoi c'est dû, et c'est crédible. Malheureusement, l'intrigue perd vite de son attrait. D'abord, le livre est extrêmement lent. À part Jesse Kellerman, je n'ai jamais vu un auteur faire tant de remplissage.

Ensuite, le style est d'une platitude déconcertante. Je sais bien que dans ce roman, ce qui importe le plus, c'est l'intrigue. En général, je ne suis pas très difficile quant au style. Mais ici, je n'ai pu m'empêcher de remarquer son extrême banalité. En outre, je connais des auteurs qui, malgré une intrigue dominante, prennent la peine de soigner leurs écrits. Ici, l'intrigue est plutôt desservie par le style.

Si l'idée de départ est bonne, le lecteur déchante très vite. Il sait très rapidement qui est derrière tous les événements inquiétants qui arrivent.
De plus, la fin est convenue. Et puis, on ne sait pas trop comment cela est possible. Est-ce le fruit d'une autre expérience? Ou bien est-ce celui de la même? Mais comment se fait-il que ce soit tombé sur une fille qui n'a pas, apparemment, subi d'intervention? Tout cela reste très flou. On se demande également comment Marcha pourra éradiquer le danger qu'elle sent planer. Cela se termine là-dessus. C'est bien trop facile de faire une telle fin! L'auteur a voulu créer un retournement de situation, mais il plonge le lecteur dans l'invraisemblance (car il manque des données). Ajoutons à cela que ce genre de fin est un écueil.

Par ailleurs, les personnages ne sont pas creusés. Victor est aveuglé par l'ambition. Il finit par se rendre compte de ce qui se passe, mais il est assez agaçant.
VJ n'est absolument pas sympathique. Il est manichéen. Il veut quelque chose, il écrase ceux qui l'en empêchent. Il n'a aucun état d'âme. Malgré toutes ses longueurs, l'auteur n'a pas pris la peine de creuser la psychologie de VJ, de le rendre plus épais. Sous prétexte que ses gènes ont été trafiqués, il est sans conscience. C'est un peu gros.
Marcha est sympathique au lecteur, parce qu'elle cherche à comprendre, mais ce n'est pas un personnage attachant. Elle ne se démarque pas par des qualités qui lui seraient propres.

Je ne peux terminer cette chronique sans vous faire partager une citation que je trouve hilarante, tant elle est absurde. Je la cite de mémoire, ce ne sera donc sûrement pas les mots exacts, mais l'idée y est.
«Quand VJ avait voulu avoir un coffre à la banque, ils s'étaient dit que c'était un caprice d'enfant.» Oui, bien sûr, un enfant de dix ans, ça réclame un coffre à la banque, c'est absolument normal et évident! Il aurait été bien plus logique que l'auteur écrivît: «(...) ils s'étaient dit que ses désirs étaient à la hauteur de son QI, il n'avait pas des désirs d'enfant parce qu'il ne réfléchissait pas comme un enfant.» (Ou quelque chose dans ce style.)

Éditeur: Sylvie Messinger.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue Braille.

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jeudi, 15 juillet 2010

Le silex et la rose, de Brenda Jagger.

 Le silex et la rose

L'ouvrage:
Julia nous raconte la vie de sa famille depuis sa naissance. Ses soeurs et elles furent élevées dans l'optique de les transformer en oies blanches, uniquement destinées à épouser des hommes, et à leur servir de décoration. La vie en décidera cependant autrement, car le père des trois soeurs meurt subitement, laissant une veuve joyeuse et trois filles bien décidées à mener leur vie comme elles l'entendent. Prudence et Julia se mettent en tête de réfléchir et de vouloir être heureuses. Quant à Célia, elle n'aspire qu'à une chose: se marier.

Critique:
Voilà quelques années que je repose une saga familiale avec un soupir excédé, sans la terminer. Je me suis dit que mes goûts avaient changé, et que c'était normal. Eh bien, avec ce roman, j'ai découvert qu'il y avait encore des sagas familiales qui me détendaient, et que je trouvais plaisantes et agréables à lire. Pourquoi ai-je bien aimé «Le silex et la rose», et repousse-je les Barbara Taylor Bradford, les Juliette Benzoni, les Christian Signol, etc? D'abord, «Le silex et la rose» n'est pas rempli d'ellipses. J'ai horreur de ces romans qui commencent alors que le personnage principal a disons treize ans, racontent quelques mois de son adolescence, puis au chapitre suivant, il a vingt ans, etc. Pour moi, ça fait bâclé et mal construit. Par ce biais, l'auteur ne creuse pas réellement ses personnages, on ne les voit pas évoluer, ils ont l'air inachevés car ils sont brossés à trop grands traits.
Brenda Jagger évite cet écueil, et nous fait entrer dans la vie et les pensées de ses personnages en prenant le temps de nous montrer leur façon de réagir, leur évolution. Son livre est complet, achevé, à l'inverse de ceux des auteurs précédemment cités.

En outre, chez les auteurs qui m'ont un peu écoeurée de la saga, le personnage principal est toujours parfait, ou bien tout le monde l'aime malgré ses défauts. Ici, les personnages ne sont pas parfaits, on ne les approuve pas toujours, mais on les comprend. Ils ont des raisons d'agir comme ils le font, et même si on les trouve mauvaises, et qu'on n'aime pas certains personnages, on comprend leur logique.
Julia, par exemple, n'est pas la parfaite héroïne de Benzoni, intrépide, que l'on imagine toujours tirée à quatre épingles et le teint frais au saut du lit. Elle doute, fait des choix hasardeux, se trompe... toutes les portes ne s'ouvrent pas devant elle comme par magie: elle apprend de la vie, des gens qu'elle rencontre, des événements qu'elle traverse. Tout cela est bien plus réaliste que ce que dépeignent les sagas que je repose, et qui m'ont fâchée avec le genre pendant un temps.

En général, dans les sagas que je rejettent, l'héroïne rencontre toujours celui qu'elle aimera jusqu'à la fin des temps, et malgré la vie et les méchants qui les sépareront, c'est avec lui qu'elle connaîtra l'extase sexuelle, n'éprouvant avec les autres avec qui elle doit coucher que frustration et souffrance physique. Ici, c'est un peu moins schématique, un peu plus réaliste, et donc on a plus de surprises, ce qui est plus intéressant qu'un parcours balisé de clichés.
Julia aimera trois hommes. Deux d'entre eux l'aimeront mal, même celui qui tentera de la préserver et de la protéger, justement parce qu'il la prend pour une petite poupée qu'il faut mettre sous verre. Il l'aimera profondément, mais ne saura pas l'aimer pour ce qu'elle est. Elle les aimera du mieux qu'elle pourra.

Sinon, la saga comporte des joies, des peines, des événements de toutes sortes. C'est une famille normale découvrant les aléas de l'existence.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue Braille.

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lundi, 27 août 2007

Le temps de l'amour, de Colleen MacCullough.

Le temps de l'amour

L'ouvrage:
1872.
Alexander Kinross a quitté son pays, l'Ecosse, quinze ans auparavant. Il a amassé une grande fortune. Il demeure en Australie.
Il écrit à son oncle, James Drumond pour lui demander sa fille,Jenny, en mariage. James a renié Alexander, mais celui-ci lui ayant envoyé mille livres pour le voyage et la femme de chambre de la future épousée, l'appât du gain est le clus fort chez James. Jenny étant mariée, il envoie sa fille cadette, Elisabeth, seize ans, en Australie.

Elisabeth a été élevée dans la bigotterie, et dans la peur des foudres paternelles, et de celles de Dieu. Elle ne connaît pas grand-chose de la vie. C'est cette oie blanche que l'on envoie en Australie. C'est cette jeune fille désemparée qui se retrouve devant un inconnu de dix-neuf ans de plus qu'elle. Cet inconnu, à cause de son apparence et de sa barbe, lui évoque le diable.

Il l'épouse le soir même, la couvre de bijoux. Elisabeth n'aime pas les bijoux trop voyants. Elle préfère la simplicité. Elle accomplit son devoir conjugal sans enthousiasme, avec dégoût, même. Alexander ne sait pas éveiller ses sens. Ceci le blesse profondément.

Lorsqu'Elisabeth apprend que son mari continue de voir Ruby, la maîtresse qu'il avait avant son mariage, le fossé se creuse encore entre les époux.

Critique:
Ce livre est un livre d'été. Il nous plonge dans les aventures d'une famille. Il y a beaucoup de rebondissements. C'est une saga qui se respecte. Elle n'est pas trop mièvre, même si le lecteur averti voit venir certaines choses. Nous savons qu'Elisabeth s'éveillera à l'amour. J'ai même su quel homme serait le déclencheur de cela au moment où elle le rencontre. Je dois commencer à bien connaître les codes. Je trouve tout de même que l'éclosion de leur amour arrive un peu tard. On ne les voit pas assez ensemble, à mon goût. Les conditions dans lesquelles ils s'avouent leur amour, font, par contre, tout à fait partie des codes. Peut-être un peu trop, d'ailleurs. Là aussi, je me suis doutée, au moment où l'orage a éclaté, que cela se passerait ainsi.

D'autres choses sortent tout de même des sentiers battus. Par exemple, l'amitié entre Elisabeth et Ruby. Cette amitié dont le lecteur est loin de se douter au début, est raffraîchissante.

Le personnage d'Alexander est à la fois détestable et sympathique. Il s'est fait trop d'idées de son mariage. Il pense que lui, le mâle, le bon amant, saura éveiller les sens d'Elisabeth. N'y arrivant pas, il la dit frigide. C'est simple, comme ça! Ainsi, sa virilité est sauve.
Mais il aime sa femme. Le couple ne se comprend pas, mais Alexander aime sa femme. Mal, mais il l'aime. La façon dont il lui "rend sa liberté" est une preuve de cet amour. Bien sûr, il n'agit pas uniquement pour qu'Elisabeth soit libre de sa vie, mais cela entre dans ses motivations.

Le destin de l'un des personnages est triste. Il laisse un goût d'amertume. Ce personnage, malgré son handicap, avait bien commencé dans la vie. Enfin, aussi bien qu'on le pouvait, dans son cas. Malheureusement, à cause d'un homme égoïste, et même vicieux, ce personnage finit par s'étioler. Si j'ai bien compris, la frustration qui suit son expérience avec cet homme rend cette jeune fille méchante, car insatisfaite. On est donc obligé de l'éloigner de quelqu'un qu'elle pourrait finir par tuer. Cet exil doit être la goutte d'eau. Pauvre petite fille.
Quelque chose me laisse néanmoins perplexe. Une jeune fille de treize ans est-elle assez mature sexuellement pour ressentir du plaisir à faire l'amour?

Je ne peux pas parler de tous les personnages, de peur de trop en dévoiler.
Si vous aimez les grandes histoires familiales, vous aimerez ce roman.

Petit jeu qui ne fait rire que moi: saurez-vous retenir les prénoms des sept soeurs Wong?

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue braille.

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